Air Algérie. Le ministre des transports avoue bidouiller les chiffres avec le commissaire aux comptes

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Le 20/02/2017 à 15h15, mis à jour le 20/02/2017 à 15h30

Boudjermaâ Talai, le ministre algérien des Transports n'est pas conscient de la bombe qu'il vient de lâcher. Il a avoué qu'avec la complicité du commissaire aux comptes, il se livrait à une gymnastique d'écriture pour qu'Air Algérie ne soit pas déficitaire. Ailleurs, cela l'aurait mené en prison.

Boudjermaâ Talai n’a certainement pas mesuré la gravité de ses propos concernant Air Algérie. Le ministre algérien des Transports et des travaux publics, s’exprimant sur l’état désastreux dans lequel se trouve la compagnie, a affirmé de la manière la plus solennelle qui soit qu’ils bidouillaient les comptes. "[Cette entreprise], a-t-il fait savoir, est à la limite de perdre de l'argent et elle en perdrait si l'on ne fait pas toute une gymnastique avec le commissaire aux comptes pour faire des transferts de comptes et un système d'évaluation". Ces propos sont rapportés par l’Agence officielle algérienne, à savoir l’agence de presse et de service (APS).

En lisant ces propos, beaucoup d’experts comptables auront été surpris par leur gravité. "Dans un pays de droit, ce ministre irait droit en prison", affirme à le360 Afrique un expert comptable diplômé de l’ISCAE de Casablanca.

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En effet, la comptabilité des sociétés doit obéir à des règles extrêmement strictes. Parmi ces règles, il y a notamment la permanence des méthodes, ce qui veut dire qu’on ne peut en aucune manière changer les règles d’évaluation (amortissement et dépréciation) des biens de la société afin d’obtenir un bénéfice au lieu d’une perte. 

En outre, le commissaire aux comptes est justement le principal garant du respect de ces règles. Sauf qu’ici, le ministre affirme clairement que ce commissaire aux comptes est complice du bidouillage des comptes.

Il faut dire qu’Air Algérie va vraiment mal comme le reconnaît Boudjermaâ Talai lui-même. "En regardant le bilan d’Air Algérie, moi je vous dis que la compagnie se porte mal", a-t-il dit lors de l’installation du nouveau DG par intérim, ce weekend. Concrètement, c’est grâce à la manipulation des comptes que les charges ont été réduites pour les amener au même niveau que le chiffre d’affaires, soit à 80 milliards de dinars.

Ces propos montrent encore une fois le faible niveau de formation et de compétence des dirigeants algériens, puisque le ministre ne s'est même pas rendu compte de la gravité de ses propos et de l'image que de telles déclarations peuvent renvoyer aux investisseurs internationaux. 

Par Mar Bassine Ndiaye
Le 20/02/2017 à 15h15, mis à jour le 20/02/2017 à 15h30