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Sénégal. Procès Khalifa Sall: le maire de Dakar dénonce une cabale politico-judiciaire

Mise à jour le 08/02/2018 à 17h49 Publié le 08/02/2018 à 10h00 Par Malick Maram Ndiaye et Moustapha Cissé

#Politique
Khalifa Sall, maire de Dakar

Khalifa Sall, le député-maire de Dakar.

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#Sénégal : Khalifa Sall dénonce une cabale politico-judiciaire qui vise à invalider sa candidature à la présidentielle de 2019. La partie civile parle de détournement de deniers publics.

Depuis sa création, la caisse d’avance a été gérée de la même manière par tous les maires qui se sont succédé à la tête de la ville de Dakar.  Pourquoi Khalifa Sall est-il le seul à être inquiété?

La caisse d’avance de la mairie de Dakar occupe tous les débats du procès de Khalifa Sall. A la barre, ce mardi 6 février, Khalifa Sall a parlé de «fonds politiques» et non de «caisse d’avance». Selon lui, «cela fait 81 ans que les fonds politiques existent au niveau de la ville de Dakar. Et il y avait une vieille conception mise en place par les colons en ce qui concerne la gestion de la ville de Dakar. Ces fonds servaient d’abord à gérer les indigènes, les coutumiers, les politiques africaines puis à les concevoir et à les poursuivre».

Ce qui est communément appelé «caisse d’avance» de la mairie de Dakar a été gérée de la même manière par tous les maires qui se sont succédé à la tête la ville. Les défenseurs de Khalifa Sall citent à cet effet «une lettre adressée par Mamadou Diop, maire de Dakar de 1984 à 2002, au tribunal correctionnel de Dakar».

Et Khalifa Sall de poursuivre: «Les maires ont agi sur ces bases afin de tenir un certain leadership pour la ville de Dakar. Après la réforme de 1983, quand le maire est devenu un ordonnateur, il y avait une tutelle. L’argent était mis à la disposition du maire, et ce dernier devait rendre compte à l’autorité politique. C’est à partir de 1996 que la tutelle et l’autorité judiciaire étatique ont été mises à l’écart. Il n’y avait plus de tutelle ni de contrôle». «Le maire était responsable devant son conseil municipal. Ce qui lui donnait le pouvoir de recevoir directement l’argent des fonds par un mécanisme administratif et financier mis en place par le percepteur», a-t-il poursuivi.

Ces propos vont dans le sens des déclarations de Mbaye Touré, directeur administratif et financier de la mairie de Dakar, un des coaccusés du maire de Dakar. Selon ce dernier, «le rapport de l’IGE de 1997 de l’inspecteur, Samba Diallo, avait fustigé le fonctionnement de la caisse mais cela n’avait pas entraîné l’arrêt de l’utilisation de celle-ci. L’inspecteur est allé voir le ministre de la Décentralisation auprès de qui les justifications étaient faites et il avait conclu en disant que cette caisse n’entrait pas dans le budget de fonctionnement de la ville. A l’époque de Mamadou Diop en 1995, le maire utilisait ces sommes et c’est le ministre qui approuvait. On n’a jamais vu un maire justifier de la façon dont il dépensait l'argent. Les factures ne sont que le mécanisme de décaissement des fonds politiques, et ces fonds sont votés par le conseil municipal».

Appelé à la barre, Yaya Bodian, comptable à la mairie, confirme les dires de Mbaye Touré. «C’est Abdoulaye Diop, ancien percepteur de Dakar, qui a mis en place ce mécanisme comptable, il n’a jamais demandé l’arrêt de ce mécanisme quand il était ministre». Rappelons qu’Abdoulaye Diop est ancien ministre de l’Economie, des finances et du plan. Il a fait partie de tous les gouvernements de l’ancien président Abdoulaye Wade de 2000 à 2012. Lui aussi était cité comme témoin par la défense, mais le tribunal correctionnel l’a rejeté.

Toujours selon le député-maire de Dakar, ces fonds étaient destinés à soutenir les populations de la ville. Les sollicitations venaient de tous bords. La ville de Dakar dote les administrations en personnel, en carburant, en soutien financier. Nous avons reçu les sollicitations des autorités coutumières, des autorités religieuses, des populations elles-mêmes. Nous avons été confrontés à des sollicitations des personnes pour des questions de vie. Nous sommes sollicités par l’Etat pour beaucoup de manifestations quand il s’agit d’une visite d’un chef d’Etat, la fête nationale du 4 avril et cérémonies et bien d’autres choses. Des sollicitations des leaders, des autorités quand la ville de Dakar veut mener une mission de sécurisation. Il arrivait même des sollicitations pour des cérémonies religieuses. Ces fonds servaient à cela ».

Khalifa Sall soutient également que les présidents de la République du Sénégal qui ont précédé Macky Sall étaient au courant de l'existence de cette caisse, mais ne se sont jamais impliqués dans son fonctionnement. Mais dés son accession à la magistrature suprême, Macky Sall a brossé le sujet avec lui. «En 2012, c’est monsieur Macky Sall qui a abordé la question avec moi», a-t-il révélé. Le maire de Dakar est convaincu que le régime de Macky Sall est en train de tout faire pour l’empêcher de se présenter à la prochaine présidentielle, prévue en 2019. «Si en 2012, ou durant mon incarcération, j’avais accepté l’offre politique que l’on m’a faite, je ne serais pas ici aujourd’hui», a-t-il soutenu.
Le 08/02/2018 Par Malick Maram Ndiaye et Moustapha Cissé