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La hausse du taux d’excision féminine en Guinée inquiète les Nations-Unies

Publié le 26/04/2016 à 14h48 Par notre correspondant à Conakry Ougna Elie Camara

#Société
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#Guinée : Les mutilations génitales féminines persistent en Guinée en dépit de nombreuses campagnes de sensibilisation. Pire, les statistiques démontrent qu’elles connaissent une proportion alarmante. De quoi inquiéter les Nations-Unies.

Le lundi 25 avril, les Nations-Unies ont exprimé leur préoccupation face à l’augmentation du taux de l’excision féminine en Guinée, alors que le pays est signataire de tous les textes nationaux et internationaux interdisant cette pratique.

Un rapport publié par l’ONU sur la question révèle qu’au moins 7 filles sur 10 âgées de 20 à 24 ans ont subi l’excision avant leur dixième anniversaire. Et que 97% des femmes et des filles de 15 à 49 ans en ont également été victimes.

En commentant ce document, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Zeid Ra'ad Al Hussein, a estimé que les mutilations génitales féminines (MGF), interdites dans le pays depuis 1965, restent malheureusement très repandues. «Bien que les mutilations génitales féminines semblent être en cours de diminution à travers le monde, ce n'est pas le cas en Guinée, où cette pratique est généralisée dans chaque région et au sein de chaque groupe ethnique, religieux et social», a-t-il regretté.

Il faut dire que ces chiffres ne surprennent pas les autorités guinéennes. Celles-ci savent, impuissantes, que les mutilations génitales féminines, considérées comme une coutume ancestrale, sont pratiquées dans toutes les communautés, généralement pendant les vacances.

Le ministère de l’Action sociale, de la promotion féminine et de l’enfance a estimé en 2015 à 97% le taux de filles ayant subi l’excision en Guinée. Ce qui faisait du pays, le premier en Afrique de l’Ouest et deuxième sur le continent, derrière la Somalie, d’après ce rapport national.

Rappelons que l’excision entraîne parfois d’autres complications liées à des infections, des ruptures internes, des douleurs, un état de choc, des grossesses et accouchements difficiles, des fistules, des hémorragies pouvant entraîner la mort.

En fin décembre, une telle séance d’initiation a tourné d’ailleurs au drame à Guéckédou (sud), lorsqu’une fillette de 5 ans a succombé à ses blessures après avoir été excisée.

Ce drame avait suscité l’émoi dans tout le pays et amené les autorités administratives à procéder à l’arrestation de trois personnes dont l’exciseuse et le grand-père de la victime. Par la suite, une marche réunissant membres du gouvernement et diplomates avait été organisée en la mémoire de la victime, ainsi que pour protester contre cette pratique ancestrale de «purification» et «d’honneur» pour celles qui l’observent.

Aussi surprenant que cela puisse paraitre, les Guinéennes semblent de plus favorables à ces mutilations génitales féminines. Selon le rapport onusien 3/4 des femmes l’approuvaient en 2012 contre 2/3 en 1999.

Le document invite les autorités à l’application stricte des lois relatives à la répression de l’excision. Il rappelle toutefois que les campagnes de sensibilisation menées par le gouvernement et les organisations nationales et internationales semblent avoir paradoxalement contribué à sa médicalisation plutôt qu'à son éradication de la pratique. Cela d’autant que ces campagnes étaient concentrées sur les risques sanitaires associés et non sur la nécessité de l’abolir.

«Les mutilations génitales féminines sont extrêmement nocives pour la santé et le bien-être des femmes et des filles. Ce sont des actes de violence atroces», a souligné le Haut-commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Zeid Ra'ad Al Hussein. «Il n'existe aucune justification possible à cette pratique, ni aucune raison culturelle, religieuse ou médicale d'aucune sorte», a-t-il insisté.

Le 26/04/2016 Par notre correspondant à Conakry Ougna Elie Camara

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