Fermer

Energie: 600 millions d’Africains sans électricité malgré un énorme potentiel

Mise à jour le 08/01/2017 à 20h39 Publié le 08/01/2017 à 20h30 Par Moussa Diop

#Economie
ligne haute tension
© Copyright : DR

#Autres pays : L’Afrique est le continent le moins électrifié avec presque la moitié de sa population non servie. Une situation qui handicape son développemen. Pourtant, le potentiel de production électrique y est énorme. Certains pays constituent des exemples à suivre.

L’un des handicaps majeurs au développement de l’Afrique reste l’accès à l’électricité, aussi bien pour les foyers, les entreprises et les industries. Pour preuve, 600 millions d’Africains n’ont pas aujourd’hui accès à cette ressource indispensable.

Face à cette situation, le continent est appelé à investir massivement pour s’éclairer et surtout faire face à sa croissance et sa démographie qui seront consommatrices d’énergie. Selon diverses études, le continent doit installer environ 160 GW à l’horizon 2025 pour satisfaire les besoins de sa population, de ses entreprises et de son industrie encore naissante mais en bonne voie de développement. Et il faudra encore plus à l’horizon 2050 lorsque le continent comptera plus de 2 milliards d’habitant contre environ 1,3 milliard actuellement.


LIRE AUSSI :
Vidéo. Electricité: l'Afrique centrale a besoin de 68 milliards de dollars d'investissements


Si cette puissance à installer paraît élevée, il n’en demeure pas moins que le potentiel de développement électrique est aussi très important. Selon diverses études, le potentiel hydroélectrique du continent est très sous-exploité. Pour preuve, rien que la RD Congo et l’Ethiopie ont ensemble un potentiel hydroélectrique de plus de 300 GW, soit deux fois ce dont le continent a besoin pour assurer son électrification totale. L’Ethiopie semble avoir compris ce potentiel en développant une politique des barrages avec notamment celui du gigantesque barrage de la Renaissance de 6.000 MW, en construction sur le Nil Bleu et qui devrait être livré en 2017.

Mais, le potentiel hydrique le plus prometteur reste celui d’Inga en RD Congo. Ce projet pharaonique sur le fleuve Congo, le plus puissant fleuve du continent africain avec un débit de 41.600 m3 par seconde à son embouchure, a un potentiel hydroélectrique estimé à 46.000 MW.


LIRE AUSSI :
Ethiopie: construction de deux nouveaux barrages d’une capacité globale de 672 MW


Hélas, bientôt 50 ans que les Africains rêvent de ce potentiel que représente le Grand Inga, les 6 autres petits barrages et des réseaux de lignes haute tension quittant la région pour éclairer le reste du continent encore dans l’obscurité. Seulement, pour cela, il faut environ 100 milliards de dollars.

Outre le potentiel hydraulique important, le potentiel solaire, éolien et géothermique est aussi beaucoup plus exceptionnel et dépasse même de très loin celui de l’hydroélectrique. A titre d’illustration, le potentiel solaire est à lui seul estimé à plus de 10 TW (1 Téra Watt est égal 1.000 GW) de puissance.

Malgré ce potentiel, les énergies renouvelables représentent encore à peine 5% de la production électrique du continent. Cette situation devrait connaître un changement important au cours des années prochaines avec l’engagement de plusieurs pays africains dans des projets solaires, éoliens et hydroélectriques.


LIRE AUSSI :
Sénégal: comment le solaire devrait représenter 30% de la production électrique en 2018


Ainsi, au Maroc, pays le plus avancé au niveau du continent dans ce domaine, la nouvelle stratégie énergétique s’est fixé un objectif de 52% de la puissance installée en énergie renouvelable à l’horizon 2030. La baisse continue des coûts d’accès aux technologies devrait aussi contribuer au développement des énergies renouvelables au niveau du continent. A titre d’illustration, le KW/heure produit grâce aux nouveaux panneaux photovoltaïques ressort autour de 0,15 euro, soit un niveau inférieur à celui du fuel dans de nombreux pays africains. Une situation qui fait que de nombreux pays comme le Sénégal, le Rwanda, l'Afrique du Sud, etc., misent aujourd’hui sur les énergies renouvelables.

A ces potentialités des énergies renouvelables s’ajoutent bien évidemment les énergies fossiles aussi importantes: pétrole, gaz, charbon, etc.

Si le financement semble jusqu’à présent constituer un obstacle au développement des infrastructures électriques en Afrique, plusieurs formules peuvent servir aujourd'hui de solutions pour dépasser les limites qu’imposent les ressources budgétaires. Les contrats à longue durée avec des investisseurs du secteur peuvent constituer une bonne alternative au financement des Etats. C’est la formule qu’a adoptée le Maroc avec Taqa Morocco. Cette filiale du groupe émirati Taqa a installé une centrale thermique d’une capacité de 2.056 MW et produit de l’électricité vendue à l’opérateur électrique marocain (ONEE) avec un contrat d’achat de la production sur une longue période. L’autre formule pour laquelle peuvent opter de nombreux pays est le financement via les Partenariats public-privé (PPP).


LIRE AUSSI :
Le gouvernement veut s’inspirer de l’expérience marocaine dans le solaire


En outre, afin d’alléger les coûts de réalisation des infrastructures, les pays peuvent aussi encourager davantage le développement mutualisé des infrastructures, comme c'est le cas de l’Organisation de la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS) regroupant le Sénégal, le Mali, la Mauritanie et la Guinée. Une telle initiative pourrait contribuer au développement du projet d’Inga et couvrir les besoins électriques de toute l’Afrique centrale et australe.

Enfin, pour développer son potentiel électrique, le continent peut aussi compter sur certaines expériences africaines réussies. C’est le cas notamment du Maroc où le taux d’électrification est presque de 100% et où, pour parer aux fluctuations des énergies fossiles, l’accent est mis désormais sur les énergies renouvelables, notamment le solaire et l’éolien. Le programme solaire Noor, qui sera le plus grand complexe d’énergie solaire au monde, est aujourd’hui une référence mondiale qui doit donner des idées à de nombreux pays africains encore plus ensoleillés que le Maroc.
Le 08/01/2017 Par Moussa Diop