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Mauritanie: Abdel Aziz aurait-il proposé de vendre une île à l'ancien émir du Qatar?

Mise à jour le 14/07/2020 à 14h00 Publié le 13/07/2020 à 17h49 Par notre correspondant à Nouakchott Cheikh Sidya

#Politique
Abdelaziz et l'émir du Qatar

L'ex-président mauritanien Mohamed ould Abdel Aziz et l’ancien émir du Qatar Hamed Ben Khalifa Al Thani.

© Copyright : DR

#Mauritanie : L'ex-président a-t-il tenté de vendre un îlot mauritanien à l'ancien émir du Qatar? Cette rumeur, qui avait défrayé la chronique, refait surface avec l'annonce de la démission de l'ambassadeur de la Mauritanie au Royaume-Uni et ancien chef de la diplomatie, du fait de cette accusation.

Les êtres humains, comme les civilisations, peuvent connaître «grandeur et décadence». Un constat parfaitement illustratif de la situation actuelle de l’ancien président mauritanien, Mohamed ould Abdel Aziz, ex-homme fort du pays il y a moins d’une année. Il est aujourd’hui «traîné dans la boue» pour des affaires à la fois multiples et complexes de concussion et détournement présumés, sur lesquelles une Commission d’enquête parlementaire (CEP) mène des investigations depuis plusieurs mois.

Accusation encore plus infamante, au-delà de l’histoire de plusieurs dizaines de marchés de gré à gré et d'une gouvernance à l’origine d’énormes difficultés ayant causé la faillite de certaines entreprises publiques, l’ancien président est aussi soupçonné d’avoir proposé de céder à Hamed Ben Khalifa Al Thani, ancien émir du Qatar, une île située à une centaine de kilomètres au nord de Nouakchott.

A signaler que 3 anciens premiers ministres, plusieurs ex-ministres et hommes d’affaires proches de Mohamed ould Abdel Aziz ont été entendus par la commission parlementaire, parfois à 2 ou 3 reprises, pour certains.


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Suite à ces accusations portant sur un projet de cession d’une parcelle du territoire national à un pays étranger, Isselkou ould Ahmed Izidbih, ambassadeur de Mauritanie à Londres, muté récemment à Rome, qui fût ministre des Affaires étrangères pendant plusieurs années sous le régime de Mohamed ould Abdel Aziz, entendu par les députés il y a quelques semaines, et dont le nom a été cité dans cette histoire, a annoncé sa démission.

Une nouvelle divulguée sur sa page Facebook et relayée par la presse locale. «Décision liée aux accusations portées contre ma personne dans l’affaire d’une proposition de cession d’une île du territoire national. Je suis passé devant la Commission d’enquête parlementaire (CEP) dans l’objectif de laver mon honneur. Je n’ai jamais rien eu à me reprocher dans ma carrière de haut fonctionnaire, mais les membres de la commission ont tenté de salir ma réputation», s’indigne l’ambassadeur démissionnaire.


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Les investigations de cette Commission d’enquête parlementaire (CEP) plongent la Mauritanie dans un climat politique de plus en plus électrique. Convoqué jeudi dernier par les députés, Mohamed ould Abdel Aziz ne s’est pas présenté.

Parallèlement à cela, la Commission de l'intérieur, de la justice et de la défense a suspendu la procédure de mise en place d’une Haute Cour de justice (HCJ), juridiction prévue par les articles 92 et 93 de la Constitution mauritanienne du 20 juillet 1991.

Cette juridiction est la seule compétente pour juger le président de la République (en cas de haute trahison) et les membres du gouvernement (pour des infractions commises dans l’exercice de leurs fonctions).


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Les parlementaires justifient ce renvoi par «des raisons techniques, liées au temps nécessaire à l’accomplissement de toutes les formalités indispensables à l’élaboration d’une loi organique, avant la fin de la présente session».

Cette décision est rejetée par une partie de l’opposition, qui soupçonne une pression de l’Exécutif sur les députés.

Mohamed ould Abdel Aziz est arrivé au pouvoir le 6 août 2008 à la faveur d’un coup d’Etat. Il a été élu président de la République en juillet 2009 et réélu pour un deuxième mandat en juin 2014. Il a cédé le pouvoir à Mohamed Cheikh ould Ghazouani, général à la retraite comme lui, et ami de 40 ans, le 1er août 2019.
Le 13/07/2020 Par notre correspondant à Nouakchott Cheikh Sidya