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Guinée: Sarah, le cardinal bien-aimé des Guinéens est en séjour au pays avec "Dieu ou rien"

Mise à jour le 11/09/2017 à 17h24 Publié le 11/09/2017 à 16h53 Par notre correspondant à Conakry Mamourou Sonomou

#Société
Le footballeur Naby Keita félicité par le cardinal Robert Sarah

#Guinée : Robert Sarah, ce cardinal qui fait la fierté des Guinéens, est en séjour au pays depuis la semaine dernière. Cette fois-ci, il est venu avec "Dieu ou rien" et "La force du silence". Un diptyque qui lui vaut l'admiration à travers le monde, notamment chez les conservateurs catholiques.

En Guinée, pays à majorité musulmane, Robert Sarah est une fierté nationale. Ses compatriotes le considèrent comme l'un des Guinéens autour duquel se fait une unanimité. Pendant les moments de crise sociopolitique, on aimerait avoir son avis pour ses vérités à l'égard des politiciens.

En fait, le prélat n’a jamais ménagé ses piques contre les dirigeants de la Guinée, dont Sékou Touré. C'est d'ailleurs sous l'irrésistible dictateur qu'il s'est forgé une réputation quant à ses convictions inébranlables. Il n'a pas manqué de dénoncer "la répression" de celui-ci contre "toute tentative d'opposition".

A Sékou Touré, il dira aussi: "le pouvoir use les hommes". A l'époque, il n'avait que 34 ans, et il venait d'être nommé par Jean Paul II comme l'archevêque de Conakry pour succéder à Tchidimbo, emprisonné par le régime Touré. C'était en 1979 - il est alors le plus jeune évêque du monde. Il ne fléchira pas devant le régime de Sékou Touré jusqu'à la mort de celui-ci en 1984. Et il poursuivra le combat sous Lansana Conté.


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En 2001, Mgr Robert Sarah est appelé au Vatican par Jean Paul II où il devient le numéro deux de la puissante Congrégation pour l'évangélisation des peuples, chargée, entre autres, de la nomination des évêques en Afrique. Mais avant de partir pour l'expérience internationale, Sarah, peu adepte de la langue de bois, dresse un réquisitoire sévère contre Lansana Conté : "Je suis inquiet pour la société guinéenne, qui se construit sur l'écrasement des petits par les puissants, sur le mépris du pauvre et du faible, sur l'habileté des mauvais intendants de la chose publique, sur la vénalité et la corruption de l'administration et des institutions républicaines". Ce réquisitoire, qualifié de prophétique, ne sera jamais diffusé à la télévision nationale, l'enregistrement sonore ayant été saisi.

Expérience internationale 


Au Vatican, le "Saint" guinéen connaît une ascension fulgurante. Après la mort de Jean Paul II en 2005, son successeur Benoît XVI, lui voue une grande admiration. C'est ce Benoît qui l'a nommé cardinal en novembre 2010. "Mgr Sarah est un don de Dieu", aurait confié le pape d'alors à des religieuses françaises.

À défaut de l'avoir parmi eux, les Guinéens sont fiers de le compter parmi les cardinaux au Vatican. Après son élévation au rang de cardinal, il bénéficie alors d'un accueil chaleureux dans son pays.

Le 23 novembre 2014, le pape François le nomme préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, ce qui fait de lui le gardien universel de la liturgie. Mais cette nomination n'est pas une promotion, selon un journaliste italien spécialiste des religions qui la considère comme un moyen de le "neutraliser" en l'entourant d'hommes qui lui sont hostiles.

Promotion ou pas, cet habitué des dossiers difficiles va devenir l'un des piliers du catholicisme grâce à sa foi et son radicalisme. Son best-seller "Dieu ou rien", publié en février 2015, en fait une icône pour les catholiques conservateurs. Cet ouvrage traduit en 14 langues défend la famille contre l'homosexualité. "Quand on nie qu'il n'existe aucune différence entre un homme et une femme, quand on affirme qu'il est normal que des personnes de même sexe s'unissent, bref, quand on résiste à la volonté de Dieu, il ne peut y avoir que la main du diable".

