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RÉTRO 2017. Afrique. Élections présidentielles: un ancien footballeur et un ex-vigile parmi les nouvelles têtes

Mise à jour le 31/12/2017 à 18h23 Publié le 31/12/2017 à 18h15 Par Moussa Diop

#Politique
Présidents 2017

George Weah, ancienne gloire du footbal élu président du Liberia, et Adama Barrow, ancien vigile au Royaume-Uni, Président de la Gambie.

© Copyright : DR

#Autres pays : Si Kagamé et Uhuru Kenyatta ont été réélus avec des suffrages à la soviétique, les belles surprises des présidentielles africaines sont venues d’un ancien vigile et d’une ex-star mondiale du ballon rond.

Chaque année, le continent africain est rythmé par des élections présidentielles et 2017 n’a pas dérogé à la règle. Si certaines de ces élections se sont déroulées dans le calme, d’autres ont été émaillées par des troubles avec leur lot de morts, montrant que le continent a encore des efforts à faire en matière de démocratie, même si dans certains pays (Ghana, Cap Vert, Bénin, etc.), l’alternance politique pacifique est depuis des années une réalité.

Certains présidents en place ont pu conserver leurs postes, plus ou moins facilement, parfois en éliminant la concurrence pour être réélus à la soviétique. C’est le cas du Rwandais Paul Kagame, qui, après avoir changé la Constitution pour pouvoir briguer un 3e mandat, a été réélu pour 7 ans en obtenant 98% des suffrages.

Au-delà du charisme et du bilan socio-économique positif de l'intéressé, sa réélection risque de légitimer celles des autres chefs d’État du continent, notamment en Afrique centrale (Burundi, RD Congo, etc.), engagés dans des processus visant à modifier les constitutions de leurs pays pour pouvoir se représenter indéfiniment.

Outre Kagame, le président du Kenya, Uhuru Kenyatta a lui aussi conservé son fauteuil présidentiel. Toutefois, la partie n’a pas été facile. Lors du premier tour durant lequel il a été proclamé vainqueur, le président sortant a vu la Cour suprême du Kenya, annuler son élection à cause d'irrégularités. Une première en Afrique et fait rarissime dans le monde. 

Kenyatta a difficilement accepté le verdict de la Cour avant de gagner le nouveau scrutin boycotté par les principaux partis de l’opposition qui jugeaient qu’il n’y avait pas de garanties pour des élections transparentes. Lors de ce second scrutin, il obtient 98% des voix exprimées. Reste que son élection demeure entachée.

Au-delà de ces réélections, l’année 2017 a été surtout marquée par des alternances politiques dans un certain nombre de pays avec parfois l’arrivée au pouvoir des personnes que rien ne semblait destiner à la politique. C’est le cas en Gambie, au Liberia et au Ghana.

Gambie: Adama Barrow, le novice qui met K.O le dictateur Jammeh
Barrow
Adama Barrow, nouveau président de la Gambie. © Copyright : DR

Rien ne prédestinait cet ancien vigile d’un supermarché en Grande-Bretagne, reconverti chez lui en agent immobilier, à la présidence de la Gambie et encore moins à déloger le dictateur Jammeh pourtant bien installé sur son fauteuil depuis 22 ans. Six mois avant les élections, rares sont les Gambiens qui auraient pu mettre un nom sur le visage de cet inconnu,  porté comme candidat par l’opposition, suite à l’arrestation de plusieurs leaders politiques. Grâce à une campagne bien menée et surtout à l’unification d’une grande partie de l’opposition gambienne derrière lui, Barrow a battu Jammeh dans une élection à un tour et à la proportionnelle.

Toutefois, après avoir accepté le verdict des urnes, Jammeh a fait volte-face, refusant de céder le pouvoir au vainqueur, avant de s’exiler sous la menace de la force de la CEDEAO.

Pour la petite histoire, Barrow a prêté serment à l’ambassade de Gambie au Sénégal. S’il respecte son engagement, il doit diriger le pays durant une période de 3 ans avec un gouvernement de transition et organiser de nouvelles élections présidentielles.

Liberia: Weah, le football aussi mène à la présidence
Weah
George Weah. © Copyright : DR

Mister George est enfin devenu Mister Président, même s’il n’est encore que président élu en attendant le 22 janvier prochain. Après deux essais infructueux face à la présidente sortante Ellen Johnson, Sirleaf George Weah, ex-star du ballon rond et unique Ballon d’or africain, a été élu président du Liberia en remportant 61,5% des suffrages exprimés lors du second tour de l’élection présidentielle qui l’a opposé au vice-président Josep Boakai. Il devient ainsi le premier joueur professionnel à devenir président d’un pays en Afrique.

Souvent critiqué pour son expérience en politique, Weah a comblé une partie de son handicap en se faisant élire sénateur en 2014. Il a  désormais la lourde tâche de répondre aux immenses attentes d’une population pauvre lourdement touchée par les séquelles de l’épidémie d’Ebola.
Dans sa première déclaration, Weah s’est engagé à améliorer «la vie des Libériens».

Ghana: Nana Akuffo Addo, président de père en fils
Nana Akufo-Addo
Nana Akufo-Addo, président du Ghana. © Copyright : DR

Comme Weah, suite à deux échecs, le pugnace opposant ghanéen Nana Akufo-Addo, 72 ans, a enfin remporté la présidentielle et est devenu le 7 janvier 2017 président du Ghana, après avoir battu le président sortant John Dramani Mahama.
Entre Akufo Addo et la présidence, c’est une question de famille. Celle-ci a fourni trois chefs d'État au pays, dont le père de Akufo Addo qui fut président du Ghana au début des années 1970.

Cet avocat spécialisé dans les droits de l’Homme, rentré au pays en 1992, s’est, lors de sa prestation de serment, engagé à lutter contre la corruption, à redynamiser l’économie ghanéenne qui connaît un net ralentissement au cours des dernières années dans le sillage de la chute des cours du baril de pétrole en allégeant les taxes et à créer des emplois.

Lourenço: l’héritier n’a pas été déshérité, mais...
Joao Lourenço
Joao Lourenço, le successeur de José Eduardo dos Santos. © Copyright : DR

Après 38 ans de pouvoir, Edouardo Dos Santos a passé le relai à son dauphin Joao Manuel Gonçalves Lourenço, 63 ans et ancien ministre de la Défense de l’Angola.

Ce dernier s’est engagé à relancer l’économie du pays minée par une crise aiguë liée à la baisse des cours du pétrole dont il est le second producteur du continent derrière le Nigeria. Il a aussi promu la lutte conte la pauvreté et le chômage.

Il se détache de plus en plus de l’ancien président. Il a ainsi limogé sans ménagement la fille de l’ancien président, Isabel Santos, de la présidence de la puissante compagnie pétrolière nationale Sonangol, navire amiral de l’économie angolaise, respectant ainsi son engagement à prendre ses distances avec la famille de son mentor Dos Santos. En moins de 3 mois, tous les fidèles du régime Dos Santos ont été remplacés par ses proches au niveau des postes clés (sécurités, banques, médias, etc.).

Toutefois, il n’a pas les coudées franches étant donné que Eduado Dos Santos demeure le président du parti au pouvoir, le Mouvement populaire pour la libération de l’Angola (MPLA).

Enfin, 2017 étant derrière nous, il faut désormais faire place à 2018 avec son lot d’élections présidentielles: Sénégal, Mauritanie, Mali, RD Congo, Algérie, etc. Dans certains de ces pays, la limitation du nombre de mandats oblige, l’alternance devrait être au rendez-vous. Mais, sait-on jamais…
Le 31/12/2017 Par Moussa Diop