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Côte d’Ivoire: l’anacarde peine à passer le cap de la transformation

Mise à jour le 14/10/2016 à 11h50 Publié le 14/10/2016 à 10h47 Par notre correspondant à Abidjan Georges Moihet

#Economie
anacarde
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#Côte d’ivoire : L’anacardier se révèle être aujourd’hui une manne pour les populations du nord de la Côte d'Ivoire. Avec la hausse continue des cours, la spéculation connaît un engouement certain. Toutefois, la transformation peine à suivre. Ce qui fait que la valeur ajoutée locale est encore faible.


Introduit dans le nord ivoirien par des programmes de reforestation dans les années 70 afin de contrer l’avancée du désert, l'anacarde connaît un développement certain dans cette région au point d’être surnommé «le cacao du nord». Avec la hausse continue des cours, la spéculation connaît un engouement certain. 

Pour un prix d’achat bord champ fixé à 350 FCFA le kilo cette année, les paysans négocient leur production à la hausse avec des records atteignant jusqu’à 500 francs FCFA le kilogramme. Tout le contraire des producteurs du coton, la spéculation rivale de la partie septentrionale du pays, contraint de vendre souvent à la baisse.

S’il a un rendement 3 fois supérieur à celui de l’anacarde, pour des prix d’achat plus ou moins comparables, l’investissement en travail et en intrants beaucoup plus important dans la culture cotonnière a rendu l’anacarde plus lucratif. Et la ruée vers l’anacarde est de plus en plus perceptible. La production a connu un essor spectaculaire, passant d’un peu moins de 65.000 tonnes en 2000 à 550.000 tonnes en 2014 puis 702.000 tonnes en 2015.

Les espaces agricoles dédiés à la filière s’élargissent, mais surtout l’attrait est perceptible au niveau des paysans. Entre 2014 et 2015, l’on est passé d’environ 100.000 producteurs à plus de 165.000 selon les chiffres officiels du Conseil Coton Anacarde (CCA), l’organe public de gestion de la filière.

«L’anacarde avait une importance résiduelle. Dans les années 1990, les paysans ne s’y intéressaient que parce qu’il permettait d’avoir juste un peu d’argent après la période de récolte du coton et pour tenir pendant la période de soudure. Mais aujourd’hui, on s’y intéresse pour gagner beaucoup d’argent» nous apprend Saliou Ouattara, président d’une coopérative de producteur. 

Les retombées financières sont en effet importantes. 288 milliards FCFA ont ainsi été distribués aux paysans en 2015, une enveloppe en hausse de 70% sur un an. «Il porte bien son statut de ce cacao du nord ivoirien», même si l’anacarde est encore loin des montants perçus par les cacaoculteurs, insiste-t-il.

La transformation: la quadrature du cercle?

90% de la production sont encore exportés à l'état brut vers l’Inde, le Brésil et le Vietnam. Ce dont le pays «en voie d’émergence» ne peut s’accommoder en exportant des emplois et s’amputant de ressources financières dont elle a tant besoin pour réaliser ses grands chantiers de développement. L’objectif du pays est d’intégrer toute la chaîne de valeur.

"Avec plus de 700.000 tonnes produits et le statut de premier producteur mondial, le principal défi de notre pays est d’accroître la transformation de la noix de cajou" indique une note du ministère de l’Industrie. Avec une capacité de transformation installée de 89.000 tonnes à fin 2014, le pays espérait passer de 5% de production transformée en 2014, à environ 15% en 2015. Mais ce niveau a stagné à 6% fin 2015 selon les chiffres officiels.

Pourtant, en mettant en place le «Programme anacarde» en 2013, le gouvernement a clairement affiché ses ambitions : porter le niveau de transformation à 35% dès 2016 et à 100% en 2020.

Les enjeux sont à la hauteur des ambitions.

La transformation de la noix est une activité à haute intensité de main-d’œuvre. Selon les experts, il faut compter 200 emplois pour 1 000 tonnes de noix de cajou à transformer. Ce qui devrait représenter, si toute la production 2014 était transformée, entre 60 et 100 000 emplois directs dans les manufactures en tenant compte des économies d’échelle pour les grandes unités. Ce qui correspondrait à plus de 100 milliards de FCFA injectés dans l’économie selon certaines sources.

Les arguments ne manquent pas pour attirer les investisseurs. La spéculation offre une panoplie de sous-produits. Outre l’agro-alimentaire, elle a des applications dans les industries pharmaceutique, chimique, aéronautique et cosmétique. Ce qui est présenté comme la preuve de sa viabilité sur le marché internationale.

Mais les industriels trainent les pas malgré les mesures d’accompagnement proposés par le gouvernement : cadre réglementaire et institutionnel amélioré, appui pour le financement bancaire, formation technique des employés, assistance dans les choix technologiques notamment pour les petites unités. La stratégie nationale a fait le choix d’encourager singulièrement ces dernières.

Le singapourien Olam, leader de la filière, est jusque-là le seul groupe industriel international qui ait fait le choix d’investir dans la transformation. Présent dans le pays depuis 2005, il transforme 42 000 tonnes, dont 30 000 dans son usine de Bouaké, au centre du pays, la plus grande unité de transformation de cajou au monde, inauguré en 2012 pour 17 milliards de francs CFA d’investissement.

Le reste de la transformation est l’œuvre de plusieurs petites unités dont les capacités varient entre 50 et 2 500 tonnes annuellement. Et pour parvenir à l’objectif 2020, il faut environ 200 unités de transformation et des équipements à hauteur de 20 milliards de francs CFA indique-t-on.

L’organisation du Salon international des équipements et des technologies de transformation de l'anacarde (SIETTA) en fin d’année, une initiative du Conseil du coton et de l’anacarde, devrait permettre aux acteurs locaux d’avoir une visibilité sur les opportunités d’industrialisation de la filière. En attendant l’arrivée des multinationales capables de réaliser des produits finis à partir de la pomme et des amandes, ces acteurs, qui se spécialisent dans le décorticage des noix, devront lever la barrière du financement, principal obstacle pour l’heure.

Le 14/10/2016 Par notre correspondant à Abidjan Georges Moihet