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Ould Oudaâ: un poste ministériel qui sonne comme une sanction

Publié le 04/04/2016 à 13h42 Par notre correspondant à Nouakchott Cheikh Sidya

#Economie
ould oudaâ

Mohamed Abdallah Ould Oudaâ, ex Administrateur directeur général de la SNIM nommé ministre de l'Hydraulique et de l'assainissement.

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#Mauritanie : Ould Oudaa quitte le prestigieux poste d’Administrateur directeur général de la SNIM pour le ministère de l’Hydraulique et de l’assainissement. Pour les observateurs, cette nomination est loin d’être une promotion.

La SNIM -Société nationale industrielle et minière-, est de loin la plus importante et la plus stratégique entreprise en Mauritanie. Contrôlée à hauteur de 78% par l’Etat mauritanien, la SNIM, second opérateur africain dans le minerai de fer avec une production de plus de 12 millions de tonnes, pèse plus de 15% du PIB mauritanien, plus de 40% des recettes d’exportations et emploie quelques 5.000 salariés.

Preuve de son poids, Mohamed Abdallah Ould Oudaâ, ex Administrateur directeur général de la SNIM, comme ses prcédents d'ailleurs, n'a réellement de compte à rendre qu'au président. Et Mohamed ould Abdelaziz lui a accordé sa confiance, même lors de la grève de 2 mois des ouvriers de l’entreprise en mars 2015, qui ont eu un impact négatif sur les résultats de la société.

C’est dire que l’homme qui occupait l’un des postes les plus convoités du pays est puissant. Du coup, sa nomination au poste de ministre de l’Hydraulique et de l’assainissement, à la faveur du dernier réajustement gouvernemental opéré vendredi soir, est perçue comme une sanction pour les analystes du microcosme politique mauritanienne, surtout que le poste ministériel est loin d’être stratégique dans un pays où l’assainissement est presque inexistant. Comme on dit en Mauritanie, il s’agit d’un poste «garage».

Une gestion pointée du doigt

Pour ces observateurs, cette «promotion» était dans l’air depuis quelques mois. En effet, on reproche à l’ex Administrateur directeur général de la SNIM plusieurs griefs.

D’abord, sa gestion de la grève des ouvriers de la SNIM a été critiquée. Ce débrayage de 2 mois, la plus longue de cet acteur économique et social, a eu des impacts socio-économiques importants. A titre d’exemple, la production est tombée à 11,6 millions de tonnes en 2015 contre 13,5 millions de tonnes en 2014.

Outre ces facteurs, l’ADG de la SNIM n’a pas aussi bénéficié d’un environnement favorable. Le cours de fer est tombé de son niveau record historique de 187 dollars la tonne en 2011 à environ 40 dollars en janvier 2016, ruinant ainsi les recettes de la SNIM. D'autant que l'entreprise n’a cessé de «dilapider» ses ressources dans des projets qui ne sont pas au coeur de son métier en accordant des prêts colossaux pour la réalisation du nouvel aéroport, en investissant dans d’autres projets dont elle ne maîtrise pas la gestion (transport, assurance, hôtellerie, etc.) et en réalisant certaines infrastructures qui relevaient du rôle régalien de l’Etat.

En clair, la gestion de l'ADG de la SNIM est pointée du doigt. Des faits régulièrement dénoncés par l’opposition et des observateurs indépendants qui n’ont cessé d’avertir sur la dilapidation des importantes ressources accumulées durant les années fastes du fer sur le marché mondial.

Reste à savoir si ould Oudaâ avait réellement des marges de manœuvre pour refuser l’implication de la SNIM dans la réalisation de certains projets,…

Vaches maigres et recentrage

De même, l’engagement d’investissements importants dans le projet «Guelb II» visant à accroître la production du minerai de fer de 4 millions de tonnes supplémentaires a été jugé par de nombreux analystes inopportune dans un contexte de chute des cours mondiaux du fer amplifiée par la guerre menée par les géants mondiaux du minerai de fer (BHP, VALE et Rio Tinto). 

Pour ne rien arranger, face aux critiques des médias, la SNIM a intenté un procès contre 4 organes de presse –Mauriweb, Cridem, Atlasinfo et Taqadoumy- à forte audience, à qui elle a réclamé la coquète somme de 2 milliards d’ouguiyas, soit 6,6 millions de dollars, pour critiques ayant porté préjudice à l’entreprise et à son dirigeant.

Résultats des courses, la société minière, empêtrée dans des difficultés, entraînant du même coup l’Etat dont elle est la nourricière, surtout durant les années de vaches grasses, a annoncé un plan d’austérité se traduisant par la réduction de plusieurs dépenses de fonctionnement et la révision à la baisse de quelques ambitions de développement.

Et comme cela n’était pas suffisant, la SNIM a décidé une cure d’amaigrissement en se recentrant sur son cœur de métier. C’est ainsi que l’entreprise a cédé la majorité du capital de la compagnie d’assurances DAMAN, une filiale créée en 2010, et quelques autres participations dans divers secteurs (hôtellerie, BTP, etc.).

Le 04/04/2016 Par notre correspondant à Nouakchott Cheikh Sidya

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