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Rétros 2017. Politique: Afrique, est-ce le début de la fin des présidents dinosaures?

Mise à jour le 30/12/2017 à 20h34 Publié le 30/12/2017 à 19h45 Par Moussa Diop

#Politique
présidents dinausores

Les ex-présidents Dos Santos (Angola), Mugabe (Zimbabwe) et Jammeh (Gambie).

© Copyright : DR

#Autres pays : Trois présidents dont deux dinosaures du fait de leur long règne ont quitté le pouvoir en Afrique au titre de l’année 2017. L’un l’a quitté volontairement, les deux autres y ont été contraints. Mais est-ce réellement le début de la fin des dirigeants qui s’éternisent au pouvoir en Afrique.

La longévité au pouvoir de Hailé Sélassié d’Ethiopie sera difficile à battre. 44 ans de pouvoir absolu. Mais, lui était un empereur descendant d’une longue lignée de rois. Pourtant, Mouammar Kadhafi et Omar Bongo, respectivement 42 ans et 41 ans au pouvoir, ont failli le destituer de son piédestal de recordman de longévité d’un dirigeant en Afrique.

De nombreux autres dirigeants affichent clairement leur volonté de s’éterniser au pouvoir, jusqu’à la mort. Du coup, l’Afrique est aujourd’hui le seul continent où on peut encore recenser plus d’une dizaine de chefs d’Etat au pouvoir depuis un quart de siècle. Une situation illustrant le faible ancrage démocratique au niveau du continent.

Cette situation est parfois compensée par des alternances non démocratiques. Ainsi, l’année 2017 a été marquée par le départ de certains dinosaures qu’on croyait indéboulonnables. C’est le cas notamment d’Edourado Dos Santo, de Mugabe et de Yahya Jammeh.

Angola: Edwardo Santos quitte volontairement après 37 ans de pouvoir
Dos Santos et Joao Lourenço
Dos Santos et Joao Lourenço du MPLA. © Copyright : DR

Jose Eduardo dos Santos, né en 1942, dirige l’Angola depuis le 10 septembre 1979, soit 38 ans à la tête de ce pays d’Afrique australe. Après presque 4 décennies de règne sans partage, Dos Santos, âgé de 75 ans et qu’on dit malade, a eu l’intelligence de passer le relai. Ainsi, il peut s’enorgueillir d’avoir passé le relai et sortir par la grande porte en laissant le pouvoir à un dauphin qui n’est pas de sa famille.


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C’est Joao Manuel Gonçalves Lourenço, 63 ans et ancien ministre de la défense, qui dirige désormais depuis septembre dernier. Il faut dire aussi que cette transition a été facilitée par le fait que la constitution angolaise ne prévoit pas de scrutin présidentiel, mais précise que le poste de chef de l’Etat revient à la tête de liste du parti qui a remporté les législatives.

Famille riche et population pauvre

Dos Santos ne quitte pas la politique. Il conserve la tête du MPLA –Mouvement populaire pour la libération de l’Angola- jusqu’en 2022, une manière de ne pas abandonner tout le pouvoir au nouveau président. Lui et sa famille ont accumulé d’énormes fortunes, sa famille étant considérée comme étant la plus riche du continent. La famille Dos Santos a investi sa fortune dans les banques et les grandes entreprises en Angola, en Afrique et en Europe, notamment dans les pays lusophones (Portugal notamment) et les paradis fiscaux.

Le nouveau président est confronté à des défis énormes. Malgré la richesse du pays, second producteur de pétrole du continent derrière le Nigeria, presque le tiers des 25 millions d’habitants de l’Angola vit avec moins d’un dollar par jour.

Zimbabwe: Mugabe déposé mais sauvé par son passé d’héros national
Mugabe
© Copyright : DR

Il aimait à prophétiser qu’il sera au pouvoir jusqu’à la mort ou jusqu’à 100 ans. Toutefois, à 94 ans, celui qui détenait le titre du plus vieux président du monde, au pouvoir depuis l’indépendance du Zimbabwe en avril 1980, soit après 37 ans de règne, a poussé le bouchon en voulant préparer sa succession au profit de sa femme, Grace Mugabe, au détriment de le vieille garde des guérilleros, compagnons de lutte, en les écartant un à un, suscitant des mécontentements au niveau de la vieille garde du parti au pouvoir, le ZANU-PF.


