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Kenya: annulation du scrutin présidentiel, espoir pour l'indépendance de la justice

Publié le 02/09/2017 à 21h15 Par notre correspondant à Nouakchott Cheikh Sidya

#Politique
cour suprême kenya
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#Mauritanie : L'annulation des résultats du scrutin présidentiel du 08 août dernier au Kenya par la Cour suprême, suscite un nouvel espoir pour l'indépendance de la justice dans le cadre du traitement du contentieux électoral en Afrique. Cela pourrait atténuer les violences post électorales.

Statuant sur la base d’un recours de la coalition de l’opposition (NASA), la Cour suprême a annulé les résultats du scrutin présidentiel du 8 août dernier au Kenya, selon une annonce faite par celle-ci le vendredi.

Cette nouvelle, qui renvoie à un cas de figure inédit en Afrique, suscite de nombreuses réactions à travers un continent sur lequel l’indépendance du juge, soumis aux multiples pressions du pouvoir politique et de l’argent, apparait comme un principe sans répondant dans la pratique, une véritable Arlésienne.

Parmi les personnalités qui se sont exprimées sur le sujet, on note Mme Aminata Touré, dite Mimi, ex premier Ministre du Sénégal, qui a codirigé l’observation du scrutin présidentiel kényan du 8 août 2017, aux côtés de l’ancien Secrétaire d’Etat américain, John Kerry, pour le compte du Centre Carter, fondé par l’ancien président, Jimmy Carter.

Citée samedi par nos confrères du site «Dakaractu», Mme Touré commence par rendre hommage «à la sagesse» de Raila Odinga, candidat de l’opposition «qui a suivi la recommandation que nous lui avons prodiguée, à savoir saisir la justice de ses griefs plutôt que la rue. Il faut que les africains fassent confiance à leurs systèmes judiciaires et que ceux-ci soient à la hauteur des attentes des populations, c’est-à-dire que la justice décide sur la base du droit en toute impartialité».


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Mimi Touré poursuit ses propos en appelant «l’Etat du Kenya à respecter la décision de la cour suprême annulant les résultats validés par la Commission Electorale et à organiser un nouveau scrutin présidentiel, libre, démocratique et transparent».

L’histoire du contentieux dans les élections présidentielles en Afrique renvoie systématiquement  au rejet des recours introduits par les opposants. Le cas le plus récent dans cette catégorie est offert par le très contesté scrutin gabonais d’août 2016.

Plus grave, on a vécu le cas renversant du Conseil Constitutionnel ivoirien, qui entre décembre 2010 et mai 2011, a pris 2 décisions contradictoires au sujet d’un même scrutin présidentiel, véritable signe de l’absence de l’institutionnalisation de la règle de droit.

En effet, suite à un recours introduit par président sortant, Laurent Gbagbo, le magistrat Paul Yao N’Dre, a décidé d’annuler les résultats de nombreux bureaux de vote dont le total cumulé dépasse 600.000 voix. Une première décision dans ses prérogatives.

Mais au lieu d’ordonner la reprise du scrutin, conformément à l’article 59 de la loi électorale, il décide de proclamer la victoire du chef de l’Etat sortant, en violation flagrante des dispositions de celle-ci, se substituant ainsi au choix souverain du peuple et création un véritable imbroglio juridique. 

La suite apparait comme un véritable film d’horreur dont l’ultime séquence est l’arrestation du président Laurent Gbago, cueilli comme un rat dans le Palais de Cocody, un funeste 11 avril 2011.


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Exilé au Ghana pendant une courte période, le magistrat est revenu sur les bords de la lagune Ebrie pour les besoins de la cérémonie d’institution du nouveau président Alassane Ouatara, le 6 mai 2011.

Il expliqua sa décision précédente en ces termes «nous étions possédés par le diable, à l’image de tous les ivoiriens». Un discours qui appelle 100 commentaires.

Pour le  célèbre avocat sénégalais, maître Boucounta Diallo, acteur dans de nombreuses batailles politico judiciaires ayant marqué l’Afrique au cours 20 dernières «le magistrat, c’est d’abord l’homme». Ce qui suggère que celui-ci doit avoir le courage de conquérir son indépendance, en disant le droit dans le cadre du traitement du contentieux électoral. Peu importe la réaction de ceux qui exercent le pouvoir, car la suite du destin de la nation est du ressort du Tout Puissant.

                                
  
          
 
        
Le 02/09/2017 Par notre correspondant à Nouakchott Cheikh Sidya