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Cameroun: polémique autour d’un professeur de philosophie

Mise à jour le 09/03/2019 à 09h15 Publié le 09/03/2019 à 07h16 Par De notre correspondant au Cameroun Tricia Bell

#Culture
Maurice Kamto

Maurice Kamto, candidat à la présidentielle camerounaise.

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#Autres pays : Plusieurs médias rapportent que l’enseignant vacataire Félix Ningue a été renvoyé du Lycée bilingue de Mendong à Yaoundé, la capitale, pour avoir proposé aux élèves un texte extrait d’un ouvrage de l’opposant Maurice Kamto. Ce que dément l’administration de l’école.

La polémique enfle au sujet de Félix Ningue, professeur de philosophie au Lycée bilingue de Mendong à Yaoundé, la capitale. Selon certaines informations abondamment relayées par la presse et reprises dans les réseaux sociaux, l’enseignant vacataire a été renvoyé de cet établissement public d’enseignement secondaire le 5 mars dernier.

Son tort: avoir proposé aux élèves des classes de terminales C et D, lors d’une évaluation le 15 février dernier, un sujet extrait du livre «L’urgence de la pensée» de l’opposant camerounais Maurice Kamto, écroué depuis le 13 février dernier à la prison centrale de Yaoundé pour «rébellion», «insurrection» et «hostilité contre la patrie», entre autres.


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Le libellé du texte controversé est le suivant: «Contre le tribalisme ou l'ethnisme, le seul adversaire authentique, c'est la démocratie, c'est-à-dire celui qui accepte le pluralisme sous tous ses aspects, qui sait que des formations socioculturelles différentes peuvent coexister sans vouloir la mort les unes des autres, sans vouloir l'éclatement de la nation: en s'enrichissant mutuellement, à travailler ensemble à la réalisation d’un destin que le hasard de l’histoire a voulu qu’il fût commun.

Car nous devons reconnaître qu'il n'y a pas d'ethnie génétiquement tarée ou mauvaise, ni d'ethnie congénitalement parfaite ou bonne. Il n'y a que des individus crapules ou honnêtes, paresseux où travailleurs. Chaque groupe socioculturel contient ce qu'il y a de meilleur et de pire parmi les humains. Le reste est question de repère culturel. Une fois qu’on l’a compris, la coexistence devient facile car il n’est plus question alors que de l’aménagement des différences».

«Sentence finale»

L’administration de l’établissement dément cette information. «Il n’a jamais été inquiété. J’ai demandé à Ningue d’arrêter de dispenser des cours au Lycée bilingue de Mendong. Qu’il attende que les enquêtes poursuivent leur cours et après enquête, on revient sur la décision ou on prononce une sentence finale», a réagi le proviseur, Jean Pierre Voundi Abondo, sur les antennes de la chaîne de télévision privée Canal 2 International.


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Selon ce responsable, le contenu ne pose pas problème, mais plutôt le commentaire qui accompagnait l’épreuve publiée par l’enseignant sur sa page Facebook.

Ce dernier avait écrit : «Le lycée bilingue de Mendong honore Maurice Kamto», avant de supprimer sa publication par la suite. «Le professeur qui a proposé l’épreuve a utilisé les en-têtes du Lycée de Mendong [qui] est un établissement apolitique. En publiant le texte, il a émis un premier commentaire et le commentaire a plutôt alimenté les réactions des uns et des autres», affirme le proviseur.

De son côté, l’enseignant a déclaré à Canal 2 qu’il «assume totalement ses propos». Il assure cependant que le texte proposé est celui de l’intellectuel Maurice Kamto et non de l’homme politique. Il affirme également avoir décidé de proposer ce texte dans le contexte actuel parce que, dit-il, celui-ci est une thérapie contre la montée de la haine tribale et de la division dont certains médias camerounais font l'apologie.
Le 09/03/2019 Par De notre correspondant au Cameroun Tricia Bell