Algérie: tous les indicateurs sont au rouge

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Le 13/03/2018 à 19h00, mis à jour le 13/03/2018 à 19h04

Sur le plan économique, tous les indicateurs sont au rouge, à cause du niveau encore bas des prix du pétrole. Tout porte à croire que la situation est plus grave que ne l’ont admis jusqu’ici les dirigeants.

Les cadavres que l’on cache dans le placard finissent toujours par trahir le meurtrier, quand l’odeur de putréfaction rend l'air irrespirable. En économie aussi, on a beau chercher à dissimuler les contreperformances par des discours laudateurs et des chiffres fabriqués, quand le niveau de vie chute, les secrets seront trahis.

Il suffit de voir le nombre de mouvements sociaux, de grèves et autres manifestations pour se convaincre que le pays vit une situation des plus catastrophiques. Après l’échec de leurs ultimes négociations, lundi 12 mars courant, les médecins résidents algériens ont menacé de démissionner collectivement. Deux jours auparavant, c’étaient 2.000 chômeurs de Ouargla qui battaient le pavé pour exiger du travail.

Fin février, 4.000 enseignants parmi les 30.000 avaient été radiés de la fonction publique. Et ce ne sont là que quelques faits parmi une multitude d’autres qui témoignent de la précarité qui prévaut chez l’un des premiers producteurs de pétrole et de gaz du continent, avec un PIB de 170 milliards de dollars en 2017. 

Un revenu ne couvrant que 2/3 du nécessaire

L’arrogance qui transparaît dans les propos des dirigeants algériens est contredite par les chiffres, tous aussi mauvais les uns que les autres. Le premier constat est que les salaires sont gelés, alors que le coût de la vie ne cesse d’augmenter. Selon les données fournies par l’Office national des statistiques (ONS) algérien, les salaires moyens dans le secteur privé sont passés de 29.352 dinars en 2011, à 39.948 en 2016, soit une hausse de 36,01% sur la période. Actuellement, en 2018, c’est à peine si les salaires moyens ont franchi la barre des 40.000 dinars.

Pendant ce temps, les prix n’ont cessé de progresser. Toujours selon l’ONS, sur cette même période, l’indice général des prix à la consommation a augmenté globalement de 42,3%. Mais le plus grave, le salaire moyen est loin de suffire pour vivre décemment en Algérie. En effet, en 2015 déjà, une étude du Syndicat national autonome des personnels de l’administration publique situait le salaire minimum nécessaire à une famille de 5 membres à quelque 62.734 dinars, soit 22.000 dinars de plus que la somme perçue mensuellement par la moyenne des travailleurs, trois ans après cette fameuse étude. En somme, le salaire moyen ne couvre que 66% des besoins d'une famille de 5 personnes.

Des salaires gelés contre une forte inflation

D’autant que, l’écart entre l’évolution des salaires et le coût de la vie témoigne d’une baisse continue du pouvoir d’achat. C’est d’autant inquiétant que c’est durant les dernières années que la croissance des salaires est la plus faible, alors même que l’inflation n’en est que plus forte, d’où une chute vertigineuse du niveau de la vie. A titre d’exemple, en 2016, les salaires n’ont progressé que de 1,8%, alors que le taux d’inflation atteignait 6,4%.

En réalité, si l’Algérie en est arrivée à ce stade, c’est parce que l’économie de tout le pays est liée au cours du pétrole. Quand les marchés de cette matière première s’enrhument, c’est le pays entier qui éternue. Or, les cours du brut, même s’ils se sont légèrement redressés à 60 dollars en 2017, ils demeurent insuffisants pour résorber les déficits.

23 milliards dollars de déficit de la balance des paiements en 2017

La balance des paiements affiche un déséquilibre de 23 milliards de dollars en 2017. C’est ce qui a poussé le gouvernement à interdire à l’importation près de 900 produits. Désormais, Il est impossible de déguster du chocolat, d’avoir accès aux produits cosmétiques et faute de pièces de rechange, il faut compter plus d'un mois pour réparer un réfrigérateur en panne.

A côté du déficit de la balance des paiements, il a celui du budget que l’Algérie a dû mal à boucler. Ainsi, en 2018, le déficit budgétaire prévisionnel est de l’ordre de 2.107 milliards de dinars, soit 18,5 milliards de dollars, contre 2.343 milliards de dinars en 2016, soit 21,3 milliards de dollars.

D’ailleurs, si l’on excluait la contribution du Fonds de régulation des recettes (FRR), depuis 2003, l’Algérie n’aurait jamais réellement atteint l’équilibre budgétaire. Seulement ce matelas de sécurité s’est épuisé dès début 2017 et en 2016, ce qu’il en restait n’avait pas suffi pour couvrir l’énorme déficit.

Fonds souverain dilapidé et recours à la planche à billets

La première conséquence de ce déficit budgétaire est donc l’épuisement du FRR qui devait être investi comme tout bon fonds souverain afin d’assurer aux générations futures d’Algériens un meilleur avenir. Mais, c’est loin d’être la seule implication. En effet, quand les recettes sont inférieures aux dépenses, il faut bien financer l’écart, soit par l’endettement, soit par des méthodes non conventionnelles. Les dirigeants algériens ont fait du refus de l’endettement extérieur un dogme, du coup, il ne leur restait que la solution de la planche à billets.

En septembre 2017, la décision fut prise, en prévoyant la création de 570 milliards de dinars la même année, de 1.815 milliards en 2018 et de 580 milliards en 2019. Mais, ces prévisions conservatrices vont être dépassées. En effet, rien qu’au mois de novembre 2017, quelque 2.200 milliards de dinars ont été créés, soit presque l’équivalent du déficit budgétaire de toute l’année 2017. Et c’était prévisible, puisqu’il faut bien payer les salaires et les factures. Pour ces deux postes qui sont en dinars, c’est possible. Mais une planche à billets à beau sortir du chapeau de magicien des dinars, elle ne résoudra pas le problème de la pénurie de devises étrangères.

Selon les autorités algériennes, les réserves de change seraient encore de 97 milliards de dollars et elles couvriraient jusqu’à une vingtaine de mois d’importations. Les actes que posent les autorités algériennes sont néanmoins en contradiction avec ces chiffres. Car, le fait d’interdire à l’importation 900 produits est un acte lourd de conséquences qui interroge. D’ailleurs, les dirigeants algériens n’ont pas exclut de recourir enfin à l’endettement extérieur d’ici la fin de l’année.

Par Mar Bassine Ndiaye
Le 13/03/2018 à 19h00, mis à jour le 13/03/2018 à 19h04