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La succession d’un député vire à la querelle entre pouvoir et opposition

Publié le 28/04/2016 à 13h48 Par notre correspondant à Dakar Ibrahima Diallo

#Politique
Assemblée nationale du Sénégal
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#Sénégal : La succession d’Ousmane Ngom, député du Parti démocratique sénégalais (PDS, opposition) démissionnaire, divise la classe politique sénégalaise et les spécialistes du droit. Cette querelle intervient dans un environnement politique tendu entre le pouvoir et le principal parti de l’opposition.

Le choix porté sur Aliou Sow, par le bureau de l’Assemblée nationale, pour remplacer le député Ousmane Ngom, démissionnaire du PDS, est vertement contesté par la formation politique qu’il est censé représenter à l’hémicycle. Dans un communiqué, le Comité directeur du PDS rejette ce choix, dénonçant des «tentatives et manœuvres» (du pouvoir) pour imposer Aliou Sow «qui a démissionné» du PDS.

Il faut rappeler qu’au lendemain de la défaite d’Abdoulaye Wade à la présidentielle de 2012, Aliou Sow, son ancien ministre, avait pris ses distances avec le PDS en fondant le Mouvement des patriotes pour le développement (MPD/Liggeey).

Pour le Comité directeur du PDS, c’est donc Mamadou Lamine Keïta, maire de Bignona, qui, dans ce cas, doit occuper le poste vacant. Seulement, Aliou Sow, qui était le deuxième suppléant d’Ousmane Ngom, est bien décidé à occuper le poste laissé vacant par ce dernier, conforté en cela par le bureau de l’Assemblée nationale dominée par la coalition au pouvoir.

«C’est l’Assemblée nationale, compétente en la matière, qui a décidé de m’installer officiellement lors de sa prochaine plénière. Je m’y rendrai, je me ferai installer officiellement et je m’adresserai à l’opinion publique», a déclaré Aliou Sow .

La question divise aussi les juristes. Ainsi, d’après Me Abdoulaye Babou, ancien président de la commission des lois de l’Assemblée nationale et membre du PDS, son parti a «tort» de dire que le problème de la succession d’Ousmane Ngom devait être réglé au niveau des instances du PDS. «Seul le règlement intérieur de l’Assemblée nationale est habilité à statuer sur le cas d’un député», défend-t-il.

Ce à quoi lui répond Ndiogou Sarr, docteur en droit. Selon lui, la même loi qui prévoit que le député démissionnaire soit remplacé par son suppléant, ajoute que «si un député démissionne de son parti, il perd le mandat, car on estime qu’il l’a obtenu par le biais d’une liste ou d’un parti».

Pour Me Babou, ce cas de figure ne s’applique pas à Aliou Sow «parce qu’il n’est pas encore installé» par le bureau de l’Assemblée nationale et que sa démission du PDS a été faite «hors de l’Assemblée» qui, du coup, ne va pas en tenir compte…

Il faut toutefois préciser que le suppléant direct d’Ousmane Ngom était Mamour Cissé, leader d’une formation alliée au PDS durant les dernières législatives. Mais ce dernier a décliné le poste disant que son compagnonnage avec le PDS s’était arrêté après la perte du pouvoir de ce dernier.

Enfin, cette nouvelle bataille à l’hémicycle n’est que le prolongement du bras de fer entre la majorité et l’opposition, entamé lors du dernier renouvellement du bureau de l’Assemblée. Celui-ci avait, en effet, validé le choix de Modou Diagne Fada, un «frondeur» du PDS, en lieu et place d’Aïda Mbodj, qui avait été désignée par les instances du parti, comme président du groupe parlementaire de l’opposition.

Cette querelle intervient alors que la destitution d’Aïda Mbodj de son poste de présidente du Conseil départemental de Bambey, pour cumul de mandats, continue à susciter des tensions entre le pouvoir et le principal parti d’opposition sénégalais, le PDS.

Le 28/04/2016 Par notre correspondant à Dakar Ibrahima Diallo