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Sénégal: la SDE et la Senelec grugent la Caisse de dépôt et de consignation

Publié le 07/07/2016 à 11h19 Par Mar Bassin N'diaye

#Economie
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#Sénégal : La Sénégalaise des eaux (SDE) et la Société nationale d'électricité du Sénégal (Senelec) ne versent pas à la Caisse de dépôts et de consignation les 27,3 milliards de cautions collectées auprès de la clientèle. Résultat: 24 milliards de Fcfa d'intérêts cumulés non payés depuis 2007.

Voilà un autre scandale. D'après le rapport de la Cour des comptes, les deux sociétés qui ont respectivement le monopole de la distribution de l'eau et de l'électricité, la SDE et la Senelec ne  paient pas ce qu'elles doivent à la Caisse de dépôts et de consignation (CDC). Il ne s'agit pas de redevances fiscales, mais de manque à gagner à cause des dépôts que les deux sociétés doivent faire auprès de la CDC, mais qu'elles ne font pas.

Il y a notamment 4,86 milliards de Fcfa que devait remettre la SDE, correspondant aux dépôts de garantie des usagers. Du côté de la Senelec, ce sont 22,44 milliards de Fcfa que la société doit déposer auprès de la CDC.

Fonds souverains

En effet, cette caution exigée à chaque branchement n'appartient ni à la SDE ni à la Senelec. Elle doit être restituée à l'abonné à la fin du contrat. La loi a prévu de la confier à un organisme public habilité à en assurer la gestion, à savoir la Caisse de dépôt et de consignation qui avait été créée par le régime d'Abdoulaye Wade.

Ce n'est pas anodin, puisque la CDC est appelée à devenir le bras financier de l'Etat. Les énormes sommes qui lui sont confiées par les caisses de retraites, les agences de voyages, la sécurité sociale, les distributeurs d'eau et d'électricité ou encore les notaires, sont destinées à être investies dans des participations, constituant ainsi le portefeuille de l'Etat du Sénégal.

Intérêts au taux de 6,5%

Quoi qu'il en soit, le fait que ces sociétés n'aient pas réalisé les dépôts auxquels elles sont tenues est un manquement grave qui n'a pas échappé à la Cour des comptes. D'autant que l'une d'entre elles est à capitaux privés, à savoir la SDE. La Cour des comptes a demandé aux dirigeants desdites entreprises de procéder à la régularisation de la situation au plus vite.

Il faut rappeler qu'une convention tripartite avait été signée entre la SDE, la Senelec et la CDC en 2008. Les parties concernées avaient considéré que les sommes non déposées étaient assimilables à un prêt de la part de la CDC au taux de 6,5%. Par un simple calcul, les 22,44 milliards de Fcfa non déposés par  la Senelec et les 4,86 milliards de Fcfa de la SDE devaient rapporter respectivement 1,5 milliard et 316 millions de Fcfa.

Un cumul de 24 milliards de Fcfa

Or les financiers savent que ces mêmes intérêts donnent lieu eux-mêmes à d'autres intérêts. Surtout que n'importe quel prêt au taux de 7% seulement, s'il n'est pas remboursé, double au bout de 10 ans.

Par conséquent, de 2007 à 2016, uniquement sur la base des cautions enregistrées avant 2007 et du taux d'intérêt de 6,5% ces deux sociétés doivent payer quelque 88% du montant initial comme intérêt, sans compter les majorations que la CDC est en droit d'exiger.

Aujourd'hui donc la Senelec et la SDE doivent quelque 51,24 milliards de Fcfa à la CDC, dont 27,3 au titre des dépôts non réalisés et 23,95 milliards de Fcfa au titre des intérêts cumulés.

Par ailleurs, la Cour des comptes a demandé qu'un échéancier soit établi pour le remboursement des sommes dues par ces deux entreprises, comme cela est censé être la règle dans tout prêt. Pour rappel, l'actionnaire majoritaire de la SDE n'est autre que le Français Bouygues à travers sa filiale Finagestion. Alors que la Senelec est redevenue une société publique depuis 2000.

Le 07/07/2016 Par Mar Bassin N'diaye