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Cafouillage à la Haute autorité de la communication de Guinée

Publié le 29/03/2016 à 17h10 Par notre correspondant à Conakry Ougna Elie Camara

#Société
Martine Condé
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#Guinée : Une fronde menée par neuf commissaires sur onze à la Haute autorité de la communication (HAC) de Guinée plonge l’instance de régulation des médias dans une crise profonde. Cette situation a suscité une intervention du président de la République.

L’atmosphère est délétère au sein de la HAC de Guinée. A l’origine de ce climat de malaise, la gestion des affaires par la présidente de l’institution, Martine Condé, jugée par ses collègues d’«unilatérale» et moins respectueuse de l’orthodoxie financière.

Cette crise couve depuis plusieurs mois. Mais elle atteint son paroxysme le 23 mars, lorsque dans une motion de retrait de confiance vis-à-vis de leur présidente, les frondeurs annoncent ne plus reconnaître l'autorité de celle-ci.

Ils justifient leur décision par le refus de celle-ci d’organiser régulièrement les plénières où les décisions sont prises à la majorité des voix et son opposition à un audit interne des comptes de l’institution.

En outre, ils brandissent dans la motion, des accusations de falsification du règlement intérieur et d'abus de pouvoir de la présidente déchue par la tentative de renvoi et de remplacement de deux commissaires.

La situation a vite dégénéré. Le 24 mars, soit au lendemain du retrait de confiance, les commissaires frondeurs décident de passer à une autre étape. Ils annoncent dans une seconde note d'information la récusation de la première autorité qu'ils ont eux-mêmes élue en mars 2015.

Le motif évoqué est le même. «Depuis trois mois, aucune des décisions prises par madame Martine Condé au nom de la HAC n'a été soumise à la plénière, malgré l'insistance du collège des neuf commissaires pour la tenue des sessions de plénière. (...) Il ressort que Madame Martine Condé est la seule responsable de la paralysie de la HAC depuis le 6 janvier», fulminent-ils dans leur décision.

En plus de la révocation de la présidente, ils décident également de démettre de ses fonctions de membre de la Haute Autorité de la Communication le représentant du ministère des Postes et Télécommunications pour «cumul de postes», en contradiction, disent-ils, avec les textes qui régissent l'instance régulatrice des médias.

Le lendemain, 25 mars, le collège des neuf commissaires contestataires annoncent à la surprise générale la désignation de leur collègue Abdourahimi Bah, commissaire au titre du Conseil supérieur de la magistrature,  68 ans, Doyen d'âge des commissaires, comme «président par intérim» en remplacement de la présidente Martine Condé, représentante du président de la République à la HAC.

Il faut rappeler que la Haute autorité de la communication en Guinée est composée de 11 membres issus des associations de presse, l'Assemblée nationale, la présidence de la République, du ministère des Postes et télécommunications.

Selon les dispositions de la loi organique L 003 du 23 juin 2010 portant attribution, organisation, composition et fonctionnement, la HAC compte aussi des représentants des cinéastes et des imprimeurs.

Née sur les cendres du défunt Conseil national de la communication (CNC), elle a pour mission d'assurer la régulation du secteur des médias afin de protéger les citoyens contre les abus de la presse, éviter la manipulation de l'information à des fin malveillantes, mais aussi et surtout de protéger les journalistes contre toutes sortes d'exactions.

Le nouveau président par intérim qui est théoriquement entré en fonction ce 28 mars devrait disposer d’une période de trois mois pour organiser une nouvelle élection. Quant à la présidente déchue, elle refuse pour l'instant tout commentaire sur l'affaire.

En attendant tout nouveau rebondissement, elle aurait été reçue hier lundi par le chef de l'Etat.

Le 29/03/2016 Par notre correspondant à Conakry Ougna Elie Camara