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Vidéo. Covid-19: vaccins testés en Afrique, quand l’Inserm essaye de défendre l’indéfendable

Mise à jour le 04/04/2020 à 19h50 Publié le 04/04/2020 à 08h48 Par Moussa Diop

#Médias
Vidéo LCI
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#Autres pays : La vidéo d’une interview sur LCI, dans laquelle deux professeurs expliquent la nécessité de prendre la population africaine comme cobaye pour le vaccin BCG, continue de susciter l’indignation. La réaction de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale en France indigne autant.

La vidéo d’une interview sur LCI, chaine TV appartenant au groupe TF1, de deux professeurs qui évoquaient la possibilité de prendre les populations africaines comme cobayes dans la lutte contre la pandémie du coronavirus en utilisant sur eux le vaccins BCG, habituellement utilisé contre la tuberculose, comme remède au Covid-19, continue de faire des vagues sur les réseaux sociaux.



Dans cette vidéo, Jean-Paul Mira, chef de service à l’hôpital Cochin de Paris, a suggéré à Camille Cocht, directeur de recherche de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) de réaliser des tests de vaccins contre le coronavirus en Afrique.

«Si je peux être provocateur, est-ce que l'on ne devrait pas faire cette étude en Afrique, où il n'y a pas de masques, pas de traitement, pas de réanimation?», dit-il, avant d'ajouter «un peu comme c'est fait d'ailleurs pour certaines études, dont le sida? Ou chez les prostituées, on essaye des choses parce qu'on sait qu'elles sont hautement exposées et elles se protègent pas. Qu'est-ce que vous en pensez?».

Ce à quoi son interlocuteur lui répond qu'il a raison et qu'une étude en Afrique avec le même type d'approche est d'ailleurs en projet.


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La réponse du chercheur, parlant du cas du sida et des prostituées, a plus que choqué au niveau du continent où les réactions s’enchainent depuis.

Mais, ce qui est encore déplorable, c’est la réaction de l'Inserm, l'Institut national de la santé et de la recherche médicale en France, qui a réagi sur Twitter face à cette polémique en parlant d’«une vidéo tronquée, tirée d’une interview sur LCI d’un de nos chercheurs à propos des études sur l’utilisation potentielle du vaccin BCG contre le cvid-19, fait actuellement l’objet d’interprétations erronées» .

Pour l'autorité, il s'agit ici d'une «mauvaise interprétation» des propos des deux chercheurs, et pas plus.



Parler de "mauvaises interprétations" pour de tels propos relève tout simplement d’un manque de considération aux Africains.


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Au lieu de cette réponse, l'Inserm devrait s’excuser de cette sortie d"un de ses chercheurs qui révèle bien ce que représentent pour eux les populations africaines. De simples cobayes humains sur lesquelles ils testent les résultats de leurs recherches.




Depuis, les réactions se multiplient. La réaction de la star du football camerounais, Samuel Eto’o, a été déclencheur de par le ton de l’ex-capitaine des Lions indomptables. Les réactions se suivent depuis au niveau de la toile. Après Eto’o, d’autres sportifs africains dont Drogba de la Côte d’Ivoire et Benatia, ancien capitaine des Lions de l’Atlas du Maroc, ont également réagi aux propos racistes et haineux des deux chercheurs.


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Mieux, le Club des avocats au Maroc est allé beaucoup plus loin, en portant plainte en France auprès du procureur de la République pour diffamation raciale.



Une plainte qui a fait accroître les réactions en chaine, face à cette bêtise et haine absurde, au niveau des réseaux sociaux. C’est ainsi que des images avec l’inscription «Nous ne sommes pas des rats de laboratoire» pleuvent sur la toile.

Du coup, après avoir critiqué une «vidéo tronquée» et des «interprétations erronées sur les réseaux sociaux», l'Inserm a précisé vendredi soir que «les conditions dans lesquelles cette interview a été menée n'ont pas permis (à Camille Locht) de réagir correctement». « Il s'en excuse et tient à préciser qu'il n'a tenu aucun propos raciste», assure l'institut. Bref, l’Inserm continue à défendre l’indéfendable.

Toutefois, dans un communiqué des hôpitaux de l'AP-HP (Assistance publique hôpitaux de Paris), Jean-Paul Mira présente ses «excuses les plus sincères» à «celles et à ceux qui ont été heurtés, choqués, qui se sont sentis insultés par des propos que j'ai maladroitement prononcés sur LCI cette semaine».

De son côté, et contrairement à l’Inserm, l’AP-HP annonce qu’elle «prend acte des regrets et condamne toute prise de position qui, à tort ou à raison, pourrait être interprétée comme péjorative vis-à-vis de pays africains».

Reste qu’aucune réaction politique africaine n’est encore enregistrée, malgré la gravité des propos des deux chercheurs.


Le 04/04/2020 Par Moussa Diop