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L’impossible cours du baril dont l'Algérie a besoin pour atteindre l’équilibre budgétaire

Mise à jour le 28/09/2020 à 15h33 Publié le 28/09/2020 à 14h46 Par Moussa Diop

#Economie
Pétrole algérie
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#Algérie : L’Algérie devrait afficher un déficit budgétaire largement supérieur à 20% de son PIB en 2020. Selon le Fonds monétaire international (FMI), il faudrait au pays un cours que le baril de pétrole n'a jamais atteint pour espérer recouvrer l'équilibre.

L’Algérie devrait afficher un déficit budgétaire abyssal au titre de l’exercice 2020. Celui-ci devrait très largement dépasser la barre des 20% du PIB.

Ce à cause d’une conjonction de facteurs. La crise économique et financière que traverse le pays depuis de nombreuses années est aggravée par la chute du cours du baril de pétrole depuis 2014 et les effets de la pandémie du coronavirus ont augmenté sensiblement les dépenses sanitaires tout en ralentissant l’activité économique avec un impact négatif sur les entreprises et les ménages, et par ricochet sur les recettes fiscales.

Conséquence, alors que gouvernement tablait au départ sur un déficit budgétaire représentant 9% du PIB, les perspectives s'avèrent plus sombres. La chute du cours du baril autour des 20 dollars en avril dernier a fortement aggravé le niveau du déficit budgétaire attendu au titre de l’année en cours. Il faut dire que les recettes pétrolières représentent autour de 60% des ressources budgétaires du pays. 


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Le gouvernement algérien a certes réagi en décidant de réduire de moitié le budget de fonctionnement de l’Etat pour faire face à la chute des recettes budgétaires à environ 38 milliards d’euros, contre 44 milliards attendus auparavant. Mais le gel de nombreux projets et la réduction du train de vie de l’Etat de manière significative ont eu peu d'effets.

Chaque mois le déficit budgétaire se creuse davantage. Ainsi, en avril dernier, le FMI tablait déjà sur un déficit budgétaire devant atteindre -20% du PIB du pays au titre de 2020, soit le pire de toute la région Moyen-Orient & Afrique du Nord (MENA).

A cette date, le Fonds monétaire international (FMI) soulignait que le «point mort fiscal», c’est-à-dire le cours du pétrole en dessous duquel le budget est dans le rouge, se situait à 109 dollars le baril pour l’Algérie. Or, à l’époque, le baril tournait autour des 25 dollars. Et la situation ne s’est guère améliorée depuis. Le cours du baril se situe actuellement légèrement au-dessus des 40 dollars. La situation est d’autant plus inquiétante pour l’Algérie, dont l’économie repose sur la rente pétrolière, que d’après les projections du FMI, le cours du baril de l’or noir devrait se situer au-dessous des 45 dollars jusqu’en 2023.


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Du coup, le déficit budgétaire ne cesse de se creuser, poussant le FMI à réviser à la hausse le niveau du prix moyen du cours du baril de pétrole qu’il faut à l’Algérie, au titre de l’exercice 2020, pour atteindre l’équilibre budgétaire. Et désormais, selon le FMI cité par «oilprice.com», ce prix moyen se situe à 157,2 dollars, soit un niveau jamais atteint par le cours du baril. C’est dire que le niveau du déficit budgétaire devrait dépasser très largement la barre des 20% du PIB et que l’Algérie restera au bord du gouffre financier durant les années à venir.

Comment le régime pourra-t-il financer ce déficit? Les gouvernements précédents avaient opté pour la «planche à billets». Mais, le président Tebboune a décidé de ne pas recourir à cet instrument de financement, tout en écartant également l’endettement extérieur.

La situation s'avère d’autant plus corsée que le régime doit dégager d’importantes ressources budgétaires pour faire face à la relance économique post-Covid-19. 

Du coup, au delà des discours, c’est l’immobilisme qui caractérise le gouvernement du président Abdelmadjid Tebboune. Et la situation risque malheureusement de durer longtemps du fait de l'absence de vision politique et éonomique claire pour sortir l’Algérie de sa léthargie.
Le 28/09/2020 Par Moussa Diop