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RD Congo: il y a 20 ans, "Papa" Maréchal Mobutu chutait et fuyait vers le Maroc

Mise à jour le 16/05/2017 à 18h33 Publié le 16/05/2017 à 15h27 Par Mar Bassine

#Politique
RD Congo: il y a 20 ans, "Papa" Maréchal Mobutu chutait et fuyait vers le Maroc
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#Maroc : Il y a 20 ans, jour pour jour, le 16 mai 1997, chutait Mobutu. Vaincu lors d'une guerre éclair menée par les rebelles dirigés par Laurent Désiré Kabila et soutenus par les voisins de l'Est, notamment le Rwanda et l'Ouganda, Mobutu n'avait pas vu le vent tourner avec la fin de la guerre froide.

A Rabat, sa tombe est encore bien entretenue, 20 ans après sa mort. Il faut dire que l'homme était l'ami de Hassan II qui lui a montré à plusieurs reprises son indéfectible soutien. Ce fut le cas en 1977, puis une année plus tard. Le roi Hassan II, qui tenait tant à l'intégrité territoriale du Zaïre, envoya des soldats marocains pour défendre ce pays vaste comme quatre fois la France et quatre-vingts fois la Belgique. C'est donc en toute logique, que traqué par des ennemis qu'il n'avait pas vu venir, Mobutu a souhaité finir ses jours à Rabat. Mais qui était donc cet homme que les moins de 20 ans n'ont pas connu et dont ils n'ont pas forcément entendu parler?

Coiffe en peau de léopard vissée sur la tête et vêtu de son abaca (à bas le costume occidental), le maréchal Mobutu a laissé un souvenir vivace dans l'esprit de beaucoup. Certains ont retenu son extravagance, d'autres sa finesse d'homme politique, mais tout le monde se souvient de son charisme et aussi de sa fin. 

Au moment où il prenait le pouvoir en 1965, les chancelleries occidentales qui le soutenaient savaient qu'elles avaient affaire à un fin politicien, mais à un piètre stratège et tacticien militaire. En 1997, la rapidité avec laquelle le Zaïre de Mobutu est tombé entre les mains de rebelles dont personne n'avait entendu parler quelques mois plus tôt confirme ce constat.

Sombre mai 1997


Tout a pris fin le 16 mai 1997. Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendu Wa Za Banga doit renoncer à deux de ses vieux rêves: mourir président et être enterré au Zaïre qu'il chérissait tant, à sa manière bien sûr.

Ce jour-là, les Kinois appréhendent ce qui va se passer. Beaucoup espéraient, sans doute par fierté et orgueil, que les Forces armées zaïroises (FAZ) feraient face aux rebelles qui avaient déjà atteint Kengé, à quelques kilomètres de là. Les rebelles triompheront sans gloire, puisque la bataille tant redoutée de Kinshasa n'aura jamais lieu. C'est en effet, dans la capitale que les troupes étaient massées pour attendre l'ennemi venu de l'Est.

Mobutu doit embarquer dans son avion présidentiel pour rejoindre son village natal Gbadolite, dans la province de l'Equateur au nord-ouest du pays. Ce n'est que momentané. Le lendemain, celui qu'on surnomme le Léopard doit quitter le pays pour Lomé. Il se rend chez son ami le général Gnassingbé Eyadema. La fin, bien sûr, on la connaît. C'est à Rabat que Mobutu ira terminer ses jours, rongé par deux cancers, l'un au colon, l'autre à la prostate. A son arrivée au Maroc, il a voulu séjourner à Tanger, au nord du royaume, mais rattrapé par la maladie, il a dû être évacué vers la capitale pour une meilleure prise en charge. Le 7 septembre 1997, Mobutu, papa Mubutu, le Maréchal, celui qu'on appelait "l'Homme seul", s'en est allé à jamais. 

"l'Homme seul"? Pas vraiment...


Gouvernait-il seul réellement? Beaucoup le pensent. En tout cas, au début de son règne, celui que le jingle du journal télévisé présentait dans un nuage, à l'image d'un dieu grec, était bien le maître absolu du Zaïre qui a régné sans partage grâce au Parti-Etat. Sauf que ce dernier tenait sur le solide socle de la guerre froide. Mobutu était le rempart contre le bloc soviétique dans cette Afrique centrale si instable encore. Mais en 1990, le vent avait tourné et le maréchal président devait abandonner ses idéaux de parti unique.

C'est le coeur serré, bien malgré lui, qu'en avril 1990 il déclare le multipartisme. D'aucuns ironiseront pour dire qu'il s'agissait du Multi-Mobutisme, pour signifier qu'en réalité son ombre était partout. En réalité, Mobutu était dépassé par les évènements qui se déroulaient sous ses yeux à Kinshasa. Ceux qui jadis n'avaient pas voix au chapitre occupaient le terrain médiatique. Ses propres partenaires qui le considéraient comme un dieu rejoignent alors les rangs de l'opposition.

Il sera alors contraint de se replier dans son village Gbadolite, laissant le terrain à ses adversaires qui avaient décidé de prendre leur part des richesses du pays. C'est donc à Gbadolite que Mobutu reste confiné. Les premiers signes de la maladie étaient là. Tout le monde se rappelle l'image de ce vieillard venu le supplier de retourner à Kinshasa reprendre le pouvoir. Image aussi pathétique qu'éloquente. Le vieux Léopard voulait sans doute juste qu'on le laisse juste finir ses derniers jours dans son Zaïre. Le reste importait peu. Sauf que la rébellion et les pays voisins ont vu ces signes et en ont tiré parti.

A sa chute, ses ex-partisans ont dû faire profil bas. L'histoire et la vérité sont celles des vainqueurs. Il était difficile de se réclamer de lui.
Le 16/05/2017 Par Mar Bassine