Algérie: le quotidien "Le Monde" décrit l'échec des villes nouvelles

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Le 27/12/2017 à 17h22, mis à jour le 27/12/2017 à 18h54

En lieu et place de villes nouvelles dans lesquelles elle a investi une fortune, l'Algérie est en train de recréer des bidonvilles. Le quotidien français "Le Monde" s'est rendu dans la banlieue d'Alger, à Sidi Abdellah, mais le désastre est partout le même.

A 25 km à l'ouest d'Alger, au-delà des champs et prés apparaît une "forêt de béton". On est à Sidi Abdellah, où une triste cité-dortoir trahit la promesse de ville nouvelle faite il y a plus de quinze ans aux Algériens. Dans un article intitulé "La ville nouvelle de Sidi Abdellah, un concentré des maux algériens", le quotidien français LeMonde décrit l'échec d'un projet "présenté par les autorités comme la ville de demain, capable de répondre (intelligemment) au défi démographique de l’Algérie". 

Face à l'évidence du désastre que relate l'envoyée spéciale du Monde, même les publications algériennes les plus chauvines se plient. Ainsi, un site internet proche de l'armée écrit: "Le reportage du Monde fait état d’un terrible massacre urbanistique dans lequel les concepteurs de projets excellent depuis de longues années". Le même site acquiesce quand le quotidien décrit une "gigantesque cité-dortoir où les habitants semblent des fourmis". N'eut été cette triste confirmation, on aurait pu dire que l'article est un brin trop sévère. Il rapporte par exemple le témoignage d'un habitant qui reconnaît que "le plan était extraordinaire, mais la réalité est nulle".

Les chantres du chauvinisme algérien en rajoutent même une couche. "Au fil des ans, l’ambition succombe à la nonchalance des chargés de la concrétisation de ce projet", affirme le site d'information. Il confirme ainsi la remarque d'un architecte excédé par l'incompétence des dirigeants de son pays et les ego des ministres. 

Et d'ajouter: "La vocation de Sidi Abdellah évolue", selon ce dernier, mais pas dans la bonne voie. "Il s’agit d’en faire un pôle scientifique, destiné à la classe moyenne supérieure, aux cols blancs. Mais après plusieurs années de tiraillements entre les ministères de l’Urbanisme et de l’Habitat, nouveau changement de cap: Abdelmadjid Tebboune, alors ministre de l’Habitat, finit par obtenir l’autorité sur les villes nouvelles. Il a alors décidé d’en faire un grand chantier de logements". 

Le plus triste, c'est que Sidi Abdellah, qui n'a que quelques années, ressemble par endroits à une ville vieillie, avec ses bâtiments en décrépitude, sa peinture qui s'effrite, ses trottoirs déformés. "Au rez-de-chaussée, de nombreux locaux commerciaux sont toujours vides, rideaux métalliques baissés", déplore LeMonde. Le pire, c'est qu'aucun Algérien n'a tiré profit de ce projet. Au départ, l'architecte est un belge, Jean-Jacques Deluz, qui décède en 2009. Ensuite, selon LeMonde, ce sont des entreprises turques et chinoises qui remportent les marchés au moment où les sociétés de BTP algériennes jouent aux spectateurs. Puis, ces mêmes entreprises chinoises et turques ont fait travailler des migrants subsahariens, notamment des Ivoiriens, Camerounais, Guinéens, "en situation irrégulière", précise le site algérien. 

Ce n'est malheureusement pas le premier échec algérien du genre. A Constantine, l'expérience de Ali Mendjeli a été encore plus décevante. En effet, le lieu s'est transformé en champ de bataille pour des gangs issus d'anciens bidonvilles rivaux. En 2014, des dizaines de voitures ont été incendiées, juste parce qu'ils se livraient à une guerre pour le contrôle de places de parking. 

Par Mar Bassine Ndiaye
Le 27/12/2017 à 17h22, mis à jour le 27/12/2017 à 18h54