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Dette: ces géants africains pris à la gorge par le FMI

Mise à jour le 09/08/2016 à 16h22 Publié le 09/08/2016 à 14h29 Par Mar Bassine

#Economie
Lagarde

Christine Lagarde, directrice générale du FMI.

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#Maroc : Egypte, Ghana, Angola... Plusieurs pays africains veulent lever des fonds soit auprès du FMI, soit sur les marchés financiers. Cependant, les conditions du FMI sont telles que beaucoup finissent par renoncer, à l'instar du Ghana et de l'Angola. Pourtant, ils savent qu'ils finiront par revenir.

Ce mardi 9 août, la presse nigériane vient de révéler l’intention de la première économie du continent de lever 4,5 milliards de dollars sous forme d’eurobonds. Le gouvernement fédéral est en train de sélectionner deux banques d’affaires internationales devant l’accompagner dans cette levée de fonds sur les marchés internationaux. Dans un premier temps, un milliard de dollars seront émis avant la fin de l’année. Le reste suivra d’ici 2018.

Nigéria : en bonne posture, jusqu'à quand?

Le Nigéria est néanmoins l’un des pays les moins endettés du continent, voire du monde. En effet, sa dette publique ne représente que 13,3% de son PIB, selon les perspectives économiques africaines publiées en avril dernier par le FMI, soit environ 64 milliards de dollars.

Le pays, il faut le reconnaitre a fait un effort considérable, en réduisant sa dette au moment où les cours du pétrole étaient à leur meilleur niveau. En effet, au lieu des 13,3% actuellement, la dette était à 63,4% du PIB en 2003, pour être ramené trois ans plus tard, en 2006, à 11,8% seulement. Compte tenu de ce faible niveau d’endettement, les notes des agences n’ont pratiquement pas changé, même si le pays est sous surveillance avec des perspectives négatives.

La crise économique s'installe

Aujourd’hui, le pays connait une crise. Les prix à la consommation sont tirés par une inflation à deux chiffres. Le naira (monnaie locale) a déjà perdu près du tiers de sa valeur en l’espace de trois mois. Sa production pétrolière a chuté de 45% de sa capacité normale à cause du sabotage des installations dans le Delta du Niger.

Ces 4,5 milliards de dollars peuvent facilement être suivis par d’autres émissions obligataires si la situation économique ne se redresse pas rapidement.
Quoi qu’il en soit, le Nigeria est dans une meilleure position que beaucoup d’autres pays, parce que Abuja affiche une dette relativement faible. Ce n’est pas le cas de l’Angola, du Ghana ou encore de l’Egypte.

Egypte : amère pilule de 12 milliards de dollars

Hier lundi 8 août, comme le360afrique.com en faisait état, la presse égyptienne a révélé le contenu des négociations entre ce pays du Nord-est du continent et le FMI. Le gouvernement d’Al-Sissi avait besoin de 12 milliards de dollars. Ce que le FMI est bien disposé à lui donner, non sans la mise en œuvre de douloureuses mesures : une forte dévaluation de 23,5% de la livre égyptienne, l’abandon des subventions sur le carburant et sur les biens de première nécessité. Bref, c’est dire que le FMI tient déjà l’Egypte par la gorge. Il n’est pas sûr qu’Al-Sissi obtienne le délai qu’il veut pour la mise en place de ces réformes. Quand un pays est trop endetté, le FMI devient inflexible. Or, selon les dernières données de la Banque mondiale, la dette publique égyptienne s'élève à 84,66% de son PIB en 2013. A ce niveau, c’est quasi impossible de lever 12 milliards de dollars sans que cela ne fasse mal quelque part.

Angola : 11,5 milliards de dollars en grande peine

On l’a d’ailleurs vu avec l’Angola, qui a fini par abandonner ses négociations avec le FMI. Ce pays pétrolier, connu pour la cherté de la vie dans sa capitale et ses dépenses jugées excessives s’est tourné vers d’autres bailleurs de fonds. L’Angola a ainsi emprunté quelque 11,5 milliards de dollars entre septembre 2015 et juin 2016. Du coup, sa dette atteint officiellement 70,1% de son PIB. Ce pays, il faut le rappeler est tributaire des cours du pétrole, dont il est le deuxième producteur africain derrière le Nigéria. N’ayant pas diversifié son économie, l’or noir représente les deux cinquième de son produit intérieur brut, mais aussi et surtout 95% de ses rentrées en devises et 70% des recettes budgétaires. Le pays n’a donc pas pu obtenir son crédit du FMI, parce que le mini plan d’ajustement structurel imposé par le FMI n’a pas eu lieu. Dernièrement, le gouvernement de Luanda a affirmé qu’il n’avait pas abandonné son intension d’emprunter auprès du FMI. On sait qu’au final, la partie qui pliera ne sera pas du côté de Christine Lagarde, la directrice du FMI.

Ghana : impossible de lever 1 milliard de dollars

Parmi les pays qui ont également connu une pression du FMI dernièrement, il y a le Ghana. Le pays de Jonh Dramani Mahama voulait lever 1 milliard de dollars auprès du FMI, puis il s’est finalement tourné vers les marchés des capitaux, avant d’abandonner temporairement ce projet d’endettement. Car, le FMI impose là également ses conditions qui se traduisent par des mesures souvent impopulaires. C’est le parlement ghanéen qui a refusé les mesures que voulait prendre le gouvernement pour se plier aux exigences de l’institution de Bretton Woods.
Quant aux marchés, pour un pays dont la dette représente quelque 74,1% du PIB, ils se montrent frileux. Le taux d’intérêt exigé est forcément élevé. C’est ce qui a fait renoncer le Ghana, temporairement du moins, à sa décision de lever 1 milliard de dollars sous forme d’eurobonds.

Maroc : 3,47 milliards de dollars

Pour sa part, le Maroc a réussi à décrocher, sans anicroche, sa ligne de liquidité. En effet, pas plus tard que le 3 août, "le FMI a approuvé un accord biennal d’un montant de 3,47 milliards de dollars avec le Royaume", peut-on lire sur le site du FMI. Il n’y a pas de secret, si la pilule passe plus aisément avec  le Maroc, c’est parce qu’elle est moins amère que pour les autres, comme l’Angola, l’Egypte ou le Ghana. Selon le FMI, "des progrès ont été réalisés dans la réduction des vulnérabilités budgétaires et extérieures" et "la lutte contre le chômage élevé chez les jeunes et l’investissement dans le capital humain sont des priorités absolues". Suffisant pour ne pas se faire étrangler par des réformes.

Le 09/08/2016 Par Mar Bassine

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