"Dieu ou rien" est à la fois autobiographique, puisqu'il retrace le parcours de Robert Sarah. Le cardinal guinéen considère sa famille (notamment ses parents ) -des cultivateurs du village de Ourrous, aux confins de la Guinée- comme le signe le plus profond de la présence de Dieu dans sa vie.


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A 12 ans, ses parents n'ont pas hésité à le laisser suivre sa vocation sacerdotale qui le conduisit pour un séminaire en Côte d'Ivoire, en France et au Sénégal. Ce fait de se détacher de ses parents lui a permis d'être en contact avec des missionnaires français, des spiritains, qui lui ont transmis la foi en Jésus Christ.

Eglise, sexualité, liturgie... chaque année, le cardinal fait parler de lui à travers son message radical sur le catholicisme. Dans une tribune publiée en août dernier dans le Wall Street Journal, il persiste que l'Eglise ne peut pas changer sa position sur la chasteté pour les non mariés. Ses prises de position l'opposent souvent au pape François, mais il persiste. Dans  "La Force du silence" qui a suivi "Dieu ou rien" en 2016. Dans ce dernier ouvrage, Sarah aborde en profondeur la vie de l'Eglise. Elle contient de fréquentes références à la liturgie et aux formes souvent "désordonnées" sous lesquelles celle-ci est célébrée.

Un oeil sur la Guinée


Malgré ses charges au niveau du Vatican, les interventions de Robert Sarah sur la Guinée se font désirer, mais elles n'ont pas tari. Quand Sékouba Konaté demande en 2010 à être récompensé pour avoir dirigé la seconde partie de la transition politique en 2010, il réplique: "est-ce qu'on peut demander à sa maman, qui nous a enfanté et nourri, de nous récompenser pour le bien qu'on lui fait?".

A Alpha Condé, il dira, après son élection en 2010, que "la marche de notre peuple pour changer le cours de son histoire et atteindre les rives de la prospérité a été principalement entravée par l'étouffement de la démocratie et des libertés. Afin de construire notre économie, il faudra engager une lutte sans merci contre la corruption, qui a atteint des proportions insupportables, même dans les milieux insoupçonnables des hauts dirigeants, des cadres civils et des militaires...".


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En décembre 2015, lors d'un de ses séjours en Guinée, il officie une messe à l'occasion du 70e anniversaire de sa naissance. Dans son homélie, il prie pour l'unité des Guinéens. "Les manifestations et les violences de rue qui conduisent à des destructions matérielles et à des pertes de vies humaines sont les signes d’immaturité et d’irresponsabilité sociopolitique", a-t-il dit à ses compatriotes, avant d'émettre le souhait de voir les Guinéens arrêter de s'entredéchirer.

Ce mois de septembre, alors qu'il est encore en séjour en Guinée, il a prié pour l'équipe nationale de football. Il a notamment prié pour la santé sans laquelle les joueurs ne pourront rien. Il a aussi prié pour la technicité et le fair-play des mêmes joueurs.

Et lors de la présentation de son diptyque "Dieu ou rien" et la "Force du silence" -dans le cadre de l'évènement "Conakry capitale mondiale du livre" dont il a été désigné comme un des ambassadeurs-, il a exprimé son indignation face à l'insalubrité à Conakry. "J’ai vu des gens qui laissent leurs poubelles au milieu de la route. Je n’ai vu un tel comportement dans aucune ville au monde. Alors qu’il n’y a pas longtemps, on a vécu une tragédie avec Ebola. Mais comment on peut risquer de répandre un autre virus en jetant des ordures partout Comment c’est pensable que des gens portent des saletés et les laissent au milieu de la rue… ayons honte de la Guinée parce que c’est notre œuvre", a-t-il exprimé, estimant que "cette saleté physique représente peut-être la saleté intérieure, la saleté qui est dans notre coeur".

Le 11/09/2017 Par notre correspondant à Conakry Mamourou Sonomou