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Guinée: qui a tué le journaliste Koula Diallo?

Mise à jour le 11/01/2018 à 11h59 Publié le 11/01/2018 à 11h57 Par notre correspondant à Conakry Mamourou Sonomou

#Société
souleymane bah

Souleymane Thianguel Bah, actuellement en fuite, a été condamné à perpétuité par contumace pour l'assassinat de Mohamed Koula Diallo.

#Guinée : Le verdict du tribunal criminel de Dixinn à Conakry, dans le dossier sur l’assassinat en 2016 d’un journaliste aux abords du siège du principal parti de l’opposition, a laissé plus d’un Guinéen sur sa faim.

La décision du tribunal est tombée dans la soirée de mardi. Thiânguel, dont la vraie identité n’a jamais été dévoilée, a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour complicité d’assassinat du journaliste Mohamed Koula Diallo. Absent aux audiences depuis le début du jugement en juillet 2017, un mandat d’arrêt a été lancé contre lui.

Comme Thiânguel, Alphadjo et Mamadou Saidou Barry, les deux autres accusés absents au procès, ont été condamnés. Déclarés coupables de coups et blessures volontaires, ils ont écopé de deux ans d’emprisonnement et du paiement de la somme d’un million à titre d’amende chacun. Un mandat d’arrêt a été décerné contre eux.

Les deux seuls accusés présents, Amadou Sow et Alghassimou Keita, gardes du corps du président de l’UFDG, Cellou Dalein Diallo, ont été acquittés.

Les faits remontent au vendredi 5 février 2016. Au siège de l’Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG) dans la banlieue de Conakry, des affrontements éclatent entre militants de deux clans du parti:  les partisans de Bah Oury – qui vient alors d’être déchu de ses fonctions de vice-président et exclu du parti – à ceux de Cellou Dalein Diallo. Lorsqu'un coup de feu éclate, c'est le journaliste Mohamed Koula Diallo qui est touché.


Depuis des mois, l'identité de Thiânguel suscite de nombreuses interrogations. Le mot, qui signifie «petite rivière» en poular guinéen, est aussi celui de Souleymane Bah, le chargé de la communication de l’UFDG, en fuite.

Tout le monde a toujours pensé qu'il était coupable et lui-même semble le croire. Quand des journalistes l’ont interrogé en 2016, il a répondu: «Je l’ai appris comme vous à travers la presse». Me Salif Béavogui, un des avocats de l’UFDG, avait même nié son inculpation. Mais son départ en exil a levé les derniers doutes.


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Durant les débats, Amadou Sow, l'un des deux accusés présents aux audiences, a indiqué que lors des violences, Souley Thiânguel l’avait chargé de veiller à ce que personne ne filme les affrontements. Alors, il s’était détaché de la garde de Cellou Dalein pour observer les actions.
 

Un complice sans auteur

Satisafaits de cette décision, les avocats et militants de l’UFDG ont célébré la libération des deux gardes du corps de Cellou Dalein Diallo. Par contre, la tristesse se lisait sur les visages des proches du chargé de la communication de l’UFDG.


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Pour les avocats de l’UFDG, l’auteur de l’assassinat du journaliste court toujours et il faut le trouver. «Comme toujours, les absents ont eu tort. Si Thiânguel avait été là, il n'aurait pas été condamné, parce qu’il aurait eu l’occasion de se défendre», a estimé Me Salif Béavogui.  

Au lendemain de la fin du procès, la justice guinéenne a été à nouveau fustigée. Bah Oury considère cette décision comme un scandale. «Je m’étonne que le présumé auteur du tir soit acquitté et qu’un complice soit condamné à la réclusion criminelle à perpétuité par contumace», a exprimé celui qui pense avoir été visé par la balle.

«Mais c 'est à Thianguel de se défendre. Je lui avais dit de ne pas quitter le territoire et de dire toute la vérité. Maintenant, ceux qu’il a voulu protéger l’ont enfoncé jusqu’au cou», a-t-il poursuivi.


Si Bah Oury est très amer, c’est aussi parce que le juge Magadouba Sow n’a pas cédé à son souhait de voir comparaître son rival Cellou Dalein Diallo. Il accuse aussi le juge de refuser de faire comparaître les témoins et de diffuser les images des faits incriminés. 

«On qualifie Thianguel de complice, alors qu’il ne saurait y avoir de complice sans auteur. Qui est l’auteur? Il faudra bien qu’on nous le montre… La justice a agi par tâtonnement», a réagi, pour sa part, Fodé Oussou Fofana, l’un des vice-présidents de l’UFDG.


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Une complicité sans auteur, c’est la remarque de beaucoup de militants de l’UFDG, mais aussi de beaucoup d’observateurs sur la décision du juge Magadouba Sow. «C’est vraiment honteux pour notre justice. Comment condamner un complice, alors qu’on n’a pas pu identifier l’auteur du crime?», s’indigne Alhassane Diallo sur Facebook.
 
Ibrahima Sory Traoré, le patron du défunt, est également déçu de cette décision. «Amadou Sow, le principal accusé, est acquitté. On se demande alors qui a tué Koula», a-t-il exprimé.


 

 
 
Le 11/01/2018 Par notre correspondant à Conakry Mamourou Sonomou