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Guinée: un ex-chef d'état-major des armées jugé pour tortures

Mise à jour le 25/10/2017 à 11h44 Publié le 25/10/2017 à 10h20 Par notre correspondant à Conakry Mamourou Sonomou

#Société
Nouhou thiam

Nouhou Thiam, ancien chef d'état-major des armées.

#Guinée : Pour des tortures commises durant l'entre-deux tours de l'élection présidentielle de 2010, deux officiers de l'armée guinéenne vont être jugés par un tribunal de Conakry. Leur procès, très attendu, s'ouvre le 13 novembre prochain.

En attendant que se tienne le procès du massacre du 29 septembre 2009, la justice guinéenne va ouvrir celui des tortures dans lequel sont impliqués d'ex-hauts responsables. Une première en Guinée et un fait rare sur le continent.

Il s'agit d'officiers proches de l'ancien président de la transition, le général Sékouba Konaté. Le commandant Sékou Resco Camara, ancien gouverneur de la ville de Conakry, et l’ancien chef d’état-major des armées, Nouhou Thiam, sont accusés de tortures commises en 2010 sur 15 commerçants et artisans arrêtés après des jets de pierres sur le cortège du général Konaté.


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Le commandant Aboubacar Sidiki Camara dit "De Gaulle", un troisième responsable militaire accusé dans ce dossier, est décédé en 2014 après sa condamnation dans le procès sur l'attentat contre le domicile d'Alpha Condé. A l'époque des faits, "De Gaulle" était le chef de la sécurité présidentielle.

"L'État longtemps complaisant"
 
Selon la FIDH et ses organisations partenaires en Guinée, plusieurs personnes étaient arbitrairement arrêtées, détenues et torturées dans la cour de la gendarmerie de l’escadron mobile de Hamdallaye le 23 octobre 2010. Il s’agissait principalement de commerçants et artisans travaillant à proximité de la route où le cortège du général Sékouba Konaté avait été caillassé. "Plusieurs hauts responsables politiques et militaires ont depuis été mis en cause", rappelle la FIDH, qui s'est portée partie civile, dans un communiqué publié mardi 24 octobre.


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Si l’instruction avait été clôturée il y a plus de trois ans, le dossier a été renvoyé il y a un an devant la chambre criminelle du tribunal de première instance de Dixinn. "L’ouverture de ce procès à partir du 13 novembre est d’autant plus remarquable que l’usage de la torture par des agents dépositaires de l’autorité publique a longtemps été généralisé en Guinée, qu’il demeure largement répandu, et que la réponse longtemps complaisante de l’État est encore insuffisante pour lutter contre ces pratiques", estime la FIDH.

Des casiers judiciaires bien remplis

Les deux responsables militaires ont déjà des casiers judiciaires bien remplis. En mars 2016, l'ancien chef d'état-major a été condamné au temps mis après quatre ans et demi de détention dans le cadre des procès sur l'attaque contre la résidence privée du président Alpha Condé. Le tribunal militaire l'avait reconnu coupable, en compagnie de cinq autres officiers, de désertion et de violation des consignes, en période "d'attaque armée".
 
Quant au commandant Sékou Resco Camara, il a été condamné en 2011 au paiement d'un million de francs guinéens (près de 100 euros) pour empiètement dans les affaires de la justice.

Évidemment, ces procès seront un avant-goût du très attendu procès du massacre du 29 septembre 2009. Voilà déjà huit longues années que les victimes et familles de victimes attendent que justice soit rendue. 
Le 25/10/2017 Par notre correspondant à Conakry Mamourou Sonomou