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Union africaine: les quatre enjeux du 28e sommet qui pourraient changer le continent

Mise à jour le 28/01/2017 à 10h36 Publié le 28/01/2017 à 10h27 Par Moussa Diop

#Politique
Union africaine

Union africaine.

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#Maroc : La capitale éthiopienne, Addis-Abeba, accueille du 22 au 31 janvier 2017, le 28e sommet de l’Union africaine. Au cours de cette rencontre, quatre enjeux majeurs seront débattus. Ils pourraient contribuer à changer la physionomie du continent dans les années à venir.

C’est l’un des sommets les plus attendus de l’UA au cours de ces dernières années, tant les points inscrits à son ordre du jour sont importants et pourraient changer le cours de l’histoire de cette institution panafricaine et avoir des répercussions positives sur l’avenir du continent.

Au menu de cette édition ayant pour thème «Tirer pleinement parti du dividende démographique en investissant dans la jeunesse», quatre grands sujets brûlants. On les citera suivant leur inscription dans l’ordre du jour.

Réforme de l’UA

D’abord, l’un des temps forts de cette session ordinaire de l’UA est l’exposé du président du Rwanda, Paul Kagamé, sur le rapport relatif à la réforme de l’Union africaine. En effet, lors du 27esommet de l’UA qui s’est tenu à Kigali, le président rwandais a été chargé de travailler sur ce dossier. Il avait réuni autour de lui une équipe, composée de neuf éminentes personnalités, –5 hommes et 4 femmes– africaines connues pour leur expertise dans leurs domaines respectifs. L’objectif de cette réforme est de transformer l’UA en une institution plus efficace et autonome financièrement.


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Création d’une zone continentale de libre échange

Le deuxième point, inscrit dans l’ordre du jour,  porte sur la Zone de libre-échange continentale (ZLEC). Les négociations en vue de l’établissement d’une zone de libre-échange continentale en Afrique ont été formellement lancées en juin 2015 à Johannesburg.
La création de cette zone est prioritaire dans l’agenda 2063 de l’UA. L’objectif est de créer un seul marché continental de biens et services, d’établir la libre circulation des hommes d’affaires pour la mise en place de l’union douanière en 2022, nécessaire pour la mise en place d’une Communauté économique africaine (CEA) d’ici 2028.

Il est attendu que les chefs d’Etat africains donnent un coup de pouce à la création de la ZLEC lors de cette rencontre. La mise en place de cette zone de libre-échange pourrait en effet doper le commerce intra-africain à hauteur de 35 milliards de dollars par an d’ici 2022, selon les premières évaluations.

Le retour du Maroc, moment fort du sommet

Troisième point, et c’est là l’un des moments les plus attendus de cette 28e édition, l’examen du retour du Maroc au sein de la famille de l’Union africaine. La récupération par le Maroc de son siège au sein de l’institution panafricaine est certainement le point le plus attendu du 28e sommet de l’UA.

Les périples du roi du Maroc en Afrique de l’Est, à Madagascar et au Nigeria ont fait bouger les lignes des alliances au niveau du continent. Aujourd’hui, à part l’Afrique du Sud et quelques pays satellites de celle-ci, comme le Zimbabwe, tous les pays du continent ont annoncé leur soutien au retour du Maroc au sein d’une institution dont il est l’un des fondateurs.

L’Algérie et la Mauritanie y ont souscrit, avec quelques réserves même si le régime algérien continuera très probablement à agir dans les coulisses de façon hostile au Maroc. Au total, à date d’aujourd’hui, ce sont plus de 40 pays qui se sont déclarés favorables au retour du Maroc.


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Si certains alarmistes parlent de possible division de l’UA lorsque le Maroc mettra dans la balance le retrait de la «RASD», d’autres parlent surtout de l’impact positif que le retour du Maroc impulsera à l’organisation, notamment sur les volets diplomatique et économique.

