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Algérie: comment un islamiste de l'opposition a été élu président de la Chambre basse du Parlement

Mise à jour le 11/07/2019 à 12h11 Publié le 11/07/2019 à 12h06 Par Djamel Boutebour

#Politique
Algérie: un islamiste de l'opposition élu président de la Chambre basse du Parlement
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#Algérie : N'ayant pas réussi à se mettre d'accord, les deux principales formations de la coalition au gouvernement ont finalement élu, et de manière inattendue, un islamiste de l'opposition. Est-ce la fin de ces deux formations, dont l'historique FLN, qui dirige le pays depuis l'indépendance?

Après avoir poussé Mouad Bouchareb à la démission du Perchoir, les parlementaires algériens lui ont trouvé un remplaçant en la personne de Slimane Chenine, un député de l'alliance islamiste Nahda-Adala-Bina, qui appartient officiellement à l'opposition.

Ce dernier, à la surprise générale, a été élu président du parlement, alors même que les deux principaux partis de la majorité (l'historique Frront de Libération Nationale -FLN, et le Rassemblement National démocratique -RND) avaient proposé des candidats à ce poste - en l'occurrence, celui de la quatrième personnalité de l'Etat par ordre d'importance. 

Réunis en séance plénière, hier, mercredi 10 juillet, les députés ont finalement porté leur choix vers ce journaliste de profession, directeur de publication du journal arabophone Elraaed.

C'est là le signe le plus patent que la coalition actuellement aux commandes au gouvernement s'est fissurée, à la faveur de la pression exercée par la rue. 


>>>LIRE AUSSI: Algérie. Crise au sein de l’APN: enfin, un «coup d’Etat parlementaire» pour se débarrasser de Bouhadja

En effet, hier, en début de matinée, le FLN et le RND, avec respectivement 159 et 100 sièges sur les 462 que compte la chambre basse du Parlement ont bel et bien présenté des candidats, non pas deux, ni trois, mais plusieurs.

Pourtant, ces différents candidats se sont désistés, les uns après les autres, à mesure que s'allongeaient les négociations. 

Mohamed Djemaï, actuel secrétaire général du FLN, était certes désireux de remplacer Mouad Bouchareb, mais il a finalement dû retirer sa candidature à la fin de la journée.

L'enchaînement des évènements laisse à penser qu'il n'avait pu réussir à obtenir le soutien du RND, ni même celui de l'ensemble des élus de son propre parti. 

En effet, au RND, Lakhdar Athmane était l'unique candidat. Il pouvait donc s'assurer du vote des élus de sa formation politique, tout en ayant l'espoir que le FLN le soutienne, alors que ce parti historique a eu plusieurs présidents consécutivement placés au perchoir, et tous poussés à la démission par leur propre parti.

Néanmoins, à la mi-journée, ce leader du RND a été le premier des nombreux candidats en lice à renoncer à briguer la présidence de l'Assemblée Nationale Populaire.  


>>>LIRE AUSSI: Algérie. FLN contre FLN: Bouchareb démissionne sous la pression des députés de son parti

De plus, au sein même du FLN, fait curieux, il n'y a pas eu de consensus autour de la candidature de Mohamed Djamaï. 

Abdelhamid Si Affif, député de Mostaganem (à 300 km à l'ouest d'Alger pour le chef-lieu), et par ailleurs président de la commission des affaires étrangères de l’Assemblée, membre du comité central du FLN, et Mustapha Boualeg, briguait lui aussi le fauteuil que Mouad Bouchareb s'apprêtait à quitter.

De son côté, Saïd Bouhadja, le président de l'Assemblée nationale populaire, qui en avait été chassé par les députés en octobre 2018, rêvait quant à lui de reprendre cette place, qu'estime être toujours la sienne. Il s'était d'ailleurs présenté la veille, mardi 10 juillet, pour exiger qu'on la lui rende. Mais en vain. 

D'autres candidats, issus de diverses formations, se trouvaient également dans cette compétition pour remporter le perchoir, notamment des candidats dits "indépendants" soit n'ayant aucune appartenance politique: Noureddine Belmeddhah et Mohamed Helali, mais aussi Houari Benaoula  de Wafa El Watani. 

En fin de compte, l'élection de Slimane Chenine, islamiste de l'opposition, à la présidence de l'ANP, pose au moins deux questions.

Les Algériens, qui manifestent sans discontinuer depuis le 22 février 2019 seront-ils partiellement calmés par l'élection de ce membre de l'opposition?

Le peuple n'a eu de cesse de réclamer le départ du système, dont font d'ailleurs partie les élus actuels.

La seconde question concerne la stabilité de ce poste stratégique, qui n'a cessé de changer d'occupant, puisque Slimane Chenine est la troisième personne à l'occuper en l'espace de 9 mois.

Ces deux questions sont sans réponse à l'heure actuelle, mais quoiqu'il en soit, les dissensions révélées à travers l'absence de consensus entre ces deux partis, et au sein même du FLN, démontrent sans conteste que la fin du régime actuel est bel et bien proche. 

Le 11/07/2019 Par Djamel Boutebour