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Des experts de l’ONU accusent Guillaume Soro d’avoir violé l’embargo sur les armes

Publié le 06/04/2016 à 13h30 Par notre correspondant à Abidjan Georges Moihet

#Société
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Guillaume Soro, président du Parlement ivoirien.

© Copyright : DR

#Côte d’ivoire : Des experts de l’ONU, dans un rapport d’enquête sur la Côte d’Ivoire, accusent Guillaume Soro d’avoir orchestré, à partir d’avril 2011, l’achat d’armes de guerre au profit de la rébellion des Forces nouvelles. Des équipements stockés au nord du pays, hors de contrôle de l’armée ivoirienne.

Voilà une autre affaire embarrassante dont se serait bien passé Guillaume Soro, après celle des écoutes téléphoniques. Dans un rapport rendu public ce 4 avril, un groupe d’experts mandaté par l’ONU, l’indexe comme étant à l’origine du réarmement de l’ex-rébellion, en toute illégalité.

Selon le rapport des enquêteurs, les Forces nouvelles (nom donné à la rébellion que dirigea Guillaume Soro et qui est officiellement dissoute depuis fin 2010) ont profité de la crise postélectorale de 2010-2011 pour accroître leurs stocks d’armes et de matériels connexes. Des stocks constitués à partir d’armes récupérés à l’armée ivoirienne durant la période de crise, mais aussi par des importations illégales via le Burkina Faso, à partir d’avril 2011, en totale violation de l’embargo sur les armes en Côte d’Ivoire décrété par l’ONU depuis 2004.

Le rapport cite Guillaume Soro comme s’étant lui-même chargé de l’acquisition du matériel, de son transport jusqu’à Bouaké (centre) et Korhogo (nord) deux fiefs de la rébellion, sous la garde de deux «commandants de zone», aujourd’hui intégrés à l’armée ivoirienne.

Pour étayer ses propos, le rapport souligne que l’inspection de ces armes à Korhogo (caractéristiques, méthode de conditionnement et numéros de marquage et de série) a permis de mettre à jour des équipements qui correspondent exactement à des commandes d’armes effectuées par le Burkina entre avril et août 2011, pour une valeur de 3,5 millions de dollars. «Le Groupe considère par conséquent que le matériel susmentionné est entré sur le territoire ivoirien en violation de l’embargo», note le rapport.

Au total, ce sont 300 tonnes d’armes qui se retrouvent aux mains de l’ex rébellion, un chiffre qui représente 30 % du matériel total actuellement en possession des forces armées ivoiriennes, estiment les enquêteurs.

Risques pour la région

Le Groupe d’experts craint que ce stocks d’armes et de matériel connexe qui se trouve dans le nord de la Côte d’Ivoire, et «qui échappe au plein contrôle des autorités de l’État», ne soit «détourné au profit de groupes armés illégaux», dans un contexte de prolifération des groupes terroristes en Afrique de l’ouest.

Déjà, «certaines munitions utilisées lors des attaques (par des groupes djihadistes, ndlr) dirigées  contre les villes  maliennes de Misseni et de Fakola (proche de la frontière ivoirienne, ndlr) étaient identiques à celles qui avaient été trouvées en Côte d’Ivoire», indique le rapport.

Selon le rapport onusien, «le 12 novembre 2015, des militaires ivoiriens ont découvert, près de Tengréla (à la frontière avec le Mali), neuf armes dont ils pensent qu’elles ont un lien avec les attaques mentionnées ci-dessus et parmi lesquelles le Groupe a repéré un fusil d’assaut VZ58 marqué par l’armée ivoirienne aux fins de destruction».

L’intéressé a réagi dans la presse ivoirienne ce mercredi en traitant les enquêteurs de «farceurs médiocres», une façon de démentir les résultats de l’enquête.

Cette affaire bien embarrassante tombe mal pour Guillaume Soro, après des déboires judiciaires en France et l’affaire des écoutes téléphoniques au Burkina. Reste à savoir la suite que l’ONU décidera de donner au rapport.

Le 06/04/2016 Par notre correspondant à Abidjan Georges Moihet

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