Algérie: de l'impossibilité de sortir du piège d'une manne pétrolière en constante baisse

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Le 11/03/2021 à 14h40, mis à jour le 11/03/2021 à 14h43

Malgré un constat qui fait l'unanimité sur l'impérieuse nécessité de réformer l'économie algérienne et ce, depuis au moins deux décennies, rien ne change réellement.

La réalité de l'économie de l'Algérie est connue et les réformes primordiales pour sa survie attendues depuis une vingtaine d'années. Pourtant l'économie algérienne n'a vu aucun changement majeur qui pourrait indiquer que le pays prend enfin la voie de la diversification, plutôt que de ne compter que sur une rente pétrolière qui s'amenuise dangereusement d'année en année. Une situation qui inquiète au sommet de l'Etat. Le président algérien, Abdelmadjid Tebboune, n'a cependant pas pu faire mieux que de dresser lui aussi ce constat, sans pour autant parvenir à impulser le rythme à son administration et encore moins à ses administrés.

C'est un fait établi: l'Algérie va droit dans le mur. Le pays ne dépend que d'une seule ressource, à savoir les hydrocarbures. Ces dernières lui procurent 92 à 95% de ses revenus extérieurs en devises, qui servent à la fois à financer les importations et alimenter, en cas d'excédent, les réserves de changes. Les signaux d'alarme se multiplient sans que le gouvernement algérien ne soit en mesure de changer la donne.

En février 2021, le ministre de la Prévision économique, Chérif Belmihoub, a affirmé que "l'Algérie pourrait cesser d'être exportatrice de brut d'ici 10 ans". Ces inquiétudes semblent se confirmer compte tenu de la baisse en 2020, des exportations d'hydrocarbures, tant en volume qu'en valeur, comme le ministre algérien de l'Energie l’avait lui-même en déclarant "Le volume global des exportations d'hydrocarbures a atteint 82,2 millions en tonnes équivalent pétrole (TEP) en 2020 pour une valeur de 20 milliards de dollars (16,54 milliards d'euros), soit des baisses respectives de 11% et de 40% par rapport à 2019".

Il s'agit d'un problème structurel que les responsables de la Sonatrach connaissent depuis plusieurs années déjà. "Les réserves stagnent et les efforts d’exploration n’aboutissent au final qu’à des gisements de plus en plus petits, ne présageant rien de bon et risquant d’induire un rapide déclin de la production", affirmait déjà en 2014 un article du premier quotidien francophone du pays El Watan.

Si le pays peine à mettre en exergue de nouveaux gisements, c'est parce que la Sonatrach n'est pas en mesure d'engager de lourds investissements dans l'exploration et les majors internationaux ne montrent pas non plus beaucoup d'engouement, à cause d'une législation jugée rétrograde, mais à laquelle tient mordicus le régime nationaliste. Pourtant, des pays comme l'Iran, le Mexique ou encore la Russie ont très vite compris qu'il fallait avoir un cadre moins restrictif vis-à-vis des groupes étrangers pour favoriser la prospection. Le résultat de cet entêtement algérien est un désastre pour le futur de la production algérienne qui ne cesse de baisser. Après avoir atteint un pic de 1,99 million de barils/jour entre 2005 et 2008, la production s'est repliée autour d'un million de barils/jour seulement. Alors que la production de gaz stagne inexorablement.

Certes en 2019, en pleine crise, l'Algérie a voulu réformer le secteur, mais l'application des nouvelles dispositions, notamment l'abandon de la loi dite 51/49%, laisse à désirer. De sorte que cette réforme n'est toujours pas suivie d'effets concrets.

En plus des contraintes, les multinationales estiment que la fiscalité pétrolière algérienne est trop contraignante, puisque l'Etat accapare près de 99% de la rente, selon une étude du cabinet norvégien Rystad Energy. C'est nettement plus que l'Arabie saoudite (68%) et la moyenne mondiale (72%). Autant dire qu'il y a encore à faire avant que les choses ne bougent réellement.

Quoi qu'il en soit, le pays continuer à s'acheminer vers une baisse pérenne de la manne pétrolière, d'autant qu'en plus du repli de la production, la consommation domestique ne cesse de progresser. Dans un pays où il n'y a que le pétrole, il y a lieu de trouver rapidement des solutions pour diversifier l'économie. 

La question se pose de savoir par quel secteur commencer pour réduire la dépendance aux hydrocarbures. Si le pays en est toujours là près de 60 ans après son indépendance, ce n'est pas faute d'avoir essayé. Le problème est que ses dirigeants n'y arrivent pas, pour ne pas dire ne s'y attellent pas vraiment.

Par Mar Bassine Ndiaye
Le 11/03/2021 à 14h40, mis à jour le 11/03/2021 à 14h43