Libye: les Etats-Unis appellent Haftar à lever immédiatement le blocus sur les exportations pétrolières

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Le 21/01/2020 à 17h28, mis à jour le 22/01/2020 à 14h58

L’ambassade des Etats-Unis en Libye a appelé mardi à la reprise “immédiate” des exportations pétrolières dans ce pays, bloquées depuis samedi par des forces et tribus loyales au maréchal Khalifa Haftar.

“Les opérations de la NOC (compagnie nationale libyenne de pétrole) doivent reprendre immédiatement”, a indiqué l’ambassade sur son compte Twitter.

Elle a souligné sa “profonde préoccupation” après la suspension des exportations et de la production sur la plupart des sites pétroliers de ce pays déchiré par la guerre.

Cette suspension “risque d’aggraver l’urgence humanitaire en Libye et d’infliger de nouvelles souffrances inutiles au peuple libyen”, d’après la même source.

Des forces pro-Haftar ont bloqué samedi les principaux terminaux pétroliers de l’est de la Libye, à la veille d’un sommet international à Berlin qui a appelé à la fin des ingérences extérieures et à la relance du processus du paix.

Les exportations ont été suspendues dans les ports du “croissant pétrolier”, poumon de l‘économie libyenne : Brega, Ras Lanouf, al-Sedra, al-Hariga et Zouitina.

“La capacité de stockage de ces ports est limitée et la NOC se verra contrainte de cesser complètement la production de pétrole brut dès que la capacité de stockage maximale sera atteinte”, a indiqué lundi la compagnie dans un communiqué.

La NOC a également déploré la fermeture des vannes d’une station de pompage dans le sud-ouest du pays, entraînant l’arrêt de la production sur deux importants champs pétroliers, al-Charara et al-Feel.

Avec ces nouveaux blocages, les opérations pétrolières risquent d‘être quasiment totalement paralysées désormais dans le pays: la NOC a mis en garde contre une chute de la production de 1,2 million de barils par jour, alors que le pays produisait récemment 1,3 million en moyenne.

La compagnie a dit s’attendre à un manque à gagner de 77 millions de dollars par jour.

“Rappel brutal”

Selon des experts, Washington est vivement opposé aux blocages des exportations du pétrole libyen, qui conduisent à une hausse du prix du brut.

Le maréchal Haftar, homme fort de l’est libyen, mène depuis le 4 avril une offensive contre Tripoli, le siège du Gouvernement d’union (GNA) reconnu par l’ONU.

L’arrêt des exportations d’or noir, qui représentent quasiment l’unique source de revenu pour les Libyens, est décrite par les pro-Haftar comme une mesure de protestation contre l’intervention turque en soutien au GNA.

Selon Hamish Kinnear, le blocage des terminaux et champs pétroliers est “un rappel brutal par Khalifa Haftar que (ses forces) contrôlent la plupart des ressources pétrolières et gazières” du pays.

“Le fait que la fermeture (des ports et champs pétroliers) ait coïncidé avec la conférence de Berlin, un sommet de haut niveau pour la paix en Libye (…) n’est pas un hasard. Haftar voulait montrer qu’il détenait un droit de veto sur accord de cessez-le-feu ou un éventuel accord politique”, a-t-il ajouté.

L’accord international annoncé dimanche à Berlin offre un cadre aux efforts de pacification de la Libye. Mais la précarité du cessez-le-feu entre les forces du GNA et celles pro-Haftar, et plus largement les profondes divisions dans le pays, rendent l’issue de cette démarche très incertaine.

Dans la déclaration finale, les participants ont appelé, entre autres, toutes les parties à garantir la sécurité des installations pétrolières et souligné leur “refus de toute tentative d’exploitation illégale des ressources énergétiques”.

La production avait déjà plongé à moins de 500.000 barils/jour entre 2014 et 2016 en raison des violences autour des sites pétroliers et d’une lutte d’influence entre groupes rivaux souhaitant mettre la main sur la principale ressource du pays, en proie au chaos depuis la chute en 2011 de Mouammar Kadhafi.

Par Le360 Afrique (avec AFP)
Le 21/01/2020 à 17h28, mis à jour le 22/01/2020 à 14h58