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Kenya: David Maraga, ce juge qui a annulé la réélection du président Kenyatta

Publié le 04/09/2017 à 14h29 Par notre correspondant à Nouakchott Cheikh Sidya

#Politique
David Maraga

David Maraga, président de la Cour suprême du Kenya.

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#Autres pays : Qui est David Maraga, juge en chef de la Cour suprême du Kenya, ayant eu le courage d'annuler la réélection du président Uhuru Kenyatta, à l'issue du scrutin présidentiel du 8 août dernier? On le qualifie de conservateur, de très religieux et de passionné de justice. Eléments de portrait.

En tordant le bras à la Commission électorale nationale kényane par l’annulation des résultats du scrutin présidentiel du 8 août dernier au Kenya, qui accréditaient la réélection du président Uhuru Kenyatta,  le magistrat fait s'enflammer la Toile.

Les internautes saluent cette première sur le continent africain, soixante ans après les indépendances.

Cet homme, du nom de David Maraga, juge en chef de la Cour suprême du Kenya, qui a décelé «des irrégularités dans la transmission des résultats de nature à remettre en cause l’intégrité du vote» apparaît sous les traits «d’un conservateur».

Mais il incarne aujourd’hui l’espoir d’un tournant dans l’indépendance de la justice en Afrique, élément indispensable au fonctionnement de tout système véritablement démocratique.


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«Animé d’une forte foi religieuse» ce magistrat de 66 ans est surtout décrit comme «un passionné de la justice» dans la mentalité duquel la corruption est un acte avilissant pour l’être humain.

Ainsi, selon The Standard de Nairobi, David Maraga avait «surpris lorsqu’il s’était présenté devant la commission judiciaire chargée d’examiner son profil pour accéder au poste de président de la Cour suprême. Il avait alors juré sur une Bible qu’il n’avait jamais reçu et qu’il ne recevrait jamais de pot-de-vin. Il s’était alors défini comme une personne qui craint Dieu et qui s’efforce de rendre la justice pour tous, indépendamment de leur statut dans la société».

David Maraga est un expert reconnu pour les litiges électoraux «un magistrat droit et ferme, qui ne se laisse pas intimider, n’écoutant  que la loi et sa conscience», ce qui lui permet «de dormir tranquillement sur ses deux oreilles», ajoutent ceux qui connaissent bien ce haut fonctionnaire.

En matière d’élection, son crédo est simple, «une élection doit être annulée si elle n’est pas conduite dans le cadre strict de la loi et si des irrégularités, même les plus minimes, ont affecté le résultat».


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Le juge ne cache pas son attachement au décorum de la justice kényane. Ni sa foi religieuse. Adventiste du septième jour, il est connu pour ses valeurs ultraconservatrices. Lors de sa nomination à la tête de la Cour suprême en octobre dernier, il avait prévenu ne pas pouvoir travailler le samedi, jour de messe.

Assurément, ce magistrat kényan devrait contribuer à façonner l’image «du bon juge africain» indispensable dans la perspective de réalisation d’un véritable Etat de droit, permettant un fonctionnement régulier des institutions.

Certes, toutes les constitutions africaines consacrent l’existence d’un appareil judiciaire avec des prérogatives substantielles. Mais la consécration «de la théorie de la séparation des pouvoirs» imaginée par Montesquieu reste encore une véritable équation dans la vie de tous les jours au niveau du continent.

Une réalité quotidienne qui se complique singulièrement dans les cas où il s’agit d’un contentieux électoral dont la dimension éminemment politique implique forcément un intérêt pour le pouvoir exécutif.

          
   
Le 04/09/2017 Par notre correspondant à Nouakchott Cheikh Sidya