Mauritanie: l'APP, un parti dialoguiste, dénonce des manœuvres pour le 3e mandat

Messaoud Ould Boulkheir, leader de l’Alliance Populaire Progressiste (APP) et président du Conseil Economique et Social (CES).

Messaoud Ould Boulkheir, leader de l’Alliance Populaire Progressiste (APP) et président du Conseil Economique et Social (CES).. DR

Le 13/07/2017 à 17h44

La césure du troisième mandat progresse dans les rangs de l'opposition dialoguiste en Mauritanie, avec une déclaration de l'Alliance populaire progressiste (APP), dénonçant les manoeuvres des responsables gouvernementaux et du principal parti de la majorité.

La perspective d’un troisième mandat, contraire au principe de l’alternance et totalement prohibé par la constitution, provoque une véritable déchirure au sein de la classe politique mauritanienne, jusque dans les rangs de l’opposition dite modérée.

Le parti Sawab vient de quitter cette mouvance modérée pour aller grossir les rangs d’une vaste alliance opposée au projet de réformes constitutionnelles soumis à l’approbation des Mauritaniens par voie référendaire le 05 août prochain.

Nouvelle Illustration de cette tendance, avec une déclaration de l’Alliance populaire progressiste (APP), un parti de l’opposition historique fondé par le leader haratine Messaoud Ould Boulkheir, président du Conseil économique et social (CES) et ex-président de l’assemblée nationale, résolument rangé dans l’opposition dite dialoguiste depuis 2011.

Cette formation est représentée par 6 députés à l’Assemblée nationale. Elle dénonce «des insinuations, des déclarations et allégations de hauts responsables de l’Etat et des dirigeants du principal parti de la majorité, relayées par la presse gouvernementale, prenant la forme de manœuvres visant à préparer l’opinion à un retour au débat portant sur l’opportunité d’un troisième mandat du président de la République et provoquant ainsi le bloc du refus populaire contre toute atteinte à la constitution».

Pour Messaoud Ould Boulkheir et ses camarades «les auteurs de ces manœuvres sont les seuls responsables des effets périlleux pouvant découler de leurs agissements au cas où ils persévéreraient dans les provocations et dans la propagande visant à tromper et mépriser notre peuple, ainsi que ceux qui ont choisi de s’engager dans le dialogue inclusif avec le pouvoir et la majorité».

Les assises de ce dialogue, boycotté par l’essentiel de l’opposition, se sont déroulées du 29 septembre au 20 octobre 2016. Les conclusions du forum ont écarté de leurs résolutions les points relatifs à la révision de l’âge des candidats à l’élection présidentielle et à la limitation des mandats du président de la République «pour préserver le consensus».

Mais cette semaine, le Premier ministre mauritanien, Yahya Ould Hademine, en tournée à l’intérieur du pays, a exhorté les populations à exiger un troisième mandat en faveur du président Mohamed Ould Abdel Aziz «pour lui permettre de poursuivre la réalisation des projets entamés».

Une phrase qu’un observateur assimile «à une méconnaissance totale du principe de continuité de l’Etat. Car dans l’hypothèse où il y aurait des projets en cours, ils appartiendraient à la République et ne peuvent être assimilés à des propriétés familiales et personnelles. Cependant, si tel est le cas, que Mohamed Ould Abdel démonte tous les projets non achevés d'ici 2019 et qu’il les emporte avec lui. Un régime qui n’a pas achevé son œuvre après 11 ans de règne, est tout simplement incompétent», fait remarquer un analyste.

En Mauritanie, les dispositions relatives à la limitation des mandats présidentiels sont des clauses d’éternité gravées dans le marbre. Toutefois, les sorties des membres du gouvernement, et à leur tête le Premier ministre, montrent bien que la modification de la constitution ne peut désormais totalement être écartée par les partisans du 3e mandat.

Par Cheikh Sidya (Nouakchott, correspondance)
Le 13/07/2017 à 17h44