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Sénégal: la Banque Mondiale dénonce la concurrence déloyale qu’exerce l’Etat sur le secteur privé

Mise à jour le 05/09/2019 à 12h14 Publié le 05/09/2019 à 12h08 Par De notre correspondant à Dakar Moustapha Cissé

#Economie
David R. Malpass

David R. Malpass, nouveau président de la Banque mondiale.

© Copyright : DR

#Sénégal : La Banque Mondiale a publié, le 2 septembre dernier, un rapport sur l’environnement des affaires au Sénégal. Dans cette étude, l’Institution critique l’Etat qui, par des contrôles de prix extensifs et des contraintes structurelles, exerce une «concurrence déloyale» sur le secteur privé sénégalais.

Les plaintes et complaintes des dirigeants du secteur privé contre l’Etat, qui les écarte des gros marchés au profit de multinationales aux capitaux étrangers, et qui exerce une concurrence qu'ils jugent déloyale à leur encontre, sont légion.

De fait, aucun effort n'a jusqu’ici été fait pour impliquer davantage les opérateurs sénégalais dans la réalisation de certains projets publics.

Après ces critiques formulées par les opérateurs sénégalais, la Banque Mondiale vient de leur emboîter le pas, et les conforte dans une étude portant sur les marchés nationaux, publiée le mardi 2 septembre dernier.

L'institution de Bretton Woods y épingle l’Etat du Sénégal qui, selon elle, est le responsable d’une concurrence déloyale envers les entreprises privés sénégalaises.

En effet, la forte présence des entreprises publiques dans des secteurs comme la production d’engrais, la transformation de l’arachide, ajoutée à une réglementation restrictive, annihile les efforts du secteur privé dans sa tentative de se développer.


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Il est regrettable, en outre, selon ce rapport, de la mainmise des entreprises à capitaux publics dans l'économie nationale, où, sur 13 secteurs d'activité, une entreprise étatique y est à chaque fois présente. 

De plus, juge la Banque Mondiale, en dépit de résultats prometteurs, l’agriculture progresse de manière très lente. Pourtant, la croissance du secteur agricole, gage de l'autosuffisance du pays, pourrait s’accélérer si l’Etat y associait et appuyait le privé national.

«Il peut s’avérer utile de reconsidérer l’implication directe de l’État à travers les sociétés nationales sur plusieurs marchés sénégalais. La transformation de l’arachide ou la production d’engrais, par exemple, font intervenir des acteurs du secteur privé et sont traditionnellement des activités économiques qui peuvent être mieux conduites par le secteur privé que par les sociétés nationales. La neutralité concurrentielle sur ces marchés est donc cruciale pour ces chaînes de valeur», souligne la Banque Mondiale dans cette étude. 

Moins de contraintes pour le privé national

En exerçant, pour diverses raisons, un contrôle excessif sur l’économie par la réglementation des prix au consommateur finaux, l’administration des prix peut décourager le privé à investir.


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Par exemple, souligne cette étude, «au Sénégal, l’Etat réglemente les prix d’au moins 15 biens et services, notamment le riz et le pain, d’autres produits alimentaires comme l’huile de soja, le sucre et la farine de blé, les intrants agricoles comme les engrais, les semences et les machines, l’électricité, le gaz (où les secteurs présentent des caractéristiques de monopole naturel) et une variété d’autres produits, y compris le fret, les carburants et les produits pharmaceutiques».

Il faut en outre noter qu'au Sénégal, la sélection des produits, l’établissement et l’évaluation de leurs prix est toujours faite de manière opaque.

En effet, ces prix sont fixés par une commission composée de représentants de différents ministères, de producteurs, d’associations du secteur privé et d’associations de consommateurs.


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Il est donc paradoxal, selon la Banque Mondiale, que des commissions régionales relevant du ministère du Commerce soient chargées de surveiller ces prix. «Par exemple, dans le transport de fret, l’Etat fournit et surveille les fourchettes de prix et fixe des plafonds de prix de détail pour l’essence et le mazout. A moyen terme, des contrôles de prix extensifs peuvent conduire à des inefficacités et décourager l’augmentation de la productivité ou affecter la qualité des produits fournis», poursuit la Banque Mondiale.

L'institution suggère ainsi à l’Etat d’adopter une meilleure politique concurrentielle pour renforcer la lutte contre ces comportements, anticoncurrentiels, justement. 

L’institution financière internationale recommande enfin à l’Etat du Sénégal d’éliminer les contraintes qu'elle a fixées pour brider la concurrence, afin de dynamiser la croissance. Et donc pour réduire la pauvreté. 
Le 05/09/2019 Par De notre correspondant à Dakar Moustapha Cissé

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