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Guinée: inquiétant phénomène des viols

Publié le 20/04/2017 à 10h00 Par notre correspondant à Conakry Mamourou Sonomou

#Société
viols
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#Guinée : En Guinée, scientifiques, religieux et analystes en tous genres tentent de trouver des explications au "fléau" inquiétant des viols sur la gent féminine et sur mineures. La justice veut sévir pour dissuader ceux qui sont tentés par un phénomène ayant atteint d'inquiétantes proportions.

Il y a près d'un an, en juin dernier, le procureur général de la Cour d'appel de Conakry, Mandjour Chérif, indiquait déjà que 60 à 70 % des dossiers criminels en attente de jugement constituent des cas de viol sur mineurs. «C'est effrayant, c'est incroyable», commentait le magistrat, qui signalait que le parquet se penchait sur une politique pénale pouvant freiner ces actes intolérables, loin d'être nouveaux. Une année après ses déclarations, le phénomène se poursuit.

La presse locale  rapporte régulièrement des cas de viol, et surtout des viols sur filles mineures. Mardi 18 avril, la section criminelle du tribunal de Mafanco a condamné deux jeunes hommes de plus de 20 ans pour viols sur des mineures. Le juge Ibrahima Sory Tounkara a voulu que sa décision serve de leçon pour ceux qui sont tentés par ce crime. 


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«Le viol n'est pas nouveau en Guinée, mais il était gardé dans la discrétion en raison du fait que nous sommes dans une société très pudique, très religieuse. Or, aujourd'hui, la société guinéenne a évolué grâce à la liberté d'expression et les médias. Si avant, on taisait, ce n'est plus le cas aujourd'hui», tente d'expliquer Mandjour Chérif. Le procureur croit que le crime est parfois encouragé par les règlements à l'amiable qui, pourtant selon lui, présentent plus d'inconvénients que d'avantages
 

Affaires étoufées


Yaya Kairaba, avocat général de la Cour d'appel, dénoncé l'ingérence de certaines autorités coutumières, religieuses ou administratives, qui étouffent les affaires de viol. «Toute autorité qui se retrouve dans ce cadre encourage ces crimes», estime l'avocat général qui n'approuve pas également le désistement des parents des victimes. Par exemple, les parents d'une fille victime de viol en septembre 2016 avaient saisi le procureur de la République de Kaloum, avant de désister quelques semaines plus tard. "Après concertation avec ma famille, je vous présente ma lettre de désistement", avait adressé le père de la jeune fille au juge d'instruction en charge du dossier. Néanmoins, ce désistement n'a pas empêché la condamnation de l'auteur du viol et de pédophilie, mardi 18 avril 2017.

En Guinée, le Code pénal considère comme viol tout acte de pénétration de quelque nature que ce soit, commis sur la personne d'autrui par violence, contrainte ou surprise. Et il est puni de la réclusion criminelle de 5 à 10 ans. Pourtant, à la barre d'un tribunal de Conakry, un accusé a déclaré qu'il ne savait pas que tout acte de pénétration non consentant est puni par la loi. "Nul n'est censé ignorer la loi. Mais dans une société  80 % de la population sont analphabètes", l'ignorance des règles de droit devient une règle, commente le juriste Mohamed Cissé.
 

absence d'éducation sexuelle

"Les actions de la justice sont importantes, mais elles ne seront jamais suffisantes", estime le sociologue Aboubacar Camara. Il estime qu'il faut une énorme sensibilisation pour amener les populations à désormais considérer que le viol n'est plus tabou, mais un crime à dénoncer.  Sur la cause de la recrudescence du phénomène, le sociologue croit que les médias produisent une "sexualité anormale" chez les jeunes. "L'homme a toujours été tenté à expérimenter ce qu'il a vu ou entendu", dit Camara.

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"Il n'y a presque plus d'éducation sexuelle dans notre société. Les jeunes grandissent et sont éduqués par la télévision et l'internet",  tente d'expliquer Mamadou Aliou Diallo, professeur de sociologie. "Considéré le sexe comme un tabou à des conséquences sévères comme celles que nous connaissons aujourd'hui",  renchéri-t-il.

Pour sa part, l'imam El Hadj Aboubacar Sylla croit que "le sexe est un moyen utilisé par le diable pour sévir dans les sociétés." Alors, "le Malin pousse les jeunes filles à opter pour des habillements provocateurs... Et tous les hommes ne peuvent pas résister face à de telle provocation."Sauf que les mineures ne sont pas épargnées. "C'est un autre cas. Il y a des malades, des gens possédés par des démons, des maudits... quoi qu'il en soit, le Diable est à l'oeuvre dans tous les cas",  estime le chef religieux sur cet autre cas. Comme l'imam Sylla, beaucoup de religieux croient à l'oeuvre de Satan. "Mais c'est l'homme qui se laisse utiliser par le Diable. Sinon, tout le monde ferait la même chose", précise le pasteur Jérôme Théa.
Le 20/04/2017 Par notre correspondant à Conakry Mamourou Sonomou

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