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Mali: la "Sotrama", le coeur du transport interurbain des Bamakois

Publié le 25/10/2016 à 16h10 Par De notre correspondant à Bamako Daouda Tougan Konaté

#Société
Sotram
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#Mali : "Sotrama", en référence à la société malienne de transport, est le moyen de transport privilégié des citoyens de la capitale malienne. Plus de 95% de ceux-ci font recours aux services de ce moyen de transport. Une matinée à bord d’un de ces véhicules sur l’axe Vox-da-Sébénikoro. Reportage.

Dimanche matin aux environs de 10h 20, nous prenions place à bord d’une Sotrama (minibus de marque Hiace) à mi-chemin entre le centre-ville et Sébénikoro, un quartier périphérique desservi par les Sotrama, et la gare de Djicoroni Para située au centre-ville, appelé Vox-da. Avant d’entrer, par curiosité, je jette un coup d’œil sur la cabine chauffeur.

Sur le tableau de bord, un écriteau indique le nom du propriétaire du véhicule. Le conducteur comme la plupart est employé par un cadre de banque. A l’intérieur du véhicule, une vingtaine d’occupants entassés les uns contre les autres. Pour nous permettre de nous asseoir, l’apprenti, âgé d’environ d’une quinzaine d’année, s’emploie à nous trouver une place. ‘’A yé tori tori’’ (poussez-vous en bambara, langue locale). A vue d’œil, l’état du véhicule n’est pas mauvais, mais comme la majeure partie de ces Sotrama, il n’y a pas de portail, c’est l’apprenti qui sert de portail, puisque assis juste à l’entrée du véhicule. Certains se servent d’une corde qu’ils raccrochent une fois le véhicule plein, pour servir de barrière.

Ces véhicules bondés de monde très généralement ne roulent pas doucement, car les chauffeurs à la recherche du maximum de clients, sont toujours pressés. Nous filons à vive allure sur l’autoroute baptisée Roi Mohammed VI. Le parcours est rythmé par cette volonté du chauffeur d’aller plus vite et le respect des points d’arrêt.

Famoussa Sidibé, la trentaine, jeune diplômé sans emploi, donne son avis sur les Sotramas. «C’est le moyen de transport le moins cher pour nous dans la capitale. Avec seulement 175 FCFA (0,27 euros), je suis chez moi à Sébénikoro. Mon aller-retour va me coûter 350 FCFA (0,54 euros). C’est ce qui fait qu’on ne peut pas se passer de ces véhicules». Notre interlocuteur ne manque pas de critiques à l’endroit des conducteurs de Sotrama et leurs apprentis. «Le seul problème avec ces véhicules, c’est le comportement irrespectueux de certains conducteurs qui, dès que vous rentrez dans leur véhicule n’ont plus de respect pour le client».

Ce grief est partagé par l’écrasante majorité des usagers de ces véhicules. Il n’est pas rare de voir un client en venir aux bras avec un apprenti après des échanges de mots irrespectueux. Pour Ali Samaké, maçon, les apprentis qui s’agrippent aux flancs de ces véhicules à la recherche de clients, sont sous le poids des excitants. Pis, ces chefs d’orchestre à bord (apprentis) ont un jargon moqueur pour désigner les vieilles personnes. ‘’Korokara’’ (tortue) ou ‘’Moussokoroba’’ (vieille femme) pour évoquer toute la difficulté de ces personnes à se déplacer rapidement.

Vingt minutes plus tard, nous sommes à Sébénikoro. Au niveau de cet arrêt, les vendeurs d’eau glacée sont les plus nombreux.  De l’autre côté du goudron, des vendeurs de légumes. Sur le chemin de retour, nous empruntons une Sotrama à moitié vide. Là, le véhicule roule beaucoup moins vite. Le chauffeur qui n’a pas envie de regagner le centre-ville, freine à tous les arrêts. Souvent nous devons prendre notre mal en patience car l’apprenti disparaissait dans la foule à la recherche d’éventuels clients. C’est le calvaire que vivent les usagers des Sotramas. La vitesse est fonction du nombre de clients à bord. C’est pourquoi, vaut mieux emprunter une Sotrama remplie qu’une Sotrama à moitié vide !

Par le courage et la ténacité du chauffeur et de son apprenti, le véhicule dont la capacité est de 20 places, est arrivé avec le plein. "A kagni" (c’est bon en bambara) avait lancé l’apprenti au dernier point d’arrêt.

Des Américains aussi

L’essentiel de ces véhicules appartiennent à des particuliers, des opérateurs économiques et de grands commerçants. Les conducteurs de ces véhicules versent des recettes journalières aux propriétaires. Dans ce monde, certaines personnes détiennent les permis de conduire et n'ont pas la chance d’être employés. Cependant, ils travaillent et gagnent leur pain. On les appelle les Américains. Le chauffeur titulaire cède son véhicule à un Américain. Ce dernier fait le boulot et il sera récompensé en fonction du gain. Il faut dire que le secteur reste masculin, on n’y compte pas de femmes dans les rangs de conducteurs de Sotrama.

Selon le Secrétaire général adjoint du comité Djicoroni Para de la fédération des transporteurs urbains, Massama Kéïta, rien qu’au niveau de ce comité, au total près de 300 Sotramas desservent l’axe Vox-da-Samaya. Pour ce responsable du comité, les Sotramas sont incontournables dans le transport en commun à Bamako avec plus de 95% d’usagers des transports en commun. Et cela, dit-il, à cause des prix relativement abordables. Par exemple, du Centre-ville à Samaya, les clients ne payent que 275 FCFA, ceux de Sébénikoro payent 175 FCFA et ceux de Djicoroni Para ne déboursent que 150 FCFA. Ces prix, selon Kéïta, sont fixés par le gouvernement. A l’en croire, un chauffeur peut empocher par jour une somme de 30.000 (46 euros) à 45.000 FCFA (69 euros).

Ajoutons que ce parc important de véhicules est une vache laitière pour les recettes de l’Etat à travers le paiement d’une taxe de 5.500 FCFA/an et par véhicule ; la vignette à 116.000 FCFA et les frais des deux visites techniques (7.500. FCFA) auxquelles ces véhicules sont soumis. Chaque année ce sont des milliards de FCFA qu’apporte le secteur au trésor public grâce au paiement des taxes.
Le 25/10/2016 Par De notre correspondant à Bamako Daouda Tougan Konaté

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