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Guinée: 2020 s'annonce déjà palpitante

Mise à jour le 11/07/2017 à 12h40 Publié le 11/07/2017 à 09h39 Par notre correspondant à Conakry Mamourou Sonomou

#Société
opposition guinéenne
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#Guinée : Un président, Alpha Condé, qui laisse planer le doute sur un troisième mandat, une opposition qui se déchire plutôt que d'unir ses efforts, une CENI en pleine crise... La situation politique actuelle annonce déjà de futures élections palpitantes en Guinée.

Il le fera, il ne le fera pas... Le troisième mandat d'Alpha Condé continue de faire débat, alors que 2020 est encore loin. Mais la passe d'armes entre le président guinéen et le ministre sénégalais des Affaires étrangères, qui avait malencontreusement souligné, lors du dernier sommet de l'UA, que "le Sénégal s'érigerait contre les présidents qui cherchent un troisième mandat", a encore nourri certaines illusions. Alpha Condé avait répliqué au chef de la diplomatie sénégalaise en disant qu'il "n'a aucune leçon à recevoir du Sénégal".

Pour beaucoup d'observateurs, la question serait plutôt qui pour s'opposer à Alpha Condé au cas où il décidait vraiment de passer outre de la constitution qui limite le nombre de mandats à deux. L'opposition? On trouve plutôt celle-là incapable d'unir ses efforts. En 2015, les divergences de cette opposition l'avaient fait échouer devant Alpha Condé. Et, alors qu'on s'approche de 2020, elle se divise encore davantage.

Entre Cellou Dalein Diallo, chef de file de l'opposition, et Sydia Touré (la troisième force, selon les résultats de l'élection présidentielle de 2015), l'aversion qu'ils ont l'un contre l'autre est connue du grand public.

Pour leur part, Faya Millimono et quelques leaders de petits partis ont pris leurs distances de l'Opposition républicaine, la coalition de l'opposition dirigée par Cellou Dalein Diallo, depuis longtemps. Et, ils n'approuvent pas la plupart des décisions de Cellou Dalein et compagnie. Faya Millimono, la figure de proue de ces déserteurs, monte en puissance par ses analyses et ses discours. Son départ de cette Opposition républicaine semble donc être désavantageux pour l'UFDG et autres.

La nouveauté dans toute cette situation de l'opposition, c'est le départ inattendu des alliés Mouctar Diallo, Aboubacar Sylla et Jean-Marc Telliano. En 2013, pour être députés, les deux premiers avaient été mis sur la liste des candidats de l'UFDG. Quant au dernier, il avait bénéficié d'une alliance avec le même parti.

Les trois anciens alliés ont formé le FAD (Front pour l'alternance démocratique), une alliance politique ouverte à tout autre parti. Leur départ serait occasionné par le désir de l'UFDG d'aller seule aux prochaines élections. Dans le camp du principal parti de l'opposition, on estime que ces alliés ont plutôt profité du parti durant ces dernières années, alors qu'ils ne représentent pas grand-chose sur la scène politique.

En tout cas, l'UFDG est de plus en plus isolée au sein de l'Opposition républicaine. Pourtant, cette coalition de l'opposition avait décidé d'un front contre une éventuelle candidature d'Alpha Condé pour un troisième mandat. Mais, à peine ils ont pris leurs distances, que les membres du FAD ont annoncé qu'ils ne prendront pas part à la prochaine marche de l'opposition. "Les manifestations, plutôt que de produire les résultats escomptés, coûtent cher en vies humaines et en dégâts matériels pour nos militants... et on a l'impression que certains partis politiques ne défendent que leurs intérêts propres", a indiqué Mouctar Diallo des NFD (Nouvelles forces démocratiques). En parlant de partis qui ne défendent que leurs intérêts, Diallo ferait allusion à l'UFDG.

L'UFDG pourrait donc aller seule à ces manifestations prévues contre le pouvoir d'Alpha Condé. Or, depuis le premier tour de l'élection présidentielle de 2010, l'UFDG n'est jamais allée seule contre Alpha Condé. De toute façon, il est incontestable que le parti de Cellou Dalein est populaire. Mais il reste à déterminer la vraie capacité de nuisance de cette popularité contre le pouvoir d'Alpha Condé. Quoi qu'il en soit, l'UFDG semble désormais déterminée à tester un corps-à-corps avec le pouvoir. L'emportera-t-elle sans ses soutiens qui, même s'ils n'ont pas assez de militants, embêtent le parti au pouvoir dans les médias? Tout est possible.

Avant 2020, le premier test à réussir par Cellou Dalein est de parvenir à faire organiser les élections locales auxquelles il entend aller seul. Prévues six mois après les législatives de 2013, ces élections ont été reportées à maintes reprises. Depuis cinq ans, l'opposition les a placées parmi ses exigences, et elles ont été prévues dans les conclusions des négociations avec le pouvoir, mais elles n'ont jamais été organisées. Cellou Dalein pense que c'est Alpha Condé qui refuse de les organiser par crainte des résultats des urnes.

Par ailleurs, en ne participant pas à la marche dite pacifique d'août prochain, les autres partis refusent désormais de revendiquer la tenue de ces élections. Pourtant, les marches sont restées jusqu'ici l'un des moyens de pression les plus efficaces de l'opposition.

En effet, si elles n'ont jamais abouti à des actions concrètes, elles ont quand même permis à plusieurs reprises de ramener la classe politique autour de la table de négociation.

Par ailleurs, même si les élections locales étaient programmées courant 2017, la CENI (Commission électorale nationale indépendante) serait difficilement en mesure de les organiser. En effet, depuis le début de l'année, l'institution en charge de l'organisation des élections en Guinée est en proie à une crise interne qui a fini par accoucher d'un bicéphalisme en juin dernier. Et toute la classe politique est aujourd'hui unanime pour dire que la CENI actuelle n'est pas en mesure d'organiser une élection crédible. D'aucuns pensent même à sa dissolution pour constituer une nouvelle CENI...

A côté des opposants, c'est la société civile qui devrait empêcher Alpha Condé de réaliser son possible rêve de troisième mandat. Mais celle-ci, depuis 2007, a du mal à redorer son image ternie par les avidités mercantiles. Elle n'a plus bonne presse et toute action qu'elle mène est souvent vue autrement.

Autant de raisons qui poussent Alpha Condé et ses partisans à débroussailler la voie parsemée d'obstacles du 3e mandat en tripatouillant la constitution. 















Le 11/07/2017 Par notre correspondant à Conakry Mamourou Sonomou