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Guinée: cacophonie entre opposition, présidence et CENI

Publié le 02/08/2017 à 17h04 Par notre correspondant à Conakry Mamourou Sonomou

#Politique
L'opposition dans la rue

#Guinée : Sous la pression des opposants, Alpha Condé a demandé à la Commission électorale nationale indépendante (CENI) de proposer un chronogramme des élections locales. Une demande qui a ravivé la crise à la tête de l'institution en charge de l'organisation des élections en Guinée.


Accusé par ses opposants d'être le problème, le président guinéen tente de montrer sa bonne foi. Lundi dernier, au cours d'une réunion tenue à Sekhoutoureya, Alpha Condé et ses collaborateurs ont fait le point sur l'accord du 12 octobre 2016, signé entre les acteurs politiques pour sortir le pays de la perpétuelle impasse politique. Selon le communiqué qui a sanctionné cette réunion, Condé "a tenu à rappeler à chacun qu’il tient à ce que tous les engagements soient respectés et dans les délais convenus, comme il s’y était engagé solennellement".

Alpha Condé s'est félicité des progrès enregistrés dans la mise en oeuvre de cet accord. Mais il a aussi déploré certaines difficultés qui n’ont pas permis de réaliser les actions prévues aux dates convenues. 

Le président guinéen a donc exhorté les institutions concernées par cet accord à faire preuve de diligence dans le respect des engagements. Il a invité la CENI, en particulier, à prendre les mesures nécessaires pour l’organisation des élections locales dans les meilleurs délais. A cet effet, Alpha Condé a invité la CENI à proposer au gouvernement et aux partis politiques un chronogramme ainsi qu’à prendre toutes les dispositions nécessaires pour l’appel d’offres relatif à l’audit du fichier électoral pour les échéances à venir.


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Cette invitation du président Condé a plutôt ravivé la crise à la CENI bicéphale. Chacun des deux présidents de l'institution se sentant le destinataire de cette invitation, et la quête de légitimité a donc été déclenchée.

Le président contesté, Bakary Fofana, a saisi la Cour constitutionnelle pour irrégularité de sa destitution intervenue au début du mois de juillet. "Je suis respectueux des institutions et valeurs de la République. Les institutions méritent respect et considération, c’est pour cette raison que nous avons décidé de saisir la Cour constitutionnelle", a-t-il expliqué à la presse, mardi 1er août.

Devant la presse, Bakary Fofana a indiqué que la crise à la CENI ne tenait pas à une simple question relative à la mise en place d’un comité de trésorerie. "Au-delà de l’habillage institutionnel ou l’amélioration du fonctionnement de la CENI, cette crise vise à m’enlever de la tête de l’institution électorale en usant de la force et en violation des règles de droit consacrées en la matière", a répliqué Fofana qui dit avoir gardé jusqu'ici le silence, pour "permettre aux Guinéens de connaître la vérité".

Avec ce point de presse, Bakary répliquait ainsi à son antagoniste Me Salif Kébé qui venait de lui adresser quelques heures plus tôt un ultimatum de 24 heures pour libérer son bureau. "En dépit de tout, je suis et demeure le président légitime de la CENI... Je ne me laisserai pas prendre en otage, ni sacrifier la Guinée, ni satisfaire des revendications financières irréalistes qui, si elles sont acceptées, coûteront injustement plus de 8 milliards de francs chaque année au contribuable guinéen", a fermement répliqué Bakary Fofana dans une déclaration rendue publique lors d'un point de presse.


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Quelques heures après cette conférence de presse, un des véhicules de la garde de Bakary Fofana a été retiré, dans la nuit de mardi, par un commandant de la gendarmerie.

Est-ce la fin de la résistance pour Bakary Fofona? Un responsable de la gendarmerie nous a indiqué que le pickup a été pris pour renforcer les équipements de la gendarmerie dans les rues de Conakry qui vit ce mercredi un des redoutables manifestations de l'opposition.Sauf que les gendarmes déployés au domicile de Bakary Fofana aurait été rappelés par le commandant régional de la gendarmerie à Conakry.

En effet, ce mercredi, les activités tournent au ralenti en raison d'une marche de l'opposition contre le pouvoir. D'impressionnants dispositifs sécuritaires sont déployés dans certains grands carrefours de la banlieue.

Cette marche qui dénonce une mauvaise gouvernance, le retard dans l'organisation des élections locales, les intentions d'un troisième mandat pour Alpha Condé... intervient en dépit de la promulgation du nouveau code électoral et de l'invitation faite à la CENI de proposer un chronogramme des élections. "Nous avons longtemps averti ce pouvoir qui a toujours fait semblant de vouloir régler les problèmes alors qu'en réalité il n'en a aucune volonté. La pression doit donc rester maintenue jusqu'à la satisfaction de nos revendications qui ne sont que légitimes", a indiqué Alseny Makanéra Kaké, le nouveau porte-parole de l'Opposition républicaine.  
Le 02/08/2017 Par notre correspondant à Conakry Mamourou Sonomou