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Mauritanie: interpellation de 2 individus réclamant l'exécution du blogueur Mohamed ould MKhaitir

Mise à jour le 22/08/2018 à 18h16 Publié le 22/08/2018 à 15h01 Par notre correspondant à Nouakchott Cheikh Sidya

#Politique
ould Mkheitir
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#Mauritanie : La sécurité mauritanienne a interpellé mardi 21 août, lors de la prière de l'Aïd el-Kébir, 2 individus réclamant l'exécution du blogueur Ould MKheitir. Ce dernier a été condamné à mort pour apostasie, avant que la Cour suprême ne casse la sentence entrainant le mécontentement de certains islamistes.

La sécurité mauritanienne a arrêté ce mardi, deux individus, dont l’un âgé d’une soixantaine d’années et l’autre d’environ 40 ans, lors de la prière de l'Aïd el-Kébir, rapportent des sources concordantes. Ces hommes s’étaient spontanément levés pour exiger l’exécution du blogueur Mohamed ould MKheitir.

Ce spectacle a eu pour théâtre la grande mosquée de Nouakchott, à l’occasion de la prière de l’Aïd El Kebir (appelée Tabaski en Afrique de l’Ouest), en présence du président mauritanien, Mohamed ould Abdel Aziz, arrivé sur les lieux quelques minutes plus tôt.

Le  blogueur, dont la mise à mort est réclamée par certains islamistes, avait été condamné à la peine capitale pour «apostasie» par une décision de la cour criminelle de Nouadhibou (Nord), rendue en décembre 2014.


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Cette décision de justice réprimait un écrit à travers lequel Mohamed ould MKheitir dénonçait «la marginalisation» de la caste des forgerons au sein de la société mauritanienne, en établissant une comparaison avec la société arabe à l’époque du Prophète (PSL).

L’arrêt de la cour criminelle de Nouadhibou a été confirmé en appel, en dépit d’une disqualification des faits en «mécréance».

La cour suprême de Mauritanie a par la suite cassé la décision prononcée en première instance, ne retenant en définitive qu’une peine correctionnelle de 2 ans (peine déjà purgée en détention préventive), dans un arrêt rendu en novembre 2017. Mais le blogueur n’a pas retrouvé la liberté à la faveur de cette ultime décision.

Une situation face à laquelle l'avocate de Mohamed ould MKheitir, maître Fatimata MBaye, déclarait: «Je ne sais pas où se trouve mon client. Il a disparu et je suis incapable de dire s’il a été libéré, ou reste maintenu en détention hors des formes prévues par la loi».


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Profitant des assises de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP), organisées à Nouakchott fin avril/début mai 2018, Rassoul ould Khaal, Commissaire adjoint aux droits de l’homme en Mauritanie, annonçait que le blogueur  Mohamed ould MKheitir «est placé en détention administrative à la suite d’un recours du parquet général».

Mais du côté de la défense et des ONG des droits humains, on insiste «sur le caractère illégal d’une mesure qui n’est pas prévue par les dispositions du Code de procédure pénale (CPP)».

A noter que depuis 2013, des milieux proches de la mouvance islamiste organisent régulièrement des manifestations de rue pour exiger l’exécution de Mohamed ould MKheitir, dont les parents ont obtenu l’asile politique en France.

Sous la poussée de la rue, les autorités mauritaniennes ont adopté une législation pénale plus répressive qui maintient la peine capitale même dans les cas de repentir des individus reconnus coupables d’apostasie.

Ainsi, les autorités de Nouakchott se retrouvent entre le marteau de la mouvance islamiste radicale et l’enclume des organisations nationales et internationales de défense des droits humains. 


Le 22/08/2018 Par notre correspondant à Nouakchott Cheikh Sidya