Fermer

Sénégal: pourquoi Cheikh Sakho est réellement poursuivi pour insulte à la religion

Mise à jour le 18/10/2016 à 11h33 Publié le 18/10/2016 à 10h32 Par Mar Bassine

#Société
Cheikh Mbacké Sakho insulte à la religion, procès ajourné
© Copyright : DR

#Sénégal : ​Le procès de Cheikh Mbacké Sakho, poursuivi pour "insulte à la religion", a été une nouvelle fois ajourné lundi, cette fois "pour des raisons de sécurité", après des menaces physiques proférées contre lui au tribunal.


Cheikh Mbacké Sakho, 43 ans, poursuivi pour "injures" contre la religion, sera finalement jugé mercredi 19 octobre", selon Sylvie Kouédou Sarr, présidente du tribunal qui siégeait au palais de justice de Dakar. Ce renvoi s'expliquerait pour des raisons de sécurité, selon Me Serigne Diongue, avocat des parties civiles. Des fidèles Mourides présents dans la salle s'en seraient pris au prévenu qui n'est pas revenu dans la salle après la suspension de la séance. 

Le procès, qui s'est ouvert le 11 octobre, avait été une première fois renvoyé, une association religieuse s'étant constituée partie civile, après les poursuites initiales engagées par le parquet.

Cheikh Sakho avait accusé les fidèles mourides de ne pas suivre la voie tracée par Cheikh Ahmadou Bamba, le guide ayant fondé la confrérie vers 1885. Cheikh Ahmadou Bamba avait en effet affirmé dans ses écrits que contrairement aux autres guides avant lui, il n'avait pas fondé de tarikha et qu'il suivait scrupuleusement la voix tracée par le prophète Mouhammad.

Se fondant, sur cette affirmation, Cheikh Sakho, dont le grand-père est lui-même un disciple de Cheikh Ahmadou Bamba, avait tenu des propos très critiques envers la structure actuelle du mouridisme. En effet, à la disparition de Cheikh Ahmadou Bamba, un système de khalifa a été instauré où c'est le descendant de Khadimou Rassoul, le plus âgé, qui est à la tête des Mourides qui sont au nombre de 4 à 5 millions actuellement. 

Sans prendre de pincettes, il a lancé une critique acerbe contre l'ensemble des marabouts. Dans une de ses videos, il a nommément cité Cheikh Saliou Mbacké, fils de Serigne Touba, considéré par la quasi totalité du pays comme une référence dans le domaine religieux. Car, l'homme de Dieu a vécu comme un véritable ascète, selon tous les témoignages, se détournant totalement de la chose matérielle. L'une de ses citations est restée célèbre: "tout ce qui ne concerne pas la religion, je ne m'en mêlerait jamais, ni en bien ni en mal". 

C'est pourquoi, la critique adressé à Serigne Saliou par Ceikh Sakho lui a valu d'être poursuivi après l'indignation de la société sénégalaise. Il paraît que le président Macky Sall auait lui-même donné ses insctructions pour que le procureur se charge du dossier. 


De plus, Cheikh Ahmadou Bamba qui a été persécuté par les Français pendant 32 ans de sa vie, entre d'une part des exils au Gabon et en Mauritanie et d'autre part, une résidence surveillée de 19 ans à Diourbel, est consiédéré comme une figure de la résistance pacifique africaine et sénégalaise. S'en prendre à la voie qu'il a tracée choque les Sénégalais, au-delà du religieux

Enfin, il faut rappeler que le Sénégal, réputé pour sa tolérance religieuse, est peuplé à plus de 95 % de musulmans appartenant pour la plupart à diverses confréries, très influentes dans la vie sociale. En janvier 2016, une caricature publiée par Jeune Afrique sur le personnage de Cheikh Bamba avait suscité une vague de protestations dans ce pays, poussant l'hebdomadaire français à supprimer de son site internet le dessin et le texte qu'il illustrait. Et là également, Macky Sall s'est senti obligé d'intervenir pour mettre en garde contre toute insulte à la religion. 
Le 18/10/2016 Par Mar Bassine