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Guinée: auto-justice à Conakry, un homme lynché

Publié le 01/06/2017 à 17h02 Par notre correspondant à Conakry Mamourou Sonomou

#Société
violences
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#Guinée : Longtemps réservée à certaines villes de la Guinée profonde, la pratique du lynchage a gagné Conakry. Un jeune homme soupçonné d'avoir volé une moto a été brûlé vif par des conducteurs de motos-taxis. S'en est suivie une journée mouvementée aux abords de la capitale.

Jusque tard dans la nuit du mercredi 31 mai, les violences se sont poursuivies à Lambagny, un quartier de la haute banlieue de Conakry. Plus tôt dans la journée, la police avait procédé à l'arrestation de certains jeunes conducteurs de motos-taxis accusés d'appartenir au groupe de motards qui, la veille, avait brûlé vif un présumé voleur de moto.

Les violences de ce mercredi sont parties du fait que des proches d'Adama Oularé, c'est le nom du jeune lynché mardi, ont voulu le venger. Durant toute la matinée, des conducteurs de motos-taxis ont été pourchassés dans le quartier, des motos calcinées et des barricades érigées.


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En plus des conducteurs de motos-taxis, la police a interpellé des jeunes surexcités par le lynchage d'Adama Oularé.

Les amis d'Oularé racontent qu'il a été tué à tort. Ils le présentent comme un jeune sérieux qui venait juste de terminer ses études. «Réellement, il n'était pas un voleur. Nous avons fini par comprendre que le conducteur de moto taxi lui devait de l'argent. Il a donc voulu saisir la moto de ce dernier», explique Ali Keita, qui se dit ami du défunt.

Dans l'après-midi de mercredi, le ministre de la Justice, qui passait devant l'Assemblée pour défendre deux projets de loi, a jugé inacceptable ce nouveau cas de lynchage. «Quand un crime comme celui-ci est commis, la justice doit faire son travail. J’ai eu une discussion avec le Parquet général pour que des mesures soient prises et que les personnes auteures de ce crime en répondent devant la justice», a indiqué Me Cheik Sako.


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Les autorités judiciaires de la Guinée déplorent souvent les cas de vindicte populaire dans le pays. Beaucoup d'observateurs expliquent l'expansion de ces actes par «la crise de confiance entre les citoyens et la justice». En 2016, trois jeunes ont été brûlés pour un présumé vol de moto à N'Zérékoré, dans le sud du pays. Et tout récemment, au début du mois de mai, l'assassinat d'un taximan par un mari un peu trop jaloux avait relancé les violences à Siguiri, ville minière réputée pour ses vindictes publiques.

Le 01/06/2017 Par notre correspondant à Conakry Mamourou Sonomou