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Afrique: l'Algérie économiquement isolée faute de vision, selon un expert

Mise à jour le 31/05/2018 à 16h59 Publié le 31/05/2018 à 16h56 Par Mar Bassine

#Economie
port d'Alger
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#Algérie : Alors que le continent est appelé à connaître une forte croissance, l'Algérie qui s'est enfermée dans son autarcie restera à la traîne, voire absente, de ce marché de développement, quand le Maroc et la Tunisie tirent leur épingle du jeu.


A cause d'une économie introvertie basée sur le recyclage de la rente pétrolière, l'Algérie et ses entreprises peinent à se faire une place sur le continent. Le verdict du diagnostic établi dans la revue Jeune Afrique par Alexandre Kateb est sans appel. Le directeur du cabinet Compétence Finance et diplômé de l’Ecole Centrale Paris et de Sciences Po Paris note qu'il y a quelque chose de paradoxal dans le fait que l'Algérie ne parvienne à tirer aucun dividende de son rôle de soutien des pays africains au moment de la lutte pour l'indépendance. Le pays de Houari Boumediene, Mohamed Boudiaf ou encore Ahmed Benbella est cloué au pilori par le Maroc et dans une moindre mesure, la Tunisie. 

Certes, désormais deux tiers du PIB algérien sont produits par des entreprises privées, même si le pétrole assure encore 60% des recettes budgétaires et 95% des exportations. Ces groupes privés, familiaux pour la plupart, sont Cevital de Issam Rebrab, ERTHP de Ali Haddad ou encore Arcofina de Abdelouahab Rahim. Il s'agit là d'entreprises industrielles, de distribution, d'immobilier ou encore de BTP. Sauf que ces entreprises vivent de manière ou d'une autre grâce à la rente pétrolière et ne se sont pas préparées ni à affronter la concurrence chez elles ni à aller à la conquête d'autres marchés. 


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Car, toutes ces entreprises doivent leur existence à des marchés publics financés par les revenus du pétrole ou encore à la distribution de produits subventionnés grâce à cette même manne d'hydrocarbures. Et si ce n'est pas le cas, les entreprises algériennes ne survivent que parce qu'elles sont protégées de différentes manières. D'une part, l'Algérie est l'unique pays africain dont l'économie est significative et qui ne fait pas encore partie de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Elle négocie depuis 23 ans et ne trouve toujours pas l'OMC à son goût. Cette protection sur leur propre marché ne prédispose pas les entreprises algériennes à aller vers de nouveaux horizons. D'autre part, la loi 51/49% qui interdit aux capitaux étrangers de détenir plus de 49% des entreprises algériennes crée un tuteurage inutile qui inhibe leur possibilité de se développer.

C'est bien dommage, car l'Algérie risque d'être absente de l'énorme marche de développement du continent. Pourtant "le contre-choc pétrolier de juin 2014 a mis en évidence la vulnérabilité du modèle économique prévalant et la nécessité de chercher de nouveaux relais de croissance", souligne Alexandre Kateb. L'Algérie rate une belle opportunité de profiter d'un continent à la croissance forte, dont la population qui doublera en 2040 s'urbanise à un rythme très rapide et dont les besoins en infrastructures sont estimés à 150 milliards de dollars par an. Malheureusement, même en Algérie, le secteur des infrastructures est dominé par les entreprises chinoises et turques, alors que les entreprises algériennes demeurent des sous-traitantes. 

Tout ceci montre l'absence de vision des dirigeants algériens pour aller vers le continent. L'Algérie ne s'appuie ni sur la Banque africaine de développement (BAD) ni sur la Banque islamique de développement (BID) et encore moins sur la Banque africaine d'import-export (Afrexim Bank) pour développer une stratégie sur le continent. D'ailleurs, elle n'a ni stratégie africaine ni vision pour l'Afrique, que ce soit au niveau du public ou des groupes privés. 
Le 31/05/2018 Par Mar Bassine