Fermer

Vidéo. France: il était une fois Jacques Chirac, le plus "Africain" des présidents français

Mise à jour le 26/09/2019 à 17h51 Publié le 26/09/2019 à 17h25 Par notre correspondant à Nouakchott Cheikh Sidya

#Politique
Chirac
© Copyright : DR

#Autres pays : Jacques Chirac, ancien président de France, de 1995 à 2007, est décédé ce jeudi 26 septembre. Qualifié d'"Africain", il a soutenu le continent tout en lui étant lié par la "Françafrique". Mais des années plus tard, il a vertement critiqué le pillage de l'Afrique, durant des siècles, par la France.

«J’aime l’Afrique, ses territoires, ses peuples et ses cultures. Je mesure ses besoins, je comprends ses aspirations», avait dit Jacques Chirac, lors du sommet franco-africain de Cannes en février 2007, devant 48 chefs d’Etats africains. 

Durant ses deux mandats successifs, un septennat et un quinquennat, soit 12 années passées à l'Elysée, Chirac a été l’avocat de l’Afrique.

«Ce sont des crises, des blessures au flanc du monde, dont la communauté internationale ne peut détourner les yeux», avait-il un jour souligné. 

Jacques Chirac a été l'unique président français à avoir visité pas moins de 40 pays en Afrique. Il a aussi été à l’origine de certaines initiatives en faveur du continent, dont la «Taxe Chirac», sur les billets d’avion, afin d'alimenter le Fonds mondial contre le sida, la tuberculose et le paludisme, créé à l'initiative de l'ONU. Ces trois maladies font, aujourd'hui encore, des ravages sur en Afrique.

Désireux d'être proche des Français, il a eu une cote de popularité souvent au beau fixe, tout particulièrement avant sa première élection, qui l'a porté à l'Elysée, en 1995. Jacques Chirac avait aussi cette réputation d'aimer tous les peuples, et entretenait une passion particulière pour l’Afrique.


LIRE AUSSI: Gabon: la Françafrique fait l’objet de vives critiques


Certes, «tous les présidents français se retrouvent à un moment de leur mandat, avec le qualificatif d’"Africain" adjoint à leur nom. Mais sur les six présidents de la Ve République, personne n’a mérité ce nom autant que Jacques Chirac, pour lequel ses liens personnels étroits avec les dirigeants africains constituaient une dimension importante de la diplomatie de France sur le continent» peut-on ainsi lire sur le site d’informations en ligne de Radio France Internationale.

Parti très jeune en Algérie, il y est retourné, en tant que soldat de deuxième classe entre 1956 et 1957, avant de découvrir l’Afrique noire, au milieu des années soixante-dix.


Christophe Boisbouvier, journaliste, auteur du livre «Hollande l’Africain», paru en 2015 aux éditions de La Découverte, évoque quant à lui «un Jacques Chirac connaissant bien les dirigeants africains. Pour lui, l’amitié était une valeur ajoutée en politique. Quand un président africain montrait de bonnes dispositions envers la France, il essayait de s’en faire un ami. Plus ce chef d’Etait avait de l’influence, plus Chirac cultivait les relations avec lui».



LIRE AUSSI: Françafrique: Manuel Valls reconnaît que les «vieilles méthodes de pression» ne fonctionnent plus


A sa sortie de l'Elysée, Chirac a continué à défendre l’Afrique. Il a ainsi dénoncé avec la dernière énergie l’exploitation qui a été faite des ressources du continent durant des siècles.

«On oublie seulement une chose. C’est qu’une grande partie de l’argent qui est dans notre porte-monnaie vient précisément de l’exploitation, depuis des siècles, de l’Afrique. Pas uniquement. Mais beaucoup vient de l’exploitation de l'Afrique. Alors, il faut avoir un petit peu de bon sens. Je ne dis pas de générosité. De bon sens, de justice, pour rendre aux Africains, je dirais, ce qu’on leur a pris. D’autant que c’est nécessaire, si on veut éviter les pires convulsions ou difficultés, avec les conséquences politiques que ça comporte dans un proche avenir», avait ainsi affirmé l'ancien président des Français, en 2016. 


Ayant certainement eu des regrets sur la conduite de sa politique, et de ne pas en avoir assez fait pour le continent, Chirac avait alors ajouté au cours de cet entretien: «nous avons saigné l'Afrique pendant quatre siècles et demi. Ensuite, nous avons pillé ses matières premières; après, on a dit: ”ils [les Africains] ne sont bons à rien”. Au nom de la religion, on a détruit leur culture et maintenant, comme il faut faire les choses avec plus d'élégance, on leur pique leurs cerveaux grâce aux bourses [d'études]. Puis on constate que la malheureuse Afrique n'est pas dans un état brillant, qu'elle ne génère pas d'élites. Après s'être enrichi à ses dépens, on lui donne des leçons».


LIRE AUSSI:  Vidéo. L'instant vérité: quand Chirac reconnaissait le pillage de l'Afrique par la France


Toutefois, à l’image de tous les dirigeants français, Chirac ne peut échapper aux critiques sur le clientélisme de la conception de la politique extérieure française vis-à-vis de ses anciennes colonies, dite "Françafrique" et de ses soutiens à des régimes souvent qualifiés de corrompus sur le continent.

L’ancien président français entretenait ainsi des relations personnelles et chaleureuses avec des présidents de pays anciennement colonisés par la France, qui y a gradé une influence certaine, tels, par exemple, le Congolais Denis Sassou Nguesso, le Gabonais feu Omar Bongo, ou encore le Camerounais Paul Biya.

Des soutiens à de véritables "dinosaures" du pouvoir en Afrique, qui ont valu à Jacques Chirac de vertes critiques, aussi bien en France qu’en Afrique.

De plus, à l'instar de tous les dirigeants français, y compris ses contemporains, quand la stabilité d'un pays du continent ou que les intérêts des entreprises françaises se trouvaient menacés, ses grands principes démocratiques passaient alors à la trappe. C'est ainsi qu'il a permis d'éviter bien des putsches à un certain nombre de dirigeants africains, tout en contribuant au départ d'autres.

Mais contrairement à d'autres dirigeants français,Jacques Chirac "a assumé d'une manière absolument sincère ce que l'on appelait la Françafrique, avec les rumeurs de coups tordus, de coups d'Etat orchestrés depuis l'Elysée, l'affaire des mallettes d'argent qui circulaient entre les palais africains et l'Elysée", explique l'historien et journaliste Francis Laloupo. 
Le 26/09/2019 Par notre correspondant à Nouakchott Cheikh Sidya

à lire aussi