C’est une véritable levée de bouclier des hommes en robe noire contre la commission de lutte contre la délinquance économique, financière et fiscale (Coldeff) et la Direction générale de la sécurité extérieure (Dgse).
En trois mois de fonction, la Coldeff a recouvré plus de 15 milliards de francs cfa. Et pour faire davantage, son président, le colonel Abdoul Wahid Djibo, a annoncé que son institution est à pied d’œuvre pour poursuivre son action et présenter à la justice les dossiers encore «pendants».
Sauf que la manière de procéder de cette commission irrite au plus haut point magistrats et avocats. Le Barreau dit avoir constaté «avec une vive inquiétude» la convocation des citoyens «dans les locaux de la Commission de Lutte contre la Délinquance Économique, Financière et Fiscale (CoLDEEF) où ils subissent des interrogatoires hors la présence de leurs avocats qu’ils ont pourtant régulièrement constitués». Ce qui, selon le barreau, constitue «une grave violation de leurs droits notamment le droit à la défense».
«Aussi importante que puisse paraître les missions de la Coldeff et de la Dgse dans ce contexte particulier, elles perdraient toute légitimité si elles ne respectent pas la légalité et les acquis fondamentaux d’un état de droit seul gage de la confiance en l’état», déclare Me Oumarou Sanda Kadri, membre du barreau du Niger, cité par la presse.
«Nous avons estimé nécessaire d’attirer l’attention des pouvoirs publics. Nous ne sommes pas contre toute investigation qui va permettre que l’État puisse recouvrer les sommes détournées, mais nous disons que les citoyens ont également le droit à l’assistance de leur avocat», rappelle-t-il.
Lire aussi : La Banque mondiale déterminée à lever tous les obstacles à une reprise de sa coopération avec le Niger
Yahaya Doubou, secrétaire général du Syndicat national des magistrats du Niger (Saman) explique de son côté: «Nous mettons en garde le Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie du risque d’une crise institutionnelle sans précédent que fait planer ce projet à desseins inavoués visant le pouvoir judiciaire à un moment où nos concitoyens ont soif de justice».
Yahaya Doubou demande à ses pairs de se retirer de cette commission: «Nous demandons à nos militants siégeant dans cette institution Coldeff prédatrice des droits fondamentaux des citoyens de se retirer sans délai pour éviter d’être comptable de cette gageur contre le pouvoir judiciaire nigérien», précise Yahaya Doubou.
A la création de la Coldeff, le Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie avait précisé dans un communiqué que «la création de cette Commission matérialise l’un des engagements forts pris lors de son Message adressé à la Nation le 28 juillet 2023 en vue de lutter contre la corruption, l’impunité, le détournement des biens publics et la mauvaise gouvernance».




