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Cameroun. Constructions anarchiques: un casse-tête pour le gouvernement

Mise à jour le 10/11/2019 à 18h35 Publié le 10/11/2019 à 18h33 Par De notre correspondante au Cameroun Patricia Ngo Ngouem

#Economie
Glissement de terrain
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#Autres pays : Les autorités peinent à juguler le problème d’occupation anarchique des sols depuis des années dans le pays. Les spécialistes de la ville, eux, appellent à un respect strict des normes d’urbanisme et à la réactualisation des schémas d’aménagement des cités.


L’éboulement de Bafoussam, qui a officiellement fait 43 morts dans la région de l’Ouest, est venu relancer le débat sur les constructions anarchiques au Cameroun. C’est que, ce problème demeure un casse-tête pour le gouvernement depuis des années. Notamment pour les autorités municipales qui peinent à faire respecter la loi du 21 avril 2004 régissant l’urbanisme au Cameroun, dans un environnement où les populations s’entêtent à bâtir des maisons sur les lits des cours d’eau, les flancs de colline, les marécages et autres zones à risques impropres à la construction. Ce, alors même qu’elles ont été sensibilisées sur les risques qu’elles y encourent ou ont été priées de quitter la zone pour leur propre sécurité.


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C’est le cas par exemple à Ebolowa, la capitale régionale du Sud, où des maisons continuent à être construites sur le versant d’une des collines de la ville, malgré un arrêté préfectoral de 2015 y interdisant toute activité. «Nous allons nous attaquer à ce problème là. Il y va des missions de protection civile dévolues à l’autorité administrative car, lorsqu’un éboulement arrive et que nous comptons des morts comme à Bafoussam, ça ne fait pas plaisir», affirme le préfet du département de la Mvila, Cyriaque Marie Mvogo. Une bataille loin d’être gagnée. En effet, la sensibilisation n’étant pas suivie de répression, les populations continuent à occuper les lieux. Seuls des accidents ou catastrophes (inondations, éboulement, effondrement d’un immeuble, etc.) les poussent généralement à plier bagages.

Pour de nombreux observateurs, l’occupation anarchique des sols est la conséquence du désordre urbain observé dans les grandes villes du pays. Résultat : des maisons poussent comme des champignons, dans la plus grande anarchie. Au vu et au su des autorités. La faute, assurent les urbanistes, ne saurait incomber uniquement aux populations qui font fi des normes en matière de construction. Les pouvoirs publics y ont également leur part de responsabilité en laissant, au nom de la sempiternelle «tolérance administrative», les populations construire dans les zones à risque. Un laxisme souvent décrié dans l’opinion publique.

Physionomie

Mais au-delà du respect des normes d’urbanisme, les spécialistes appellent notamment à une actualisation des schémas d’urbanisme existants. «Certaines villes ont des schémas d’urbanisme et ces schémas sont parfois caduques. Mais dans  des villes où il existe des plans d’urbanisme, ceux-ci ne sont pas également respectés», déplore Daniel Tassou, spécialiste des villes. Selon ce dernier, pour jeter les bases d’une urbanisation efficace et maîtrisée, «il faut un respect scrupuleux des plans d’urbanisme  dans nos villes et pour cela, il faut commencer par sensibiliser la population et deuxièmement, sanctionner». Du côté du gouvernement, l’on est conscient que la physionomie des villes est peu reluisante et qu’il faut trouver les solutions pour remédier à ce problème.


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C’est dans cette perspective que le ministère de l’Habitat et du Développement urbain s’attèle à l’actualisation des documents d’urbanisme, à l’instar des schémas directeurs d’aménagement et d’urbanisme de Yaoundé et Douala, et le plan directeur d’urbanisme de la ville de Limbe, dans la région du Sud-Ouest. «Pour ce qui est de Yaoundé, le nouveau schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme (SDAU) a été actualisé en 2003. Le SDAU de Yaoundé horizon 2020 tient compte du positionnement de la capitale du pays en complémentarité du reste du potentiel national et des grands équilibres démographiques, du renforcement de la dimension internationale par la qualité d’équipement et le développement des fonctions induites, mais aussi celui des systèmes de communication», indique ce département ministériel.
 
 

Le 10/11/2019 Par De notre correspondante au Cameroun Patricia Ngo Ngouem