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La goutte qui a fait déborder le vase a été le limogeage du vice-président et dauphin naturel Emmerson Mnangagwa, surnommé le «caïman».

Des garanties solides

Conséquence, le mercredi 15 novembre, les Zimbabwéens se réveillent avec un pays dirigé par des militaires qui refusent de parler de coup d’Etat tout en détenant Mugabe dans sa résidence et en arrêtant des responsables de la police et des ministres qui sont jugés proches du vieux. Après moult négociations, le vieux finit par abdiquer après avoir obtenu des garanties suffisantes que lui et sa famille ne seront pas inquiétés au Zimbabwe. Une fois le tout clarifié, Mugabe devance les députés qui voulaient le destituer en présentant sa démission avec effet immédiat.

Du haut de ses 94 ans, dont 38 ans au pouvoir, Mugabe bénéficie désormais d’un plan de retraite doré que ses anciens compagnons lui ont concocté et qui fait pâlir d’envie beaucoup de dirigeants de pays occidentaux.

Gambie: Yahya Jammeh, ou l’art de sortir par la petite porte
Yahya Jammeh à bord du jet privé d'Alpha Condé
© Copyright : DR

En Gambie, après 22 ans de pouvoir absolu, Yaya Jammeh, arrivé au pouvoir après un coup d’Etat en juillet 1994, n’était pas rassasié et voulait continuer à régner sur ce petit pays enclavé à l’intérieur du Sénégal, tout en donnant à son règne un semblant de démocratie.
Ainsi, après avoir organisé des élections présidentielles, et contre toute attente, l’homme fort de Bangui a été battu lors de sa dernière présidentielle par un inconnu novice en politique Adama Barrow, candidat unique de l’opposition.


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Seulement, n’acceptant pas la défaite, Yahya Jammeh, qui a été élu en 1996 puis réélu depuis tous les 5 ans, qui avait pourtant dans un premier temps accepté le verdict des urnes, se dédit, poussant la CEDEAO, après moult tentatives de le ramener à la raison, d’user de la force. Devant la détermination des pays de la CEDEAO, et plus particulièrement du Sénégal qui voulait aussi se débarrasser d’un voisin encombrant, à cause de son soutien aux rebelles casamançais, il finit par accepter de s’exiler loin de la région en Guinée Equatoriale chez Teodoro Obiang Nguema, au pouvoir depuis 38 ans.

Pour ne pas avoir su quitter dignement, il voit aujourd’hui ses biens accumulés durant plus de deux décennies saisis dans son pays et aux Etats-Unis. Et ce n’est que le début d’une longue traversée du désert.


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Ainsi, trois dirigeants ayant un cumul de 98 ans au pouvoir ont quitté en 2017. Pour autant, est-ce qu’on peut penser que ces départs marquent le début de la fin des présidents dinosaures en Afrique? Il est encore très tôt de le dire et encore moins de le confirmer tant certains présidents africains, au pouvoir depuis plus de deux décennies et même trois, s’accrochent au pouvoir.

En effet, plusieurs chefs d’Etat africains au pouvoir depuis plus de 30 ans dirigent encore avec fermeté leur pays et ne comptent point lâcher le pouvoir. C’est le cas l’équato-guinéen, Teodoro Obiang Nguema (38 ans), Paul Biya du Cameroun (35 ans), Denis Sassou Nguesso (32 ans), Yoweri Museveni (31 ans), Mswati III du Swaziland (31 ans), Omar El Béchir (28 ans), Idriss Déby Itno (27 ans), Issayas Afewerki (25 ans), etc.

Une chose est toutefois certaine, il sera difficile, dorénavant, de détrôner le trio ayant eu les plus longues longévités au pouvoir en Afrique: Sélassié, Kadhafi et Bongo, même si Obiang Nguema de la Guinée Equatoriale trône désormais avec 38 ans de pouvoir. 

Ainsi, les appels à plus de transparence et de démocratie au niveau du continent ont poussé de nombreux pays à adopter l’alternance politique. Du coup, de plus en plus de pays africains adoptent le principe de la limitation du nombre de mandats à deux seulement, même si certains dirigeants ont du mal à s’accommoder à cette donne comme c’est le cas au Burundi, RD Congo, etc.


Le 30/12/2017 Par Moussa Diop

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