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Sénégal. Pomme de terre: les producteurs locaux réduits en purée par le nouvel arrivant indien

Mise à jour le 01/04/2018 à 11h45 Publié le 01/04/2018 à 11h45 Par De notre correspondant à Dakar Moustapha Cissé

#Economie
Pomme de terre

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#Sénégal : Les producteurs maraîchers de Kayar ont du mal à écouler leur récolte de pommes de terre de cette année. Non contente d’accaparer des terres fertiles de Mbane, la société Sen India leur impose une baisse des prix pour s’emparer du marché local.

Les producteurs maraîchers de la zone des «Niayes» fustigent le «favoritisme» de l’Etat au bénéfice de la société Sen India qui exercerait «une concurrence  déloyale» sur la commercialisation de la pomme de terre. Le week-end dernier, Mbaye Ndoye, leur porte-parole, a dénoncé face à la presse la main mise de cette société contrôlée par des investisseurs indiens qui chercherait à les priver de leur seule source de revenus.

«Les producteurs horticoles de la zone de Niayes sont victimes de la concurrence déloyale et malsaine des producteurs indiens qui, en plus d'avoir accaparé des terres fertiles de Mbane et transformé les populations en main-d’œuvre corvéable et malléable à souhait, se sont jetés à l’assaut du marché local qu’ils ont inondé avec leur production de 6.000 tonnes de pommes de terre. Et malheureusement, l’Etat, au lieu de soutenir les producteurs locaux, sert de complice à la société étrangère Sen India», a regretté Mbaye Ndoye.


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Selon lui, il revient à l’Etat du Sénégal de réparer cette injustice car, dit-il, «le rôle de Sen India devrait être de combler le gap de production». Donc, «l’Etat doit exiger de cette société étrangère qu'elle retire le surplus de production qu’elle vend à un prix que les producteurs locaux ne peuvent pas appliquer».

Arbitrage du président Macky Sall


L’Association des producteurs maraîchers de Kayar (AMPK), à travers son président Ndiaga Fall, fustige le fait que «les autorités de l’Agence de régulation de marchés (ARM) n’honorent pas leurs engagements par rapport aux producteurs locaux». Selon lui, ce qui se passe actuellement dans la filière horticole est contraire à ce qui était convenu. En effet, précise-t-il, «les producteurs locaux étaient d’accord avec ces mêmes autorités, pour laisser les Indiens écouler leur production jusqu’en février puis prendre ensuite le relais». Mais leur surprise a été grande, dit-il, de remarquer que «les Indiens continuent d’écouler leur surproduction de pommes de terre sur le marché local». L’objectif des Indiens est ainsi très clair. «Ils veulent nous éliminer du marché» et ce serait «inacceptable» dit-il.

C’est le président Macky Sall qui nous a poussés à adhérer à son Plan Sénégal Emergent à travers l’agriculture. Et nous avons consenti beaucoup de sacrifices dans ce sens. Aujourd’hui, nous pouvons fournir 30% de la demande nationale en pommes de terre», a-t-il indiqué.

Risque de banqueroute


Le porte-parole des producteurs maraîchers de Kayar a rebondi sur ces déclarations de Ndiaga Fall. «Pour concrétiser cette vision, les producteurs de Kayar qui avaient reçu 30 containers de 25 tonnes de semence pour la saison maraîchère 2016-2017, en ont réceptionné 50 de la même contenance pour la campagne 2017-2018. Ceci nous a permis de produire 1.250 tonnes de pommes de terre qui, vendues à 200 francs CFA le kilo, permettra un chiffre d’affaires de 2, 5 milliards de francs CFA (3,7 millions d’euros) », a précisé Mbaye Ndoye.

Les producteurs locaux demandent à cet effet que l’Etat du Sénégal les «protège», car il leur faudra dans un proche avenir, rembourser les dettes contractées auprès des banques. Et en cas de mévente de la production, «comment pourrons-nous payer ces dettes et aussi entretenir nos familles?», a-t-il demandé.
Le 01/04/2018 Par De notre correspondant à Dakar Moustapha Cissé

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