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Forces françaises au Sahel: leur avenir après la convocation des chefs d'Etats africains par Macron

Publié le 13/01/2020 à 14h36 Par Mar Bassine

#Politique
Forces françaises au Sahel: leur avenir après la convocation des chefs d'Etats africains par Macron
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#Mali : Les cinq chefs d'Etat des pays du G5 Sahel se retrouvent à Pau, en France, pour clarifier leur position quant à la force française présente dans la région pour la lutte contre le terrorisme. C'est l'avenir de Barkhane qui est en jeu.

Après le report de la date initiale pour la tenue du sommet, les 5 chefs d'Etat du G5 Sahel seront au complet, ce lundi à Pau, en France. Emmanuel Macron, le président français, avait émis une convocation controversée après le sommet de l'Otan le 4 décembre dernier pour rencontrer Mohammadou Issoufou du Niger, Idriss Déby Itno du Tchad, Roch-Marc Christian Kaboré du Burkina Faso, Ibrahim Boubacar Keïta du Mali et le tout nouveau président mauritanien, Mohamed ould Cheikh El Ghazouani.

"J’attends d’eux qu’ils clarifient et formalisent leur demande à l’égard de la France et de la communauté internationale. Souhaitent-ils notre présence? Ont-ils besoin de nous? Je veux des réponses claires et assumées sur ces questions", avait-il lancé lors de la conférence de presse d'après-sommet de l'Otan..

 

Le ton employé par le chef de l'Etat français n'avait pas plu et a surtout exacerbé, chez l'opinion publique africaine, le sentiment anti-français, tandis qu'il mettait ses pairs africains dans une mauvaise posture.

Le président burkinabè n'avait pas tardé à réagir, estimant que "le partenariat doit être respectueux des uns et des autres et je crois que cela est très important. J’estime que le ton et les termes utilisés avant l’invitation posent des problèmes parce que ça, c’est le contenu des débats qu’on doit avoir ensemble",

Cependant, si du côté africain, les frustrations sont nombreuses contre la France, Emmanuel Macron est aussi la cible des critiques de la part de son opposition, voire de son,opinion publique, au sujet de la présence des forces françaises sur le sol africain. Et à juste titre, en novembre, 13 soldats français avait perdu la vie dans le crash de deux hélicoptères, lors d'une intervention contre les djihadistes. Des morts qui s'ajoutent à une liste déjà longue.

Au Mali, la semaine dernière, de nouvelles manifestations ont eu lieu réclamant le départ immédiat de la Force Barkhane. Le drapeau tricolore de l'hexagone a même été brûlé.

Pourtant, les chefs d'Etat africains, eux, sont convaincus que la France doit rester dans le Sahel, ce qui explique qu'ils soient tous présents à cette invitation. Le président Mohammadou Issoufou est même convaincu qu'il faut encore plus d'intervention étrangère dans le Sahel, notamment française.

"Nous avons besoin de plus de Barkhane, nous avons besoin de plus d’alliés, c’est ma conviction parce que ceux qui critiquent la présence française ou la présence des alliés dans le Sahel oublient que sans l’intervention Serval le Mali serait aujourd’hui sous le contrôle des terroristes, peut-être le Niger aussi", a dit Mohammadou Issoufou, en décembre dernier, lors d'une brève visite d'Emmanuel Macron à Niamey. Et d'ajouter: "Alors, imaginons que Barkhane s’en aille, ça va affaiblir notre lutte, ça va affaiblir notre camp. Au profit de qui? Au profit des terroristes".

Un bref regard sur les récentes attaques de djihadistes montrent en effet la difficulté à laquelle les chefs d'Etat du Sahel sont confrontés. Les forces armées ou les populations civiles du Mali, du Niger et du Burkina Faso paient un très lourd tribut à cause de la situation d'insécurité.

Pas plus tard qu'il y a deux jours, les forces nigériennes ont enterré 89 soldats du camp de Chinegodar, dans l'ouest du pays vers la frontière avec le Mali. Un deuil national de 72 heures, en vigueur depuis ce lundi 13 janvier, a été décrété. C'est la troisième attaque subie par les forces nigériennes en l'espace d'un mois, cumulant un total de 174 soldats tués.

Au Burkina Faso, le bilan des cinq dernières années, depuis le début des attaques terroristes, avoisine 600 personnes tuées, des centaines d'écoles fermées, des milliers d'habitants déplacés.

Mais c'est le Mali qui a le bilan le plus lourd et beaucoup estiment que c'est de ce pays qu'est partie toute la situation d'insécurité dans le Sahel.

Tout au long de l'année écoulée, les camps militaires ont été l'objet d'attaques violentes avec des dizaines, voire des centaines, de victimes. Dloura, Douentza, Mopti, Kidal, ont tour à tour fait l'objet d'attaques meurtrières. Début novembre 2019, par exemple à Indelimane, près de la frontière avec le Niger, pas moins de 49 soldats ont été tués. Un mois plus tôt, à Mondoro et Boulkessi, une double attaque avait également fait 41 morts, selon un bilan officiel. En mars, le camp de DIoura avait perdu 15 soldats lors d'une attaque similaire. Tout cela montre pratiquement l'impossibilité pour les forces armées locales de se protéger et de défendre les populations.

Compte tenu de cette situation complexe pour les pays du G5 Sahel, il est clair que les chefs d'Etat malien, burkinabè, nigérien, tchadien et mauritanien ne sont partis à Pau pour dire à Emmanuel Macron qu'ils ne veulent plus des forces étrangères dans la région.

La diplomatie veut, en plus de la formalisation de la demande de la présence française, que l'intervention militaire dans le Sahel ait une caution de la communauté internationale. C'est pourquoi ont été conviés à Pau, Antonio Guterres, le secrétaire général des Nations unies, Moussa Faki Mahamat, le président de la Commission de l'Union africaine, ainsi que Charles Michel, le président du Conseil européen. Il y a donc du beau monde. Suffisant pour que les opinions publiques malienne et bukinabè changent d'appréciation en faveur de la force Barkhane? Sûrement pas, si l'on sait que la France a aussi sa part de responsabilité dans ce rejet par les populations.

En effet, en 2013, Paris avait mal géré la période ayant suivi sa première intervention contre les djihadistes qui avaient conquis le nord du Mali. En effet, l'armée française avait interdit aux soldats maliens de mettre les pieds à Kidal afin d'éviter d'éventuelles exactions contre la population touarègue. Aujourd'hui, beaucoup estiment que l'opération Serval a protégé le Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA) et que si la situation s'est compliquée à ce point, c'est bien la faute des Français. Même, après le sommet de Pau, cette opinion risque de persister.

Le 13/01/2020 Par Mar Bassine

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