Fermer

Mauritanie. Campagne des législatives: on pense au mouton et non à la politique

Mise à jour le 20/08/2018 à 13h37 Publié le 19/08/2018 à 16h57 Par notre correspondant à Nouakchott Cheikh Sidya

#Politique
Campagne électorale

#Mauritanie : Lancée vendredi, la campagne électorale pour les législatives, régionales et municipales du 1er septembre en Mauritanie, reste sans relief du fait de l'absence d'engouement du public. Un phénomène imputable aux préparatifs de la fête, et surtout à l'image de la classe politique.


La campagne pour les élections législatives, régionales et municipales prévues  le  1er septembre prochain  en Mauritanie,  a été officiellement lancée vendredi. Mais pour le moment,  elle ne mobilise pas les foules. Un constat expliqué par  diverses raisons.

La particularité de cette nouvelle bataille électorale réside dans l’implication de l’opposition dite radicale. Il s’agit du Rassemblement des forces démocratiques (RFD) et  du  Forum national pour la démocratie et l’Unité  (FNDU-vaste  regroupement  de partis politiques, organisations de la société civile, centrales syndicales et personnalités indépendantes), qui avaient boycotté les élections législatives et municipales de novembre/décembre 2013.

Signalons que le   RFD, le  FNDU et  le  Rassemblement National pour la Réforme et le Développement (RNRD/Tawassoul) uncourant islamiste qui avait refusé la politique de la chaise vide en 2013, sont des entités traditionnellement dotées d’une grande capacité  de mobilisation.


>>>LIRE AUSSI: Mauritanie: la campagne des législatives et des locales démarre

Cependant, vendredi dernier, la foule n’était pas  nombreuse à la cérémonie de lancement de la campagne électorale au niveau des états-majors politiques. A peine quelques centaines de responsables, cadres et militants avaient envahi le siège du RFD d’Ahmed ould Daddah,  situé à l’Ilot, près de la présidence. Le public était plus important chez les islamistes de Tawassoul regroupés en face de l’ancienne Maison Jeunes de Nouakchott, sans cependant  atteindre les niveaux habituels.

Constat identique dans les rangs de la majorité, notamment la grosse machine de l’Union Pour la République (UPR). Le parti présidentiel a donné le coup d’envoi de son show électoral au niveau de l’ancien aéroport de Nouakchott, en présence de  Mohamed ould Abdel Aziz. Mais là également, l’assistance  était visiblement  moins forte  que dans le passé.

Cette désaffection du public  était particulièrement frappante  au démarrage de la campagne de l’Alliance Populaire Progressiste (APP), de  Messaoud ould Boulkheir, ancien président de l’assemblée nationale. Ainsi, avec le franc-parler habituel qui le caractérise, le vieux leader  haratin a exprimé sa profonde déception face un  phénomène qui renvoie à l’érosion inexorable des rangs d’une formation de l’opposition historique «au discours devenu trop modérée ces dernières années», selon l’avis de nombreux observateurs.  


>>>LIRE AUSSI: Vidéo. Mauritanie: les islamistes à l'assaut de Nouakchott lors des législatives et les locales


Au-delà de l’épisode  du lancement de  campagne, le manque d’intérêt persiste les jours suivants. On voit tout juste quelques tentes vides àTevragh-Zeina, un peu au Ksar. Mais dans les grands quartiers populaires à l’image de la Sebkha (banlieue Sud/Ouest), c’est le désert.

Explication par plusieurs facteurs


Face à un tel constat, les Mauritaniens avancent quelques explications parmi lesquelles l’approche de la fête de Tabaski - Eid El Kebir- qui préoccupe le grand public, dans un contexte de crise et de relative crise économique.
Mais pour de nombreux  analystes, le mal est bien plus profond, dans un environnement ou la politique est devenue un moyen d’ascension sociale, avec une caste de courtiers tenant un otage tout un  pays.

Moussa ould Hamed, ancien DG de l’agence gouvernementale d’information,  intègre «les préoccupations matérielles liées à l’approche de la fête». Il ajoute cependant que «la véritable question de fond est liée au discrédit d’une classe politique qui ne fait plus rêver des citoyens désabusés par des promesses qui n’engagent que ceux qui écoutent les discours pendant la campagne électorale».

Un haut  cadre, préférant rester dans l’anonymat, enfonce le clou «je n’ai même pas pris la peine de m’inscrire sur les listes électorales. Vous pouvez voter pour qui vous voulez, mais dans un cadre dépourvu de transparence, ils proclameront toujours la victoire des alliés du pouvoir». Cependant, pour  Mohamed O. H, militant de l’UPR, «la campagne devrait prendre son rythme de croisière après la fête». En attendant, elle reste sans relief, insipide et incolore.  

Le 19/08/2018 Par notre correspondant à Nouakchott Cheikh Sidya