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Pourquoi l'Afrique du Sud se méfie-t-elle de la France?

Mise à jour le 11/07/2016 à 16h05 Publié le 11/07/2016 à 14h48 Par Mar Bassin N'diaye

#Politique
Zuma-Hollande
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#Autres pays : Ce lundi 11 juillet 2016, le président sud-africain Jacob Zuma entame une visite en France. Les deux pays savent qu'ils ont des intérêts communs, mais sur beaucoup de dossiers leur opposition est claire: Libye, Côte d'ivoire, Union Africaine...

Entre une France qui tient un peu trop à son statut d'ancienne métropole coloniale et une Afrique du Sud, leader sur le continent  africain, ce n'est pas le grand amour. L'Afrique du Sud se méfie de la France qu'elle accuse d'ingérence dans les affaires de plusieurs pays. Les exemples sont nombreux où, les dirigeants sud-africains n'ont pas caché leur agacement face à l'attitude française. En Libye, en Côte d’Ivoire et plus récemment au Mali, voire dans l'Union africaine, l'Hexagone s'est clairement attiré l'inimitié de Zuma et de son gouvernement.

Khaddafi fut un fidèle soutien de l'ANC

En mars 2011, alors la guerre civile venait à peine d'être déclarée en Libye, la France a été le premier pays à reconnaître le Conseil national de transition comme étant le gouvernement légitime du peuple libyen. Très vite, Nicolas Sarkozy déploie une vingtaine de Mirages 2000 contre les troupes de Khaddafi. Il n'en fallait pas plus pour déclencher la colère de Zuma. Car, faut-il le rappeler, le Guide de la Jamahiriya était un soutien inconditionnel de la cause de l'ANC au moment de l'apartheid. Il finançait à coup de millions de dollars la lutte que menait Mandela.

L'empressement de Nicholas Sarkozy à vouloir se débarrasser de Khaddafi après lui avoir permis de tendre ses tentes bédouines dans les jardins de l'Elysée, trois années plutôt, cachait d'autres intentions que l'intérêt du peuple libyen. Il y avait peut-être des cadavres français dans le placard libyen. Quoi qu'il en soit, ce n'était pas la première fois que l'Afrique du Sud critique ouvertement la France pour sa politique d'ingérence en Afrique.

Ingérence en Côte d’Ivoire

Il y a eu un précédent avec la Côte d’Ivoire. En effet, le fait que la France soutienne ouvertement Alassane Ouattara ainsi que les rebelles dirigés notamment par Guillaume Soro n'était pas du goût de Pretoria. Là aussi, Gbagbo, le président ivoirien déchu, panafricain convaincu était un ami des responsables de l'ANC.

Loin d'être neutres dans ce conflit, les autorités françaises auraient même été à l'origine du bombardement de leur propre camp militaire de Bouaké qui abritaient une base française. L'enquête actuellement en cours révèle en effet que Michel Alliot Marie, alors ministre de la Défense française, a donné l'ordre de libérer les pilotes biélorusses, auteurs du bombardement et arrêtés à deux reprises, une première fois à Abidjan et une seconde fois à la frontière avec le Ghana. Le prétexte avancé par les autorités françaises étaient que ce sont des citoyens étrangers ayant commis un crime sur le sol ivoirien. Pourtant c'est ce bombardement qui a donné à la France le prétexte de faire chuter Laurent Gbagbo.

Il y a un autre fait où cette rivalité s'est manifestée. En 2012, lors de l'élection du président de la Commission de l'Union africaine, l'Afrique du Sud a ouvertement dit que le Gabonais Jean Ping était un candidat de la France. C'est ce qu'explique Peter Fabricius, consultant à l'Institut pour les études de sécurité.

Cette opposition, certes justifiée du géant sud-africain face à la France, est néanmoins tempérée par un certain pragmatisme sur le plan économique. Et pour cause, les deux pays ont besoin l'un de l'autre. 

Besoin l'un de l'autre

D'un côté, la France sait que l'Afrique du sud possède une économie solide pouvant servir de débouché à son industrie de l'armement, du transport et des hautes technologies. Les compagnies minières sud-africaines font partie des leaders mondiaux. Les secteurs financiers, à savoir la banque et l'assurance, n'ont rien à envier à ceux de l'Europe.

De l'autre, après la sortie de la Grande Bretagne de l'Union européenne, son alliée traditionnelle, l'Afrique du Sud a plus que jamais besoin de s'appuyer sur la France ou l'Allemagne, désormais les plus solides pilliers de l'Europe des 27.

Pretoria cherche à doper ses exportations agricoles vers l'Europe, mais également sa métallurgie, son industrie chimique et ses hydrocarbures transformées ont besoin d'investisseurs de classe mondiale. Dans le même temps, son économie est à la recherche de capitaux pour renouer avec la croissance.

Selon le Fonds monétaire international, le PIB sud-africain ne devrait augmenter que de 0,6% cette année. Le pays n'a pas, non plus, les faveurs des Agences de notation, notamment Moody's ainsi que Standard & Poor's, lesquels menacent de dégrader sa note.

Le 11/07/2016 Par Mar Bassin N'diaye