Algérie. Coronavirus: inquiétudes et plan de riposte immédiat face à une recrudescence de nouveaux cas

Les autorités s'inquiètent de la nouvelle flambée des contagions.

Les autorités s'inquiètent de la nouvelle flambée des contagions.. DR

Le 05/11/2020 à 16h34, mis à jour le 06/11/2020 à 16h21

Les autorités algériennes affichent clairement leur inquiétude face à la prolifération de nouveaux cas de contamination au Covid-19. Le ministre de la Santé tire la sonnette d’alarme en soulignant qu’«il y a danger».

L’Algérie reconnaît enfin l’ampleur inquiétante des hausses de contaminations au Covid-19 sur son territoire. La multiplication des sorties du Premier ministre, du ministre de la Santé et des experts en charge de la lutte contre la pandémie du Covid-19 en Algérie, illustre bien qu’il y a péril en la demeure, et une soudaine prise de conscience depuis que le chef de l'Etat Abdelmadjid Tebboune et son entourage à la présidence algérienne ont été infectés par le virus SarsCov-2.

Ainsi, après avoir minimisé l’ampleur des contaminations en jouant sur un nombre faible de tests de dépistage au quotidien et en manipulant les chiffres des contaminations dans les hôpitaux pour faire croire à une maîtrise de la pandémie du Covid-19, alors que les contagions explosaient dans tous les autres pays du pourtour méditerranéen, c’est l’inquiétude au sommet de l’Etat et des personnalités en charge de la situation sanitaire en Algérie.

Le ministre de la Santé, de la population et de la réforme hospitalière, Abderrahmane Benbouzid, a souligné ce jeudi 5 novembre qu’«il y a danger» en expliquant que la situation pouvait empirer face à un virus qui constitue «une grande inconnue pour nous et dont l’évolution nous échappe». Ainsi, le ministre reconnaît explicitement que la situation commence à devenir hors contrôle.

Pour sa part, l’épidémiologiste Mohamed Belhocine, membre du Comité scientifique Covid-19 en Algérie, a expliqué dans les colonnes de TSA que la tendance haussière est inquiétante, critique et préoccupante, elle risque d’entraîner une saturation des hôpitaux».

Ces sorties alarmistes tranchent avec le nombre de contaminations enregistré quotidiennement dans le pays. Le mercredi 4 novembre, la barre des 500 nouveaux cas de Covid-19 a été franchie. Mais avant cette date, et depuis fin août, le nombre de contaminations quotidiennes tournait autour de 250 nouveaux cas quotidiens, même si une hausse exponentielle des contagions est enregistrée depuis le 9 octobre dernier. Et depuis l’apparition de la pandémie, le cumul des contagions s’élève à 59.527 cas confirmés, dont 41.001 guérisons et 1.999 décès.

Or, on le sait, ces données sont loin de refléter la réalité du terrain et la saturation d'ores et déjà constatée dans de nombreux centres hospitaliers dédiés aux malades du Covid-19.

Il est probable que ces dirigeants savent parfaitement que les chiffres disponibles sont très en deçà de la réalité. En effet, quelque 220.000 tests seulement ont été réalisés depuis l’apparition de la pandémie, selon le directeur général de l’Institut Pasteur d’Algérie, Fawzi Derrar. Or, sans tests, on ne peut avoir une idée claire sur les contaminations dans un pays. Et sur ce point, les autorités algériennes ont volontairement souhaité minimiser le nombre des contaminations en n’effectuant qu'un minimum de tests PCR. A titre d’exemple, le Maroc voisin a réalisé 3,41 millions de tests pour confirmer 235.310 cas.

Face à cette situation, les autorités ont concocté un plan d’action d’urgence autour de 3 axes. D’abord, les autorités annoncent «le renforcement des mesures de prévention dans ses volets sanitaires et sécuritaires». A ce titre, le ministre de la Santé a exhorté au port strict du masque «seul moyen pour endiguer la propagation du Covid-19» et la distanciation physique. Le Premier ministre Abdelaziz Djerad a quant à lui pointé du doigt la responsabilité directe des citoyens dans la hausse des cas de contamination au coronavirus. «Le non-respect des mesures sanitaires de prévention contre le coronavirus par les citoyens est la cause principale de la hausse des cas d’infections au coronavirus», a souligné le chef du gouvernement.

Ensuite, les autorités tablent sur «une stratégie de communication plus efficiente et une sensibilisation plus forte envers les citoyens».

Enfin, elles prônent «l’application rigoureuse des mesures coercitives réglementaires». Le ministre de l’Intérieur Kamel Beldjoud s’est réuni en vidéoconférence avec les walis, et leur a demandé de prendre des décisions «urgentes et strictes» au niveau local afin d’endiguer la seconde vague de contamination. En ligne de mire du ministre, le relâchement du respect des mesures de prévention contre le Covid-19 au moment où presque toutes activités économiques reprennent et les écoles ouvrent leurs portes.

In fine, et pour rassurer un peu la population, les autorités ont multiplié les annonces concernant l’acquisition de vaccins. Selon le ministre de la Santé, le pays a intégré un groupe de 170 pays pour l’achat groupé d’un vaccin contre le Covid-19 à un prix abordable dès qu’il sera disponible. Le ministre a souligné que sur instruction du Premier ministre, le vaccin sera disponible pour toute la population.

Par Karim Zeidane
Le 05/11/2020 à 16h34, mis à jour le 06/11/2020 à 16h21