Les tournées du roi du Maroc en Afrique au cours de ces dernières années ont permis d’ancrer l’économie marocaine au sein du continent. Après le secteur financier, l’industrie marocaine prend place sur le continent avec des projets stratégiques qui pourraient bouleverser certains pays et régions. C’est le cas notamment du projet structurant du Groupe OCP en Ethiopie d'un investissement de 3,7 milliards de dollars en deux tranches et celui qui sera réalisé au Nigéria. Deux pays à fort potentiel agricole et qui sont confrontés à des problèmes d’approvisionnement en produits alimentaires de première nécessité. Ils pourront, grâce à ces partenariats, booster leur secteur agricole et donc leur économie et celles de leurs régions respectives. Une aubaine pour le continent quant on sait que le leader mondial des phosphates, le Groupe OCP, compte s’implanter dans 15 pays africains avec des unités industrielles qui produisent sur place des engrais adaptés aux sols. Ce qui ne manquera pas de contribuer à la révolution verte tant attendue et nécessaire pour le décollage du continent.


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De même, le méga-projet structurant de gazoduc, le Trans-african pipeline, partant du Nigeria et devant traverser les côtes ouest de l'Afrique pour rejoindre le Maroc permetant de transporter le gaz vers l'Europe est une autre illustration de la volonté du Maroc de contribuer à l'intégration et au développement du continent. Sur ce projet, le Maroc a déjà obtenu l'accord de principe des pays concernés par ce projet. 

C’est cet avantage économique et l’expertise marocaine dans de nombreux domaines que le royaume pourra apporter à tout un continent aux potentiels énormes qui seront mis en évidence.

L’élection du président de la Commission de l’UA

Enfin, dernier point à l’ordre du jour, une élection, et non des moindres, celle du président de la Commission de l’Union africaine. Cinq candidats sont en lice et chacun d’eux est soutenu par un regroupement régional : Pelonomi Venson Moitoi (Botswana) par la SADEC (Afrique australe), Moussa Faki Mahamat (Tchad) CEEAC (Afrique centrale), Agapito Mba Mokuy (Guinée équatoriale) CEEAC (Afrique Centrale), Amina Mohamed (Kenya) CEA (Afrique de l’Est) et Abdoulaye Bathily (Sénégal) par la CEDEAO. Aucun d’eux ne pourra l’emporter au premier tour. Les alliances entre regroupements régionaux joueront un rôle crucial dans une élection qui s’apparente à une guerre de tranchées entre un candidat pro-marocain, le sénégalais Bathily, et une candidate pro-algérienne, la kenyane Amina Mohamed. Du coup, cette élection est aussi considérée comme étant un duel à distance entre Alger et Rabat.


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Après l’hostilité maladive de la Sud-africaine à l’égard du Maroc, il est certain que ce pays n’aimerait pas avoir à gérer son retour au sein de l’Union africaine avec une Dlamini-Zuma bis. La Kenyane a effectivement déjà choisi son camp en visitant le Polisario à Tindouf. Alger n’a pas caché son intention de jouer la carte de «tout sauf le Sénégalais», au moment où la diplomatie marocaine a opté pour la discrétion, même si son candidat naturel est Bathily. Cette diplomatie souterraine, et la volonté de Paris de jouer la carte de la francophonie pourraient profiter à Bathily s’il passe au second tour au détriment du Tchadien.

Au-delà, les compétences du prochain président de la Commission africaine seront nécessaires pour réformer l’Union africaine et donner une novelle impulsion au développement économique du continent.

A signaler qu’en plus du président de la Commission, véritable organe d’exécution au sein de l’UA, les élections concerneront plusieurs autres commissions. Parmi celles-ci, il y a bien évidemment la Commission de la Paix et de la sécurité dévolue depuis toujours à l’Algérie. Seulement, ce poste pourrait changer de mains. Et comme il fallait s’y attendre, c’est le Nigeria, allié fidèle de l’Algérie, qui convoite ardemment ce poste.

Entre ces quatre moments forts, il y a bien évidemment aussi l’élection du futur président de l’Union africaine. Il s’agit plutôt d’une désignation. Le choix se faisant selon une alternance régionale, c’est le tour de l’Afrique de l’ouest de prendre la présidence. Deux candidats étaient en lice, le nigérien Mahamadou Issoufou et le guinéen Alpha Condé. Le droit d’aînesse, cher aux Africains, porte à croire que le président tchadien devrait céder le flambeau au président guinéen Condé.
Le 28/01/2017 Par Moussa Diop