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Guinée: les raisons de l'ampleur des crimes expliquées par le procureur de Conakry

Publié le 10/07/2017 à 09h16 Par notre correspondant à Conakry Mamourou Sonomou

#Société
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#Guinée : Vindictes populaires, viols, assassinats, infanticides.... ces dernières années, la Guinée est en proie à une inquiétante flambée de crimes. Le procureur général près la Cour d'appel de Conakry, Mondjour Chérif, croit connaître la cause du phénomène.

Mondjour Chérif explique l'ampleur des crimes par "la démission de toute la société guinéenne". Le magistrat croit que les familles ne jouent plus leur rôle d'éducatrice, l'école a cessé de donner les cours d'éducation civique et morale, alors que les structures étatiques sont défaillantes à certains niveaux.  "Dans ce cas, c'est la justice qui fait les frais de ce dysfonctionnement", en déduit Mondjour Chérif.

En expliquant ainsi l'ampleur des crimes, le magistrat tente de défendre la justice guinéenne qui est souvent accusée de favoriser la criminalité. Le justiciable guinéen accuse notamment sa justice de corruption et de lenteur. Il n'est pas rare d'entendre des citoyens prédire la libération d'un grand bandit.

"Que voulez-vous? Quand quelqu'un est condamné et qu'il a fini de purger sa peine, je crois qu'il est normal de le libérer. S'il commet un autre crime par la suite, je crois que la justice ne devrait pas être accusée de libérer un criminel", explique Mondjour Chérif.

Sur la lenteur dont est accusée son institution, le procureur estime que la justice est incomprise en Guinée. "Même quand vous causez avec des intellectuels guinéens, vous comprenez que les gens ne comprennent pas l'abc du fonctionnement de la justice", déplore Mondjour Chérif. Alors, le procureur estime qu'il y a un fossé entre la justice guinéenne et ses justiciables. Et pour lui,  combler ce fossé passe par la sensibilisation à tous les niveaux de la société et des actions judiciaires. A cet effet, le jugement des affaires criminelles par les tribunaux de première instance est vu comme une riposte au crime.  

Vendredi, le parquet de Conakry s'est réjoui des avantages de ce jugement des dossiers criminels par les tribunaux. En tout, selon les parquetiers, 105 dossiers criminels ont été jugés par les tribunaux en seulement deux mois. Une performance, si on compare ce résultat aux temps des assises.

En effet, avec les assises de la Cour d'appel, il fallait attendre une année au moins avant de voir se tenir une session criminelle.

Comme pour illustrer que la justice ne traine plus avec les affaires criminelles, le procureur général a annoncé que le dossier sur la vindicte populaire de Lambagny sera jugé la semaine prochaine. En mai dernier, le lynchage d'un jeune pris pour un voleur de taxi-moto avait suscité une série de violences dans le quartier de Lambagny, en haute banlieue de Conakry.

Pour sa part, Sidy Souleymane N'diaye, procureur de la République près le tribunal de première instance de Dixinn, a indiqué que quatre personnes accusées d'assassinat seront bientôt jugées pour le meurtre du journaliste Mohamed Koula Diallo, tué en février 2016 aux abords du siège du principal parti de l'opposition, l'UFDG.

Le 10/07/2017 Par notre correspondant à Conakry Mamourou Sonomou