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Guinée. Massacre de Conakry: l’instruction est terminée, mais la date du procès reste à fixer

Publié le 31/12/2017 à 19h26 Par notre correspondant à Conakry Mamourou Sonomou

#Société
Massacre de Conakry

#Guinée : Lors d'une conférence de presse vendredi, le ministre guinéen de la Justice, Me Cheikh Sako, a annoncé la fin de l’instruction de l’épineux dossier sur les massacres de plus de 150 personnes au stade de Conakry, le 28 septembre 2009. Il n’a cependant annoncé aucune date pour le début du procès.

«L’ordonnance de renvoi a été prise aujourd’hui (vendredi 29 décembre 2017). L’instruction est donc entièrement terminée», a déclaré le ministre de la Justice, Me Cheikh Sako. Il a par la suite annoncé la nomination prochaine des membres du Comité de pilotage récemment mis en place pour préparer la phase du jugement. Mais, le Garde des sceaux s’est cette fois-ci interdit d’annoncer une date, s’abritant derrière la complexité du dossier et les moyens financiers et logistiques que demande le procès.

«Un tel procès ne demande pas seulement d’avoir de bons magistrats, il demande aussi des moyens», a dit le ministre, qui a par le passé annoncé deux dates sans pour autant parvenir à les respecter. Il avait d’abord promis le procès pour 2016, puis pour 2017.


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Le ministre de la Justice a quand même rassuré que le procès va se tenir sans doute en Guinée, et que les magistrats guinéens sont prêts. Une déclaration qui tuerait les espoirs de ceux qui ont toujours voulu que le dossier soit jugé par la Cour pénale internationale. Cette volonté a surtout été exprimée par quelques victimes et les anciens avocats (le 20 décembre, ils ont annoncé leur retrait du dossier) du plus célèbre des accusés, Aboubacar Sidiki Diakité alias Toumba.

Ayant de nombreux griefs contre la procédure, les avocats Paul Yomba, Aboubacar Sylla et Lancinè Sylla ont préféré quitter leur client "malade" que de l’accompagner "dans cette procédure influencée par l’exécutif". Des critiques auxquelles le parquet de Conakry n’a jamais voulu répondre.


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Depuis la mise en place du pool de juges d’instruction en 2010 jusqu’à la prise de l’ordonnance de renvoi le 29 décembre 2017, l’instruction du dossier aura pris près de sept ans. Durant cette période, la justice guinéenne a été parfois critiquée pour sa lenteur. Le gouvernement guinéen aussi a été critiqué pour son «manque de volonté à faire tenir un procès sur ces crimes contre l’humanité». «Le discours officiel ne s’est à ce jour pas suffisamment traduit en actes et le gouvernement guinéen a pris trop peu de mesures significatives pour que justice soit rendue aux victimes du massacre, des viols et autres exactions perpétrés le 28 septembre (2009)», notait déjà en décembre 2012, l’ONG Human Rights Watch.


Pendant ce temps, la Cour pénale internationale  qui est en examen préliminaire en Guinée, a suivi de près le travail des juges d’instruction. Durant les missions de la CPI en Guinée, les autorités du pays ont toujours assuré pouvoir tenir le procès en Guinée. «Je salue la bonne coopération des autorités politiques, diplomatiques et judiciaires  qui gèrent ce dossier et qui coopèrent avec nous sans état d’âme…Nous voyons une volonté judiciaire de finir ce dossier», a apprécié, en octobre dernier, Amadi Bâ du bureau du procureur de la CPI.

L’instruction a duré, mais elle a fini par aboutir en novembre à la fin de l’information judiciaire, puis au renvoi, vendredi 27 décembre, des accusés devant le tribunal criminel de Dixinn. La voie est ainsi ouverte à un procès. Mais à quand celui-ci? «Soyez patients, il y a un temps pour chaque chose», a répondu vendredi le ministre de la Justice, au cours de sa conférence de presse.
Le 31/12/2017 Par notre correspondant à Conakry Mamourou Sonomou