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"Transition pacifique": Alger demande à Khartoum ce qu'elle refuse à ses manifestants

Mise à jour le 14/04/2019 à 13h41 Publié le 14/04/2019 à 13h30 Par Mar Bassine

#Politique
Bédoui

Noureddine Bedoui, nommé Premier ministre.

© Copyright : DR

#Algérie : Alger donne des leçons de civisme aux Soudanais en appelant à une transition pacifique. Sans rire, est-ce là une digression pour détourner l'attention de la communauté internationale vers le Soudan en faisant oublier la radicalisation du régime algérien qui recourt désormais à la manière forte?


Alors qu'Alger entreprend de réprimer violemment des milliers de manifestants qui protestent depuis sept semaines contre le pouvoir, sa diplomatie vient de se fendre d'un communiqué dont le surréalisme prête à sourire. Oubliant ce qui se passe chez lui et le dédain que montre le gouvernement contre les protestataires, le ministère algérien des Affaires étrangères s'adresse aux Soudanais avec une certaine méprise.

L'Algérie -qui devrait, en théorie, avoir fort à faire par ailleurs- y affirme en effet que le gouvernement suit avec "une attention particulière" les développements intervenant au Soudan. La diplomatie algérienne appelle, dans ce document, à "une transition pacifique et fluide du pouvoir, conformément à la volonté du peuple soudanais frère et [à] ses aspirations légitimes". 

Les diplomates algériens savent décidément être très pince-sans-rire. 


>>>LIRE AUSSI: Vidéo. Soudan: après la démission de Benawf, voici le nouvel homme fort du pays

On s'en doute, le gouvernement de Noureddine Bedoui, Premier ministre algérien, a nettement mieux à faire que de s'inquiéter de ce qui se passe au Soudan.

Et, de fait, les Soudanais ont obtenu ce que les Algériens veulent, en ce moment même, en faisant démissionner Awad Ahmed Benawf de la tête du Conseil de la transition militaire.

Un fait politique qui est, pour l'heure, refusé aux Algériens, qui le réclament pourtant depuis longtemps.

L'un des slogans des millions de manifestants algériens est de faire "dégager" ceux  qu'ils ont nommés "les trois B", à savoir, lui-même,  Noureddine Bedoui, Tayeb Belaiz, président du conseil constitutionnel et Abdelkader Bensalah, président par intérim de l'Etat Algérien.

Mais à ce jour, le peuple d'Algérie n'a eu comme unique réponse qu'un silence total, et de la répression, qui s'est manifestée durant les deux dernières journées, notamment. 

Dans ce même communiqué ô combien surréaliste, le ministère algérien des Affaires étrangères affirme également en substance  que l'Algérie est "confiante en la capacité de ce pays frère [le Soudan , Ndlr] à surmonter cette conjoncture délicate en préservant sa sécurité et son intégrité".

Toute honte bue, la diplomatie algérienne ajoute que ce pays demeure "convaincu que le peuple soudanais pourra réaliser ses espoirs pour un avenir meilleur dans le cadre de la liberté et de la démocratie".

Autant de déclarations qui dénotent d'un profond mépris du gouvernement Bedoui vis à vis de son ropre peuple, celui de l'Algérie. 

Faut-il le rappeler, depuis près d'une semaine, notamment après la prestation de serment Abdelkader Bensalah à la magistratiue suprême, en sa qualité de président par intérim, le système algérien s'est endurci.

Alger montre et démontre désormais que le système en place entend confisquer le pouvoir, malgré la désaprobation manifeste du peuple. 

Vendredi dernier, 12 avril 2019, tout l'arsenal répressif était de sortie: matraques, grenades à gaz lacrymogène et canons à eau.

Plusieurs dizaines de personnes ont été blessées et au moins 140 manifestants ont été arrêtés, selon la presse locale. 

Hier, samedi 13 avril, à Alger, les citoyens qui voulaient manifester ont été violemment dispersés, et trois membres d'un parti politique ont été arrêtés.

Une brutale répression qui s'ajoute à celle qui a eu lieu, mardi 9 avril, contre les étudiants d'Algérie, lesquels, les premiers, ont manifesté contre celui qui occupe le poste de président du sénat depuis 17 longues années, et qui est, de fait, comptable de la gestion de Abdelaziz Bouteflika. 

Evidemment, étant donné la tournure que prennent les évènements, ce communiqué en direction du Soudan, émis par la diplomatie algérienne, devrait plutôt émaner de Khartoum et s'adresser "au peuple algérien frère". Sans rire. 


Le 14/04/2019 Par Mar Bassine